Depuis une semaine, ont été publiées les dernières données, relatives à l’économie française: construction de logements, consommation de biens, production industrielle, situation budgétaire, commerce extérieur. Elles fournissent une image plus précise de la situation au premier trimestre 2015 et de la tendance pour cette année. Ces chiffres ne permettent pas de conclure à un retour de la croissance en France, à un niveau significatif de nature à stabiliser le chômage en encore moins à le réduire. Les discours optimistes des économistes doivent donc être relativisés. Retrouver une croissance autour de 1% constitue un progrès par rapport à la stagnation passée mais cela ne signifie nullement que « la crise est derrière nous » et que, « grâce aux réformes mises en œuvre », l’avenir est radieux. Car les chiffres démentent ces pronostics optimistes.
Les mises en chantier de logements neufs ont continué de reculer au mois de mars portant la baisse sur le premier trimestre à près de 9% par rapport au trimestre précédent. Quant aux autorisations de construire, qui préfigurent l’activité à venir, elles sont en recul de 12,5% sur trois mois et de 7% en glissement annuel. Une nouvelle baisse de l’activité de la construction cette année est donc vraisemblable. Or ce secteur équivaut à près des deux tiers de la production industrielle et a pesé lourdement sur la croissance depuis cinq ans. Il n’y a donc pas de reprise possible et significative en France avec une poursuite des tendances actuelles observées dans la construction de logement. C’est d’ailleurs paradoxal puisqu'elle devrait être le premier bénéficiaire de la baisse spectaculaire des taux d’intérêt observée actuellement. Or il n’en est rien, faute de confiance dans l’avenir et des obstacles administratifs mis un peu partout. La timide reprise des prêts aux particuliers, que l’on a observé au premier trimestre résulte, en réalité, de la renégociation des financements accordés quand les taux étaient trois à quatre fois supérieurs et des nouveaux prêts consentis à cette occasion.
La production industrielle, elle, a peu progressé depuis le début de l’année. Sa hausse (1,4%) par rapport au trimestre précédent, est essentiellement due à un effet climatique, que n’ont pas traduit entièrement les corrections saisonnières. Un automne anormalement doux avait provoqué une chute de la production et de la consommation d’énergie à la fin de l’année 2014, suivie mécaniquement d’une reprise avec l’hiver, au début de l’année 2015. Au total, la production industrielle en mars 2015, n’avait toujours pas dépassé le niveau atteint en 2010. Cette stagnation recouvre des évolutions sectorielles très disparates : les secteurs des transports (aéronautique et, dans une moindre mesure automobile), de la chimie, de la pharmacie et du raffinage compensant, à eux seuls, la baisse de production enregistrée dans tous les autre secteurs. Cette disparité des performances est une preuve supplémentaire du peu de pertinence des raisonnements globaux en termes de « compétitivité ».
L’évolution de la production industrielle est liée au comportement des ménages en matière de consommation de biens qui enregistre une stabilité globale, avec, après la chute de la consommation d’énergie en octobre et novembre, une reprise en décembre suivie d’une forte rechute en mars. Au total, les achats d’automobiles, et dans une moindre mesure, l’équipement des logements connaissent une hausse significative, compensant l’atonie du reste.
Ces résultats sont d’autant plus décevants qu’ils se situent dans un contexte économique qui avait été présenté comme favorable : baisse de l’euro, du pétrole et des taux d’intérêt. L’examen des comptes extérieurs comme de la situation budgétaire du pays montrent bien que les espoirs mis en ces « divines surprises » ne se sont pas matérialisés. C’est particulièrement vrai pour le commerce extérieur, qui aurait dû, en être le premier bénéficiaire, si l’on s’en tient aux raisonnements des économistes : sa contribution à la croissance du 1er trimestre sera vraisemblablement négative. Les exportations sont restées stables, certes à haut niveau, pour un pays de la taille de la France (111,6 milliards) alors que les importations ont progressé de 1,2 milliard à 123,6 milliards. La baisse de l’euro, en renchérissant l’ensemble de nos importations a plus que compensé les économies réalisées sur la facture pétrolière, du fait de la baisse des cours du pétrole, particulièrement forte sur cette période. Sur un an, la progression très limitée des exportations, (+2,6%) montre aussi que nos entreprises ont en réalité, peu tiré avantage de la forte dépréciation de l’euro (près de 20%).
Enfin, les données budgétaires reflètent la morosité du climat et l’ampleur des différents dispositifs en faveur des entreprises. Les recettes de TVA sont étales, en ligne avec la consommation. Le bond du mois de janvier a été compensé par des reculs les mois suivants. L’impôt sur les sociétés connait un nouveau et vif recul : -16% alors que les prélèvements directs sur les ménages (impôt sur le revenu et droits divers) progressent de 8,7%, ce qui représente une charge additionnelle de plus de 2 milliards. Figurent probablement aussi, dans ces décomptes, les recettes tirées des régularisations fiscales.
Du côté des dépenses, l’investissement public recule fortement, mais les données en début d’année sont peu significatives alors que les frais de fonctionnement de l’Etat continuent de s’envoler. La charge de la dette, au contraire, dément une fois de plus les prévisions de Bercy et est déjà inférieure de 28% à celle de l’an passé. Le rebond intervenu depuis peu, qui reste mesuré, sur les taux à long terme, est plus technique qu’annonciateur d’une inversion de tendance. Un phénomène analogue s’était produit quelques mois après le lancement de programmes analogues à ceux qu’a lancé la BCE, aux Etats-Unis et au Japon. L’Etat a pu le constater ce jour en plaçant 8,5 milliards d’euros sur des échéances de 8 à 12 ans à des taux inférieurs ou proches de 1%, très loin donc de la prévision d’un taux moyen pour l’année de 2,2% figurant dans la loi de finances.
Ce bilan économique est en fait sans surprise. La politique de l’offre et la dépréciation de l’euro n’ont pas eu d’effets significatifs sur la croissance, faute d’un relais de la demande intérieure, qu’il s’agisse de la consommation des ménages, de la construction de logements ou de l’investissement des entreprises. La réduction du déficit budgétaire reste donc limitée, faute d’un dynamisme des recettes, qui serait provoqué par la hausse de l’activité au lieu de l’être par l’augmentation des impôts. Enfin, l’insuffisante amélioration du commerce extérieure infirme les espoirs mis dans la baisse de l’euro. L’économie française n’est donc pas sortie d’affaires.