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Le blog d'Alain Boublil

 

Chômage: rompre le cercle vicieux

Quand le ministre de l’Emploi, François Rebsamen, reconnait l’échec actuel du gouvernement à inverser la courbe du chômage, il constate une évidence. Mais devait-il pour autant se risquer à prédire que la situation  ne s’améliorerait pas avant le deuxième semestre 2015, c’est-à-dire d’ici un an ?  On comprend la préoccupation personnelle et l’opération de communication. Ses propos ne sont pas passés inaperçus. Au moins, on ne pourra pas lui reprocher comme au Président de la République de s’être trompé. Et si, contrairement à ses affirmations, le chômage recule, tout le monde aura oublié ses déclarations et il pourra en tirer le bénéfice politique. La vraie question, c’est pourquoi pense-t-il que la hausse du chômage ne sera pas endiguée ? S’il ne croit pas dans la politique menée, qu’il le dise et qu’il aille rejoindre ceux qui, à gauche, sont de cet avis. Or ce n’est pas le cas. Il est même l’un des principaux soutiens du chef de l’Etat.

Il estime probablement que la politique menée met plus de temps à donner des résultats que prévu, mais que ceux-ci seront au rendez-vous qu’il a fixé. Et c’est là où il se trompe. Car il existe, en économie, une théorie qui, à la différence de la plupart de celles énoncées péremptoirement par les experts, est régulièrement validée par les faits : c’est la théorie des anticipations vérifiées. Si tout le monde se comporte comme si une catastrophe allait se produire, elle se produit. Il en va ainsi des banques. Si on pense qu’une banque va faire faillite, on se rue aux guichets pour retirer ses fonds et elle fait faillite. Et si tout le monde pense que le chômage va augmenter, y compris celui qui a en charge de lutter contre ce fléau, il augmente. La principale cause de l’augmentation du chômage, c’est précisément la crainte que celui-ci augmente. Et si au plus haut niveau de l’Etat, on est persuadé qu’il va augmenter, tout le monde va se préparer à cette éventualité, ce qui aggravera encore la situation et assurera la réalisation de cette noire prédiction. Explication.

L’augmentation annoncée du chômage et son caractère durable modifient le comportement des agents économiques. Les ménages, même quand ils ne sont pas directement concernés, limitent leur consommation à l’essentiel, reportent les dépenses qui peuvent attendre, achat d’une voiture par exemple, ne s’endette que pour passer une échéance difficile, et encore si ils trouvent une banque pour leur prêter. Car ils se sentent menacés. Naturellement, les projets d’acquisition d’un logement, sauf rentrée financière soudaine, on pense à un héritage, sont eux aussi renvoyés à plus tard. Et ceux qui disposent d’un excédent de ressources s’empressent, précaution élémentaire, de l’épargner. Le taux d’épargne financière des ménages atteint depuis un an un record. L’atonie de la consommation et la chute de la construction de logements ne sont donc pas uniquement imputables à la hausse de la pression fiscale, à la stagnation du pouvoir d’achat et au « rabotage » des avantages sociaux comme le gel des retraites et la modulation des allocations familiales. Elle s’explique aussi et avant tout par l’inquiétude face à l’avenir, inquiétude que vient, sans peut-être en mesurer toutes les conséquences, d’aggraver François Rebsamen. Et c’est cette inquiétude qui est l’une des premières, sinon la première, causes de la stagnation économique, stagnation qui, mécaniquement génère davantage encore de chômage.

Et le raisonnement s’applique avec encore plus de force aux entreprises. Pourquoi investir et recruter, même si l’Etat en fournit généreusement les moyens au travers d’allégements sociaux et fiscaux massifs, si les clients ne sont pas au rendez-vous ? Alors dira-t-on, en brandissant le thème de la compétitivité, il y a l’exportation et c’est là où pourrait se situer l’espoir, le gisement de production qui irait nourrir la croissance. Seulement les deux tiers de nos clients sont en Europe, où la situation n‘est pas meilleure. Le retour à la croissance des pays qui avaient été les plus durement touchés par la crise, ne doit pas faire illusion. Ils n’ont pas encore retrouvé, tant s’en faut, le niveau d’activité de 2008. Ce ne sont donc pas eux qui vont fournir les débouchés qui manquent en France.

 Et quand enfin l’Etat réduit lui aussi ses dépenses pour restaurer sa crédibilité financière et se conformer – partiellement- à ses engagements européens, tous les indicateurs de la croissance sont au rouge. Alors que faire ?

Rééquilibrer les efforts. Pour répondre à Bruxelles, le gouvernement vient enfin de reconnaître que la charge de la dette serait inférieure de plusieurs milliards à ce qu’il a prévu dans le budget, ce qui ne surprendra pas nos lecteurs habituels. Depuis des mois, et à partir des chiffres communiqués par l’Agence France Trésor, on sait que ces dépenses sont surestimées et qu’une sorte de  cagnotte a été constituée pour compenser les éventuels dérapages des dépenses de fonctionnement. Elle sera donc employée à satisfaire Bruxelles et aucun effort supplémentaire ne sera donc demandé aux ménages, ce qui est positif dans le contexte actuel.

Mais le rééquilibrage doit aller plus loin et toucher le pouvoir d’achat. Les avantages fiscaux octroyés aux entreprises sans contreparties doivent être mieux ciblés et une partie doit être redistribuée aux ménages sous forme de prestations et de baisses d’impôt. Cela pourrait se faire à la fin de l’année dans le cadre de la loi de finances rectificative pour 2014. C’est à ce moment-là qu’il faudra  donner un signal fort de croissance pour briser les anticipations de récession, déclencher enfin un retournement des comportements pour qu’en 2015 soit rompu le cercle vicieux du chômage. Les anticipations s’inverseront et la baisse du chômage, même faible, qui en découlera entrainera un « cercle vertueux » où la croissance engendrera mécaniquement une nouvelle et cette fois durable baisse du chômage, démentant les prédictions sombres du ministre de l’Emploi. Mais qui s’en plaindra ?