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AB 2000 studies

Alain Boublil Blog

 

Stress tests : et après?

La Banque Centrale Européenne, après des mois d’un lourd travail confié à plusieurs centaines d’experts, a rendu son verdict la semaine dernière : les grandes banques européennes à l’exception de quelques rares mauvais élèves, surtout italiens, sont solides et capables de résister à des chocs économiques et financiers majeurs. On aurait du être rassuré et passer à autre chose, la relance de la croissance dans la zone euro et le rôle des banques dans le financement de l’économie, par exemple. Il n’en a rien été.                                           

La BCE a procédé, comme prévu, à ses premiers rachats de titres de créances, afin de procurer davantage de liquidités au système financier qui pourtant n’en manquait pas. Elle était suivie par la Banque du Japon, qui, devant l’atonie persistante de la conjoncture, lançait à son tour un programme d’achat d’actifs financiers alors qu’aux Etats-Unis, la Réserve Fédérale annonçait au même moment qu’elle mettait, elle, un terme à ce type d’opérations, la situation de l’emploi ne le justifiant plus, tout en affirmant que ses taux d’intérêt resteraient durablement très bas. Et les marchés financiers ont salué ces décisions : contre toute attente les bourses mondiales ont rebondi de façon spectaculaire en fin de semaine et les taux d’intérêt à long terme dans la zone euro ont à nouveau atteint des records à la baisse : 0,85% et 1,17%  pour les taux à 10 ans allemands et français. Le Trésor procède ce lundi à une adjudication de bons à échéance inférieure à un an et on sait par avance que les taux seront une fois de plus négatifs et jeudi à une adjudication d’OAT à échéance de 10 à 30 ans, dont on sait aussi qu’ils feront apparaître, pour l’échéance à dix ans, des taux très inférieurs aux 1,5% annoncés à Bruxelles en justification de la réduction de 400 millions sur la charge de la dette en 2015.

Pendant ce temps là, signe du contraste de plus en plus saisissant entre l’économie réelle et les marchés financiers, les perspectives de vente de détail en Allemagne atteignaient leur plus bas niveau depuis six ans, on apprenait que la consommation de biens avait reculé de 0,9% en France en septembre, après une révision en baisse de 0,5% des chiffres du mois de mai et les immatriculations de véhicules neufs reculaient de 3,9% en octobre. L’Association des Sociétés financières, l’ASF, qui avait annoncé une hausse de 4,1% des crédits à la consommation au mois de septembre, rappelait que le volume des prêts se situait encore, sur les douze derniers mois, à un niveau inférieur de 22% à celui atteint il y a six ans, à la veille du déclenchement de la crise financière.   

La réussite des grandes banques européennes lors des stress tests a été, en réalité, une fausse bonne nouvelle. Bien sûr, cela valait mieux que le contraire. Mais la méthodologie employée a enlevé à l’exercice une bonne part de sa pertinence, ce qui a été immédiatement remarqué et a même provoqué, comble du paradoxe, pendant un temps, une baisse des actions bancaires. Les tests sont fondés sur une revue des actifs qu’elles détiennent, c’est-à dire des créances qu’elles ont sur les entités auxquelles elles ont prêté. On affecte un coefficient en fonction du risque  et on rapporte le tout aux ressources propres de la banque. Et comme en prévision de l’exercice, les dites banques avaient massivement privilégié l’achat de titres de dettes souveraines considérés comme sûrs, au détriment des actions, par nature volatiles et du financement des entreprises et des particuliers, qu’il s’agisse des acquisitions de logements ou du crédit à la consommation, le résultat n’était donc pas surprenant : leurs bilans étaient solides du fait des critères retenus. Mais ce qui l’est moins, c’est la conjoncture économique dans la zone euro comme l’ont démontré les derniers chiffres. La contrepartie, en France, du succès de nos banques à l’épreuve des stress tests, a été leur retrait du financement de l’économie. 

Les crédits aux entreprises restent à un niveau historiquement bas, ce qui est particulièrement dommageable pour les PME qui, du fait des pratiques des grands groupes, subissent des délais de paiement deux fois plus élevés que leurs concurrents en Allemagne, par exemple. Et elles ont toujours du mal à financer leur fonds de roulement, pour ne rien dire de leurs investissements et de leurs projets de développement à l’étranger. A cet égard, il est peu probable que les transferts, sous forme de baisses d’impôts et de charges résultant du CICE et de la mise en œuvre du « pacte de responsabilité » réussissent à compenser la réduction des concours du système bancaire. Une reprise de l’investissement, donc de l’emploi, est donc très hypothétique, les entreprises qui disposent de ressources préfèreront se désendetter pour desserrer leurs contraintes de financement en attendant des jours meilleurs.

Du côté des ménages, aucune bonne nouvelle à attendre : le blocage des salaires et des prestations sociales et la hausse globale des impôts directs pèseront sur la consommation. Les familles en situation tendue limiteront leurs dépenses pour faire face à des imprévus et celles qui disposent de marges continueront d’accroître leur épargne financière par précaution. La crainte de l’avenir comme les réticences des banques à prêter ne les inciteront pas à acquérir un logement ou à faire des travaux, malgré des taux d’intérêt très bas. Le secteur de la construction, qui a été l’un des principaux responsables de la stagnation économique que la France connait depuis trois ans, n’a, dans ces conditions, aucune chance de se relever. La reprise technique des autorisations de construction observée depuis l’été résulte plus du dégel des procédures qui avaient été bloquées du fait des échéances électorales, que d’un changement de comportement des promoteurs et des candidats à l’accession.

On est donc en présence d’un triple phénomène de thésaurisation : les banques gardent leur ressources disponibles en souscrivant à des emprunts d’Etat, ce qui permet à celui –ci des économies substantielles qu’il garde par devers lui, les entreprises, en l’absence de perspectives de croissance et confrontées à l’attitude frileuse des banques, sauf dans de rares secteurs comme l’aéronautique et le tourisme, se gardent de toute initiative, réduisent leurs investissement au strict minimum et n’embauchent pas. Quant aux ménages, paralysés par le crainte du lendemain, ils accumulent des liquidités ou les déposent dans leurs contrats d’assurance-vie.

Ce n’est pas sans rappeler la situation la situation à laquelle fut confrontée Roosevelt au début de son mandat. Il est vrai qu’il succédait au président Hoover qui ne manquait, lui, jamais une occasion d’affirmer que la reprise était au coin de la rue …