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AB 2000 studies

Alain Boublil Blog

 

0,6% : une croissance en trompe l'oeil

L’INSEE vient de publier sa première estimation de la croissance de l’économie française pour le premier trimestre : +0,6%. Ce chiffre, supérieur aux attentes, a été salué par des commentaires optimistes, voire enthousiastes, qui sont loin d’être justifiés. D’abord, l’estimation s’accompagne d’une révision en baisse du résultat du 4ème trimestre : 0%. L’économie française a fini l’année 2014 à l’arrêt, et la conséquence a été immédiate sur l’emploi. Ensuite et surtout, le rebond, et l’INSEE le reconnait, résulte de facteurs non récurrents et qui peuvent difficilement être mis au crédit de la politique économique du gouvernement.

La principale cause de ce rebond est la remontée très forte des dépenses … de chauffage des ménages ! C’est ce qui explique aussi la piètre performance du trimestre précédent marqué par un automne anormalement doux. A cela s’ajoute, rare motif de satisfaction, la poursuite des bons résultats de l’industrie aéronautique et le renouveau d’intérêt des ménages pour l’achat d’automobiles. A l’inverse, la contribution du commerce extérieur à la croissance est lourdement négative (-0,5%), ce qui illustre bien le caractère pervers de la baisse de l’euro, laquelle aggrave plus le poids des importations, dont elle renchérit le coût, qu’elle ne stimule les exportations. Avec une telle chute des prix du pétrole, on aurait pu s’attendre à une réduction bien plus significative du déficit avec donc à un effet positif pour l’économie. Il n’en a rien été.

Du côté des investissements, aucune bonne surprise. Le secteur de la construction poursuit sa descente aux enfers et les investissements des entreprises ne progressent qu’à un rythme très faible (+0,2%), sans rapport avec les efforts considérables qui ont été fait en leur faveur  pour restaurer leur marges, tant sur le plan fiscal qu’avec les allègements de charges. La demande intérieure progresse donc, au total de 0,5%, contrebalançant presque exactement l’effet dépressif des échanges extérieurs.

Alors, comment arrive-t-on à ce chiffre qui a suscité l’enthousiasme des commentateurs d’une croissance de 0,6% ? Grâce à la variation des stocks des entreprises qui apportent une contribution positive de 0,5%, ce qui avec les arrondis permet d’afficher le résultat que vient de rendre public l’INSEE. Le changement de comportement des entreprises au regard de leurs stocks a d’abord une composante saisonnière. Pour afficher un meilleur bilan, elles les réduisent en fin d’année et les reconstituent après le premier janvier. Mais il semble que cette fois elles soient allées un peu plus loin, ce qui témoignerait, soyons prudent, d’une inflexion de leur appréciation sur leurs marchés futurs. Dans ce cas, ce serait un second élément positif dans les résultats du premier trimestre. Mais il reste à confirmer. Et la situation de l’emploi depuis le début de l’année montre bien qu’on est loin d’un retour à une vraie logique de croissance.  

Consommation dopée par un effet hivernal marqué et par le goût retrouvé des ménages pour la voiture, investissements toujours en berne, commerce extérieur pesant sur l’économie malgré la baisse du prix du pétrole et reconstitution des stocks des entreprises, telle est la réalité qui se cache derrière cette estimation du PIB pour le premier trimestre. Elle ne traduit donc pas le retour de l’économie française à une croissance saine et durable, seul capable d’avoir un effet positif sur le marché du travail.