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Alain Boublil Blog

 

La prochaine crise n'éclatera pas où on l'attend

On assiste, en ce début d’année 2016, à une sorte de concours de pessimisme, et ce qui est nouveau, les participants ne sont pas tous en France. Les prévisions les plus sombres émanent des économistes qui tentent de se racheter de ne pas avoir vu venir la crise en 2007, ou d’avoir affirmé, au début de l’année 2008,  qu’elle était " finie ". La réaction des marchés financiers ne s’est pas fait attendre. La première semaine à Wall Street comme à Shanghai et en Europe a été la pire de puis de nombreuses années, alors que cette période de l’année est souvent  favorable. Le pessimisme s’est auto-entretenu, puisque chaque nouvelle prévision déclenchait des prises de position à la baisse.

Le contexte géopolitique a accentué ce climat dépressif : aggravation des tensions dans le monde arabe, « essai nucléaire » en Corée du Nord, crise des migrants en Europe et durcissement du débat dans la perspective des élections aux Etats-Unis. On pourrait bien sûr ajouter le climat délétère en France à la suite des attentats qui ont marqué l’année 2015. Mais est-ce que tout ceci doit conduire à une crise économique majeure comme l’affirment certains, pire que celle de 2007-2008 ? C’est très peu probable. Et les failles de l’économie mondiale ne sont pas là où on les situe généralement.

D’abord la Chine. Les soubresauts qui ont marqué l’été 2015 ont connu une rechute,  due, non à la situation objective du pays, mais, comme au mois d’août, mais à l’incompréhension qui perdure entre les autorités chinoises et les marchés financiers. L’économie chinoise restera le moteur de l’économie mondiale mais, et c’est ce que les observateurs ont du mal à comprendre, la transmission de la croissance chinoise évolue au rythme des transformations structurelles qui affectent le pays. Son profil change : de puissance émergente, l’économie de la Chine se rapproche de celle d’un pays développé avec une part de l’industrie lourde qui décroit, une montée des services due à l’apparition d’une classe moyenne et une dimension cyclique affirmée. Sa situation financière n’est pas fragilisée par la hausse de l’endettement des entreprises tant les réserves financières du pays sont considérables grâce à l’accumulation de ses excédents extérieurs et un taux d’épargne très élevé. Mais sa politique de change est mal comprise, ce qui a provoqué de nouvelles turbulences financières. Jusqu’à présent, le yuan était lié au dollar par une parité fixe. Mais cela ne pouvait durer car c’était incompatible avec les règles fixées par le FMI pour que le Yuan devienne une monnaie de réserve. En outre la hausse du dollar avait abouti à une réévaluation de la monnaie chinoise face aux autres monnaies allant à l’encontre du rééquilibrage recherché par Pékin. Le monde financier va donc devoir s’habituer à ce changement mais, dans l’intervalle, cela génère des malentendus résultant, en partie, de l’inexpérience, en matière de communication, de la banque centrale chinoise.  

Alors la crise viendra-t-elle de l’Europe ?  Ce n’est pas davantage une hypothèse plausible car le pire est passé grâce à l’action de la BCE, soutenue dès le début et contre l’Allemagne, par la France et l’Italie. La perspective des élections allemandes et françaises conduiront chaque pays, qu’il s’agisse de l’application des règles budgétaires ou des réponses à apporter à la crise des migrants, à adopter des positions modérées. Le contexte économique, baisse des matières premières dont l’Union Européenne est un importateur majeur, inflation quasi nulle et politique monétaire expansionniste, ne saurait susciter d’inquiétude « systémique » tant les excédents extérieurs, comme en Chine s’accumulent. En outre, les nouvelles dispositions, jugées excessive par certains, prises à l’égard du système bancaire, devraient prévenir tout risque de rechute. Quand à la menace d’une sortie du Royaume-Uni, elle est surestimée. Le pays joue avec l’idée et s’en sert dans sa négociation avec Bruxelles. Mais comme d’habitude, l’Angleterre trouvera avec Bruxelles un compromis où elle conservera tous les avantages découlant de son appartenance à l’Union, tout en en ayant réduit les inconvénients.

 Malgré un endettement privé toujours excessif, les Etats-Unis semblent aussi à l’abri d’une crise majeure car les leçons du passé ont été tirées dans le domaine bancaire. La croissance est repartie grâce au secteur de l’énergie et au maintien d’un déficit public élevé. La consommation et l’investissement des ménages sont en forte hausse, comme en témoignent les ventes de voitures ou les mises en chantier de logements. L’emploi en profite. Mais le taux d’activité reste bas ce qui exclut toute inflation salariale et devrait freiner les velléités de la Fed dans sa politique de hausse des taux d’intérêt. Quant au Japon, les effets conjugués de sa démographie et de sa géographie maintiendront le pays dans la croissance quasi nulle où il se complait depuis vingt ans. Les armes de la politique économique traditionnelle sont impuissantes face aux contraintes auxquelles le pays est confronté, mais sa situation est tout à fait atypique et toute comparaison, par exemple avec l’Europe, est dépourvue de fondement.

La vraie vulnérabilité de l’économie mondiale se situe dans les pays émergents, auxquels, nouveau paradigme, la Chine n’appartient plus. Parmi eux, les exportateurs de matières premières  qui n’ont pas su, au cours de la décennie dorée qui vient de s’achever, diversifier leur économie. Ils sont frappés de plein fouet par la baisse des volumes exportés et l’effondrement des cours. On pense à la Russie, à l’Indonésie, aux pays exportateurs de pétrole, à la Turquie et bien sûr au Brésil, plongé, en outre dans une crise politique majeure et confronté à une récession, ce qui a conduit une agence de notation à classer ses émissions dans la catégorie spéculative.

 La dévaluation massive de leurs monnaies respectives a en outre renchéri leurs importations et déclenché un cycle inflationniste. La situation financière de leurs entreprises est préoccupante. Elles ont profité du boom des années passées pour s’endetter  sur les marchés extérieurs, donc en dollar ou en euro. Les cas de Petrobras au Brésil, de Pemex au Mexique ou de Petronas en Malaisie sont révélateurs. Sur les quatre dernières années ces groupes pétroliers ont émis environ pour 50 milliards de dollars de titres. Comment vont-ils les rembourser alors que leurs recettes ont chuté du fait de la baisse des cours du pétrole et qu’ils doivent faire face à des pertes de change considérables ? Sur les 1600 milliards de titres émis par les pays classés comme émergents entre 2012et 2015, incluant donc la Chine, à 90% en dollars ou en euros, les dettes souveraines en représentent moins d’un tiers. Le dette en devises des entreprises de ces pays, si l’on exclut les firmes chinoises, dépasse 500 milliards de dollars et depuis quelques mois, les primes d’assurances associées à ces émissions, les fameux CDS dont on avait beaucoup parlé lors de la crise de 2008, ont bondi. Les Etats, confrontés eux aussi à des difficultés de refinancement, ne pourront pas toujours venir à leur secours.

La principale vulnérabilité de l’économie mondiale résulte donc, comme durant la crise asiatique de 1997, des entreprises et des banques qui n’ont pas hésité à emprunter dans un contexte qui leur était favorable, sans mesurer le risque que ce contexte s’inverse. Or c’est exactement ce qui se passe depuis un an. Et cela ne semble pas avoir été pris en compte de façon significative par les marchés financiers. Au lieu de se concentrer sur la Chine, il pourrait donc  être utile de tourner le regard vers le Brésil par exemple.