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Le blog d'Alain Boublil

 

3,30% : Indice du taux d'emprunt de l'Etat à 10 ans

L’Agence France Trésor qui a pour mission de gérer la dette de l’Etat publie tous les jours un indice, le TEC 10, qui reflète les conditions de financement de la dette publique pour l’échéance à 10 ans. Le chiffre de 3,30% est le plus bas depuis plusieurs mois et témoigne, contrairement à de nombreux commentaires, de la confiance des marchés dans la capacité de la France à gérer son endettement. A titre de comparaison, les taux américains et britanniques sont supérieurs à 4%. Dans la zone euro, l’écart avec l’Allemagne ne cesse de se réduire et est tombé à 57 points de base alors qu’il était supérieur à 70 à l’automne dernier. Le taux italien, lui est repassé au-dessus du taux français alors que pendant des semaines le fait qu’il était passé légèrement en dessous avait été interprété comme un signal particulièrement alarmant.

Autre indice de la confiance des marchés envers la situation financière de la France, les succès remportés depuis le début de l’année par les émissions de Bons du Trésor (BTF) et des Obligations à moyen et long terme (OAT). Chacune des trois émissions de BTF a été largement sursouscrite : 27 milliards d’euros demandés pour 7,6 milliards retenus. Il en a été de même pour la dette à long terme : 13,5 milliards retenus pour 35 milliards demandés, comme pour les titres à moyen terme 13,5 milliards retenus pour 35 milliards demandés. Pour les émissions de titres indexés sur l’inflation de la zone euro, 1,5 milliards retenus pour 4,4 milliards demandés.

A cet égard, on peut se demander où se situe l’intérêt de préférer émettre des titres indexés sur la zone euro alors que l’inflation y est supérieure à 2% et non sur l’inflation française qui est très faible depuis plusieurs mois. Ce choix n’est pas sans conséquence sur le montant à payer chaque année, quand ces titres arrivent à maturité. Ainsi entre 2023 et 2025, les charges d’indexation ont représenté plus de 10 milliards d’euros. Cette charge va continuer de s’accroître puisque l’encours indexé sur la zone euro était au début de l’année de 72 milliards contre 52 milliards seulement pour celle indexée sur l’inflation nationale.

Contrairement aux commentaires alarmistes, la France continue donc de disposer d’une appréciation favorable des marchés financiers malgré un taux d’endettement rapporté au PIB élevé ; mais cet indicateur doit être interprété avec prudence car le dénominateur est exprimé en valeur. Le moyen le plus rapide de réduire ce taux n’est donc pas de réduire le déficit mais d’avoir une inflation élevée, ce qui pénaliserait les épargnants et le pouvoir d’achat. C’est ce qui est arrivé avec la Grèce, au sortir de la crise de 2012 mais elle n’y a pas de quoi en être fière. En revanche, la très faible inflation que connait la France, ce qui est un progrès majeur par rapport aux années qui avaient précédé la création de l’euro, rend plus difficile la réduction du taux d’endettement, comparé par exemple à ceux de l’Allemagne qui a une inflation qui persiste au-dessus de 2% et de l’Italie.

Le maintien par la BCE de taux d’intérêt supérieurs à 2% pèse aussi sur la charge de la dette comme sur la croissance. Or celle-ci constitue grâce aux recettes fiscales supplémentaires générées, un facteur essentiel dans le rétablissement des comptes publics et la stabilisation de l’endettement. La France est donc, plus que les autres membres de la zone, pénalisée par cette politique. Il serait peut-être temps de faire valoir ces arguments face à ceux, chez nous comme chez nos voisins, qui dénoncent notre endettement qu’ils jugent excessif.

La confiance préservée des marchés financiers, résulte de deux facteurs incontestables. La France a un excédent, certes faible, inférieur à 1% du PIB, de sa balance des paiements courants. Le pays ne contribue donc pas à fragiliser la position extérieure de la zone euro. Cet excédent résulte de recettes touristiques considérables et des revenus provenant de l’étranger. Ceux-ci compensent le lourd déficit de la balance commerciale en biens. Alors que les gouvernements successifs se sont fixés depuis 2012 comme objectif de rétablir la compétitivité des entreprises au prix d’une aggravation des déficits publics, le maintien d’une balance fortement déficitaire montre que cette politique a échoué ce qui s’est traduit par un maintien du chômage à un niveau élevé.  

Le second facteur qui a contribué au maintien de la confiance est le niveau très élevé de l’épargne financière des ménages qui a atteint en 2025 un niveau record avec plus de 9% du revenu disponible brut. Là encore, il faut se méfier des comparaisons et notamment avec l’Allemagne qui afficherait dit-on un taux voisin si ce n’est supérieur. Cela résulte d’une différence de méthode de calcul puisqu’existe là-bas un système de retraite par capitalisation dont les contributions sont incluses dans l’épargne, ce qui n’est pas le cas pour les régimes par répartition.

L’évolution prévisible de la charge de la dette publique n’a pas davantage sapé cette confiance. Elle provient de trois facteurs ; la hausse de l’endettement provoquée par la persistance des déficits mais ce n’est pas le plus déterminant. Le coût croissant de la charge d’indexation quand un titre vient à l’échéance et enfin l’évolution des taux du marché qui dépend de la BCE. L’Etat peut freiner l’accumulation des déficits et avoir moins recours à des titres indexés sur l’inflation de la zone euro sur laquelle il n’a aucune prise. Mais il n’est pas en mesure de déterminer la politique de la BCE. Pourtant rien ne l’empêche de faire savoir qu’elle pénalise artificiellement la France qui, sur le plan de l’inflation, est l’un des pays les plus vertueux de la zone euro.

D’ailleurs si l’on mesure l’endettement public non plus par rapport au PIB mais par rapport aux actifs financiers des ménages, un fois déduit leur endettement, on constate que cet indicateur a faiblement évolué depuis trente ans. La richesse des ménages a cru presqu’aussi vite que l’endettement public. Or la solvabilité d’un pays, comme celle d’un agent économique, dépend de sa capacité à rembourser sa dette laquelle est ainsi réelle. Quant au discours suivant lequel on transmettrait aux générations futures cette dette, il méconnait une évidence : ces générations hériteront, et même bien plus encore, de l’argent pour la rembourser.

La dramatisation, dans le débat public, de la question de l’endettement provient d’une erreur d’analyse. En faisant peur, on croit qu’il sera plus facile de faire accepter des mesures impopulaires. Cette idée est fausse parce que ceux qui sont visés par ces mesures se battront pour faire admettre que ce ne sont pas eux qui sont à l’origine du problème mais « les autres ».

Le débat doit donc moins porter sur le niveau des dépenses publiques et davantage sur une meilleure utilisation. La simplification de l’action des administrations, leur débureaucratisation et une réforme territoriale majeure consistant à réduire le nombre d’institutions locales contribueraient à la réalisation de cet objectif. Mais il n’est pas sûr que des élus votent facilement pour la réduction du nombre des organismes locaux où ils siègent.

Le débat sur l’endettement public est justifié mais la méthode retenue n’est pas la bonne. On risque d’accréditer l’idée au niveau européen suivant laquelle la France est un mauvais élève. Cela réduira alors son influence sur des sujets majeurs comme l’énergie ou la défense, sans pour autant mettre en place les vrais remèdes au mal français.