Enfin un bon chiffre ! Au mois de décembre, les exportations françaises ont atteint leur plus haut niveau depuis près de deux ans, en hausse de 3,6% par rapport au mois de décembre 2013. Au total, en 2014, elles auront représenté 437 milliards et se rapprochent du record atteint en 2012. La France, n’en déplaise aux « déclinistes », reste le 5ème exportateur mondial et le 2ème par habitant, parmi les grands pays. Elle n’est devancée, suivant ce critère, que par l’Allemagne. Bien plus que la réduction du déficit, qui résulte de la facture énergétique avec la baisse des prix du pétrole en fin d’année et surtout la clémence du climat, c’est ce rebond de nos exportations qui doit retenir l’attention car ses causes méritent réflexion.
Ce qui frappe, dans le bilan annuel dressé par l’administration des Douanes, c’est d’abord la forte hétérogénéité des performances suivant les branches. Succès spectaculaire dans l’aéronautique, bien sûr, mais aussi solidité des positions dans la chimie et les cosmétiques, dans la pharmacie et les équipements automobiles, malgré un léger repli l’an passé, et bien sûr dans l’agroalimentaire. Faiblesse structurelle dans la mécanique, les produits électroniques, l’ensemble de la filière bois jusqu’à l’ameublement et dans le textile et l’habillement. Ceci montre bien que la cause de notre déficit n’a rien de global, que celui-ci ne résulte pas d’un manque général de compétitivité, mais qu’il traduit simplement les succès ou les faiblesses des stratégies des entreprises dans le secteur où elles opèrent. A cela s’ajoute l’intervention maladroite, ou l’absence d’intervention, de l’Etat. Deux exemples, dans des activités parmi les plus lourdement déficitaires, illustrent ces défaillances.
Le déficit en produits raffinés a augmenté de près de 10 milliards d’euros en sept ans. La raison est simple : en encourageant le diesel par la fiscalité puis par le mode de calcul des primes attribuées à la suite du Grenelle de l’Environnement, l’Etat a orienté la demande vers ce carburant et bouleversé l’équilibre de notre appareil de raffinage, conçu pour produire de l’essence. Résultat, quatre raffineries ont fermé puisqu’il est économiquement absurde de faire venir du pétrole brut pour le réexporter, à grande échelle, sous forme de produits raffinés. Et nous importons le diesel dont l’Etat a stimulé la demande, au détriment, de surcroit, de la santé publique, on est en train d’en prendre conscience.
Le second cas d’école, c’est l’industrie automobile, dont le solde est devenu en dix ans, lourdement déficitaire. Le principal responsable en est Renault, dont l’Etat est toujours un important actionnaire. Après l’acquisition de Dacia et son alliance avec Nissan, le constructeur national, autrefois leader sur le marché européen, a massivement délocalisé ses usines d’assemblage et a, en même temps, ouvert la porte du marché français, à travers son réseau, au groupe japonais. Celui-ci s’est empressé d’investir dans son usine de Sunderland, en Angleterre, pour approvisionner le marché européen, donc la France, et par la même, faire concurrence à son « partenaire ». Avec les mêmes coûts salariaux, les équipementiers, et notamment Michelin et Valeo, sont florissants et présentent une balance excédentaire. Les constructeurs, eux, sont à la peine et ont creusé notre déficit, dans l’indifférence, dans le cas de Renault, de l’Etat. Espérons qu’il en tirera les conséquences pour PSA dont il est devenu actionnaire.
L’idée dominante suivant laquelle notre déficit trouverait son origine dans un manque de « compétitivité », à cause de ses coûts salariaux excessifs ne résiste pas à l’analyse détaillée de nos échanges extérieurs. L’examen de nos performances par pays est tout aussi révélateur. Là, nos faiblesses seraient liées à l’euro. Les chiffres que viennent de publier les Douanes ne le confirment pas non plus.
Hors produits énergétiques, la majorité du déficit provient de la zone euro ! Et avec deux pays en tête, l’Allemagne, ce qui ne surprend pas et, ô surprise, l’Italie ! C’est même le pays avec lequel la dégradation a été la plus soutenue ces dernières années. Et quel est le pays avec lequel nous entretenons, depuis longtemps, le plus fort excédent ? Le Royaume-Uni, qui a adopté une stratégie de monnaie faible après la chute de la livre de 15% en 2008. Cela n’a pas contribué à réduire son déficit avec la France, au contraire. Nous verrons, à l’avenir si sa lente remontée, dans le sillage du dollar, a des conséquences sur les échanges entre nos deux pays.
Les données par pays doivent aussi, dans certains cas, être prises avec précaution. Il y a l’effet « transit » : quand un produit est acheminé par Anvers ou Rotterdam, en provenance d’Asie ou d’Amérique, il entre dans les importations en provenance de Belgique ou des Pays-Bas, ce qui explique une bonne partie du déficit avec ces deux pays. Et il y a aussi l’effet « optimisation fiscale ». Les grands groupes américains et japonais ont pris l’habitude d’implanter en Irlande des usines afin, par le jeu des prix de transfert, d’y localiser leurs marges pour bénéficier d’une fiscalité « accommodante ». Cela crée un déficit artificiel avec l’Irlande et réduit d’autant le déficit avec les pays, situés en dehors de la zone euro, d’où sont originaires les entreprises qui se livrent à de telles pratiques.
Même corrigées de ces deux effets qui surestiment le niveau des importations donc du déficit avec les pays de la zone euro, les données par pays et leur évolution ces dernières années, montrent qu’il n’existe pas de corrélation indiscutable entre l’évolution des soldes extérieurs de la France avec ses partenaires et celle de leurs monnaies respectives. La seule chose certaine, c’est que l’affaiblissement de l’euro se traduira mécaniquement par un renchérissement des importations de matières premières, au premier rang desquelles figure le pétrole. La France, et les pays de la zone euro, vont donc moins bénéficier que leurs concurrents situés en dehors, de la baisse actuelle des cours.
L’idée dominante aujourd’hui, c’est que l’effet conjugué de la réduction des coûts salariaux et de la baisse de l’euro va rétablir la « compétitivité » de nos entreprises. Les données qui viennent d’être publiées relatives à nos échanges extérieurs ne confirment ni la première, ni la seconde hypothèse mais montrent clairement que nos positions se sont améliorées dans certains secteurs. Dans une compétition, ce qui compte, pour le résultat final, c’est le nombre de champions et pas une sorte de « main extérieure » qui distribuerait des soutiens. Les chiffres de cette fin d’année montrent, mais cela reste à confirmer, que nos champions sont en train de regagner du terrain.