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Le blog d'Alain Boublil

 

L'environnement et les erreurs écologiques

La priorité donnée à l’environnement dans l’action publique n’est pas discutable, même si les comportements individuels comme le mode de fonctionnement des entreprises sont essentiels. Mais la difficulté réside dans les contradictions entre les exigences politiques et les réalités techniques. Il arrive alors que pour répondre à des considérations politiciennes, les Etats prennent des décisions au nom de la protection de l’environnement qui aboutissent à des résultats contraires aux objectifs recherchés du fait d’une méconnaissance, involontaire ou non, des conséquences de leur action. Cette situation n’est pas propre à la France et on a observé des situations similaires en Allemagne et même aux Etats-Unis où les préoccupations écologiques sont bien moins présentes qu’en Europe.

Le premier exemple a été fourni par les décisions découlant en France du Grenelle de l’Environnement, un ensemble de réunions rassemblant l’Etat et les partenaires économiques au 2ème semestre 2007. La concentration de la réflexion sur la réduction des émissions de CO2 a abouti à fixer comme objectif leur division par quatre « à l’horizon 2050 » alors que la France avait déjà l’un des plus faibles taux d’émission par habitant parmi les pays développés. L’Etat, sous le prétexte que les voitures roulant au diesel en consommaient moins et ainsi émettaient moins de CO2, décida alors de baisser sa fiscalité ce qui incita les ménages à adopter cette motorisation. En 2023, la part du diesel a représenté les deux tiers de la consommation de carburant.

Mais c’était oublier les conséquences. Si les moteurs diesel consomment moins de carburant, ils émettent beaucoup de particules fines dans l’atmosphère ce qui affecte gravement les capacités respiratoires de la population. La qualité de l’air dans les villes et notamment à Paris s’est dégradée et ne respecte pas les normes européennes. L’Allemagne a suivi la même politique. L’un des principaux constructeurs du pays fut même pris en flagrant délit de trucage des moteurs pour faire croire qu’il respectait les normes en matière de pollution, ce qui a provoqué un scandale majeur. Cette politique a aussi lourdement pénalisé l’industrie du raffinage. Comme il n’était pas possible de continuer à faire tourner les unités qui produisaient de l’essence puisque la demande s’orientait vers le diesel, et qu’il n’était pas rentable d’importer du pétrole, de le raffiner et de le réexporter, un tiers des capacités de production françaises ont été fermées, ce qui a contribué à la désindustrialisation.

Le second exemple, encore plus spectaculaire, a été le discrédit jeté par des mouvements politiques partout en Europe sur le nucléaire qui était pourtant la principale source non intermittente de production d’électricité décarbonée. La France a arrêté ses investissements alors que le parc, réputé pour sa sécurité d’exploitation, commençait à vieillir et qu’il fallait envisager les investissements nécessaires à la poursuite de son exploitation et au remplacement futur des unités. L’Allemagne a fait pire en prenant prétexte de l’accident provoqué au Japon par un tsunami, pour fermer progressivement l’ensemble de ses centrales.

Les vraies raisons étaient plus douteuses. Il s’agissait de protéger les emplois dans les mines de charbon et, on l’a découvert après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, de se rapprocher de ce pays en en faisant son principal fournisseur de gaz naturel. L’Allemagne continue donc à émettre deux fois plus de CO2 que la France pour une population supérieure de 25%. Le pays, sous la pression de son voisin, a même fermé la centrale de Fessenheim qui avait reçu pourtant ses autorisations d’exploitation, au pire moment car plusieurs centrales étaient affectées par des phénomènes de corrosion et parce que, du fait des sanctions contre la Russie, les prix de l’électricité s’envolaient.

Les Etats-Unis n’ont pas été épargnés. Quand les nouvelles technologies d’extraction de pétrole et de gaz ont été découvertes et mises en pratique, de vives campagnes dénonçant les conséquences sur l’environnement ont été lancées contre la production de « pétrole et de gaz de schiste ». Pourtant elles permettaient d’ajuster bien plus facilement l’offre et la demande et elles nécessitaient des investissements beaucoup moins lourds que par exemple quand il fallait faire des forages en eau profonde pour produire du pétrole. Le développement du gaz de schiste a permis aussi de réduire très sensiblement le recours au charbon dans les centrales électriques, ce qui a conduit pour la première fois à une réduction significative et durable des émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis.

Quand un pays comme la France ne dispose pas de ressources en énergies fossiles, la réduction de sa consommation d’énergie permet de satisfaire en même temps deux objectifs, l’un en faveur de l’environnement, l’autre purement économique en réduisant son déficit extérieur. Mais il ne faut pas que les incitations offertes par l’Etat déstabilisent complètement un secteur important. Or les décisions relatives à l’isolation thermique avec l’interdiction d’offrir à la location des logements ne répondant pas à certains critères fournissent un bon exemple de ce qu’il ne faut pas faire au nom de l’environnement. Il est évident que les entreprises de construction ne seront pas en mesure dans des délais aussi courts de réaliser un tel volume de travaux. Quant aux bailleurs, quand ce sont des personnes physiques, ils n’ont pas toujours les moyens financiers de procéder aux travaux. Ce sont donc des centaines de milliers de locataires qui risquent dans les prochaines années de se retrouver sans logement. Le risque d’une crise sociale majeure en France ne peut donc pas être écarté.

Dernier exemple, les décisions européennes d’interdiction de vente de véhicules thermiques en 2035. Il n’est d’abord pas prouvé que la production des véhicules électriques avec leurs batteries et que leur recharge pendant leur durée de vie génère moins d’émission de gaz à effet de serre que les véhicules thermiques actuels. Ensuite, l’Europe a des niveaux d’émission bien inférieurs à ceux des Etats-Unis et de la Chine, où de telles interdictions n’ont pas été décidées mais où se développent les deux premiers constructeurs mondiaux de voitures électriques, Tesla et BYD. Les conséquences industrielles et sociales de ces décisions vont être considérables. Les constructeurs européens n’ont aucune chance, compte tenu de leur retard, de faire face à cette nouvelle concurrence et des centaines de milliers d’emplois sont menacés. C’est pour le moins un paradoxe au moment où en France, on ne parle que de réindustrialisation.

On assiste donc en Europe et particulièrement en France à un divorce profond entre les préoccupations légitimes en faveur de l’environnement et les décisions à caractère essentiellement politiques qui sont prises en méconnaissance, consciente ou non, de leurs conséquences de toute nature. C’est ainsi que l’on a favorisé le diesel au détriment de la qualité de l’air, que l’on a condamné le nucléaire et dénoncé les méfaits du gaz de schiste ce qui profitait au charbon. Demain, on prend le risque de supprimer des centaines de milliers d’emplois dans l’industrie automobile et d’envoyer à la rue des centaines de milliers de familles car on n’a pas été en mesure de leur proposer un nouvel emploi ou une solution pour se reloger.

L’Europe et la France en premier lieu, sont plutôt vertueux en matière d’émissions de gaz à effet de serre mais les décisions annoncées peuvent affecter gravement des populations et des secteurs industriels pour le plus grand profit de pays qui, eux, ne sont pas vertueux. Le combat contre le réchauffement climatique nécessite l’adhésion de tous. En imposant des mesures aussi incompréhensibles qu’injustes, les gouvernements concernés prennent le risque de perdre ce combat.    

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