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Le blog d'Alain Boublil

 

La France stagne

L’INSEE vient de publier sa première estimation des chiffres de la croissance de l’économie française au 1er trimestre 2026, soit 0%. Les commentaires relatifs à cette stagnation ne semblent pas avoir compris la nature du problème. Ce n’est pas parce que l’on est passé de +0,2% au 4ème trimestre 2025 à 0% qu’il y a un fait nouveau. L’imprécision des chiffres après la virgule devrait être prise en compte. Ensuite, un rapprochement est fait entre la crise qui sévit au Moyen-Orient et les résultats du 1er trimestre. En réalité cette très faible croissance pour ne pas dire cette stagnation, n’est pas un phénomène nouveau. En moyenne depuis dix ans elle a été proche de 1% et elle n’a dépassé 2% qu’une fois, en 2018.

La cause de ce résultat médiocre réside dans l’atonie de la demande intérieure. La consommation des ménages a baissé de 0,1% comme leurs investissements (-0,7%) quand ceux des entreprises non financières reculaient de 0,2%. Cette baisse d’activité a été à peine compensée par l’augmentation de la dépense publique, financée elle par l’endettement. La contribution du commerce extérieur a été négative de 0,7% quand celle des stocks augmentait de 0,8%. En réalité ces données sont artificielles car elles résultent des problèmes d’approvisionnement de la construction aéronautique. Du fait des retards dans la fabrication des moteurs, un certain nombre d’avions n’ont pas pu être livrés, d’où une moindre croissance des exportations mais les chaines de production ont continué à tourner, d’où une augmentation comptable des stocks.

Malgré la hausse des prix de l’énergie à partir du mois de février, l’inflation est restée inférieure à 2% en mars, chiffre inférieur à la moyenne de la zone euro. Quant au chômage, il ne recule toujours pas avec un taux de 7,7%, bien supérieur à l’Allemagne (4,3%) et à l’Italie (5,2%). A la fin du 1er trimestre, on comptait 11 700 emplois en moins. En revanche la dégradation de la situation des finances publiques s’accentue avec un endettement autour de 110% du PIB, même si la révision en baisse du déficit de l’année 2025 à 5,1% contre 5,4% estimé constitue une bonne nouvelle.

Enfin et alors que cela constituait avec l’emploi l’un des objectifs majeurs de la politique économique des gouvernements successifs, la situation du commerce extérieur ne se redresse pas, notamment en ce qui concerne les produits manufacturés. La réindustrialisation et l’amélioration de la compétitivité des entreprises ne sont pas au rendez-vous malgré les dizaines de milliards d’allègements de charges sociales et fiscales qui ont été consentis et qui constituent l’une causes de la dégradation des finances publiques depuis 2012.

En 2025, le déficit commercial en données FAB-FAB a été de 65 milliards et de 19 milliards hors énergie, et ce malgré un fort rebond des exportations d’électricité. Durant le mois de février, le déficit en biens d’équipements a atteint le même niveau que celui de la balance énergétique, soit 3,3 milliards. Toutes ces données montrent à quel point les objectifs des politiques économiques de ces dernières années n’ont pas été atteints.

Les commentaires relatifs aux derniers chiffres publiés sont centrés sur la dégradation de l’environnement international qui serait la principale cause de ces performances médiocres. L’inquiétude pousserait les ménages à moins consommer et à renoncer à l’achat de logements et les entreprises à investir. Pourtant la stagnation de l’investissement n’est pas un phénomène nouveau et était déjà présent lorsque la France bénéficiait de taux d’intérêt très faibles, voire négatifs, ce qui aurait fortement réduit le coût des emprunts. Sur les douze derniers mois le nombre de mises en chantier de logements neufs est en baisse de 27 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années.

L’explication généralement avancée pour ces piètres performances est l’incertitude créée par l’environnement international avec, depuis la guerre du Moyen-Orient, les conséquences inflationnistes du blocage du détroit d’Ormuz. Si, en ce qui concerne l’énergie, l’impact est évident, pour le reste et notamment la très faible croissance observée depuis quinze ans, la raison est ailleurs. Il est toujours facile d’expliquer, quand les objectifs ne sont pas atteints que c’est de la faute des autres. La réalité est tout différente.

Deux facteurs ont joué un rôle déterminant, la démographie et la montée des inégalités. Si l’augmentation de l’espérance de vie est une bonne nouvelle, la chute de la natalité en est une mauvaise et la combinaison de ces deux nouvelles tendances pèse sur la croissance. Avec l’âge, on consomme moins et soit on est déjà propriétaire, soit on est forcé de rester locataire car après 65 ans, aucune banque ne prête, d’où la chute de la construction neuve ces dernières années. Quant à la politique familiale avec la suppression des avantages fiscaux au-delà d’un certain revenu et la limitation des allocations familiales, elle n’a pas contribué bien au contraire à obtenir les objectifs pour lesquels elle avait été créée.

Mais le facteur le plus déterminant reste la montée des inégalités avec comme conséquence l’essor des formations politiques populistes et extrémistes. Le Royaume-Uni avec le parti de Nigel Farage, l’Allemagne avec l’AFD et les Etats-Unis sous Donald Trump sont confrontés à des tensions politiques analogues. La France n’est donc pas un cas isolé mais l’impact sur la croissance y est plus marqué. La politique qui a consisté en finançant par de la dette publique des allègements de charges fiscales et sociales, a principalement profité aux grands groupes qui, pour la plupart n’ont pas utilisé les fonds pour investir, pour innover et créer des emplois.

Ils ont largement rémunéré leurs actionnaires en augmentant leurs dividendes et en procédant à des rachats d’actions ce qui faisaient monter les cours. Ils ont généreusement accordé des augmentations de salaires et de bonus aux équipes dirigeantes. Et ils se sont lancés dans des acquisitions coûteuses à l’étranger qui se sont même parfois révélées désastreuses. Enfin ils n’ont pas relâché leur pression sur leurs fournisseurs, c’est-à-dire sur le tissu industriel du pays avec des prix serrés et souvent des délais de paiement excessifs. En même temps, en prétendant, avec le soutien des gouvernements successifs, que le coût du travail était trop élevé, ils ont maintenu la pression sur les salaires.

Les deux moteurs de la croissance, l’investissement et la consommation ont donc été bridés. Quant au commerce extérieur, il n’a en rien bénéficié de ces transferts réalisés au nom de la compétitivité. En revanche le taux d’épargne financière des ménages bat des records. On l’attribue à tort à leur inquiétude face à la situation internationale. Il résulte de la montée des inégalités. A partir d’un certain niveau de revenu, la consommation ne suit plus et le reste va dans les produits d’épargne.

La collecte nette de l’assurance-vie a ainsi représenté durant le premier trimestre 19,7 milliards d’euros. L’encours à la fin de l’année 2025 atteignait 2 115 milliards en hausse de 94 milliards sur un an. La publication à la fin du mois des chiffres détaillés de la croissance du premier trimestre comportera les données relatives à l’épargne financière des ménages. Son taux, en pourcentage du revenu disponible brut, ne devrait donc pas être en repli mais revenir au-dessus de 9% ce qui sera parfaitement cohérent avec la faiblesse de la consommation et de l’investissement dans les logements.

La stagnation de l’économie française ne date pas d’hier et n’est pas un phénomène conjoncturel. Tant que le gouvernement n’en aura pas identifié les causes et corrigé les erreurs passées de politique économique, cette situation perdurera