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Le blog d'Alain Boublil

 

La nouvelle croissance chinoise

Dans un environnement international de plus en plus fragmenté et instable, la Chine apparait comme un pilier de la croissance de l’économie mondiale. L’augmentation du PIB sur un an au 1er trimestre de 5% montre qu’à la différence des principaux pays développés, le pays n’a pas encore été affecté par les conséquences de la guerre au Moyen-Orient. Les incertitudes relatives aux approvisionnements en énergies fossiles avec les fortes hausses de prix qui en ont découlé comme les perturbations du trafic maritime ne se sont pas traduites par un rebond significatif de l’inflation ou par des menaces sur les chaînes de production.

Le taux de 5% est identique à celui publié pour l’année 2025 mais celle-ci avait connu un léger ralentissement au 2ème semestre, avec notamment une croissance de 4,5% au 4ème trimestre, ce qui témoigne donc de la solidité actuelle de l’économie chinoise. Le XVème Plan qui couvrira la période 2026-2030 n’a pas fixé un objectif précis mais une fourchette (4,5%-5%) pour la croissance à venir, montrant la prudence des autorités. Le début de l’année est donc conforme à leurs attentes mais supérieur aux prévisions des institutions internationales qui situaient la croissance plutôt à 4,8%. Le FMI, pour l’ensemble de l’année, a fixé sa prévision à 4,4%.

L’inflation a légèrement redémarré en mars du fait de la hausse des prix de l’énergie, ce qui marque une rupture après trois ans d’inflation négative ou nulle. Les prix à la consommation se sont accrus de 1% en mars et les prix à la production dans l’industrie de 0,5%. La production industrielle a poursuivi sa hausse en mars (+5,7% sur un an après + 6,3% sur janvier-février) mais l’investissement privé, affecté par le secteur immobilier toujours en crise (-11% sur le trimestre) n’a progressé que de 1,7%. En revanche l’Etat a poursuivi sa politique de développement des infrastructures et d’investissement dans l’énergie afin d’atteindre ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Le principal changement que révèlent les derniers chiffres publiés concerne le commerce extérieur et il traduit la mutation progressive de l’économie chinoise. En 2025, les exportations avaient atteint 3 857 milliards de dollars en hausse de 6,1% et les importations   2 640 milliards de dollars en hausse seulement de 0,5%. Durant le premier trimestre 2026, les exportations représentaient 977 milliards (+12%) et les importations 713 milliards soit +19,6%. Ce dernier chiffre reflète les tensions politiques internationales et notamment la hausse des prix des énergies fossiles mais aussi la stratégie des entreprises chinoises désireuses d’accumuler des stocks afin en cas d’aggravation des tensions de disposer des matières premières et des composants nécessaires à leur activité. L’excédent commercial reste très élevé avec 264 milliards proche de la moyenne observée pour chaque trimestre en 2025.

Mais les flux géographiques comme la nature des échanges révèlent la transformation en cours dans l’Empire du Milieu. Les exportations vers l’Europe ont poursuivi leur croissance (+17,6%) et vers l’Asie du sud-est (+27%) alors qu’elles chutaient à destination des Etats-Unis (-16,6%) à la suite des annonces répétées, suivies parfois de retraits, de droits de douane. Les Etats-Unis ont représenté depuis le début de l’année moins de 10% du commerce extérieur chinois et l’Union Européenne 24%.

On assiste donc à une transformation progressive de la place de la Chine dans le commerce mondial. Si la croissance a conservé le même niveau, ses moteurs sont en train d’évoluer. Le pays avait été longtemps un fournisseur des pays développés qui y avaient implanté des usines et qui profitaient des réexportations à un prix avantageux de produits finis pour leurs propres clients. Désormais les entreprises chinoises sont en mesure de concurrencer sur leurs marchés les entreprises des pays développés et de fournir le reste du monde là aussi en concurrence avec celles qu’ils avaient abondamment approvisionnées dans le passé.

On est donc en train de passer d’une époque où la Chine produisait des pièces détachées à une époque où ses entreprises sont devenues des leaders mondiaux. La composition des exportations est révélatrice. Durant le 1er trimestre 2026, les ventes à l’étranger de véhicules électriques ont progressé de 77%, de batteries de 50% et de turbines pour les éoliennes de 45%. Les entreprises chinoises occupent la position de leader mondial dans la production de métaux rares, de panneaux solaires et de robots humanoïdes notamment.

Mais cette transformation du modèle économique chinois nécessite une politique étrangère très active ayant pour but de conclure avec le maximum de pays des partenariats permettant aux entreprises chinoises d’avoir accès ces nouveaux marchés. Elle se traduit par une activité diplomatique intense et continue. Pendant que les Etats-Unis et l’Europe se mobilisaient pour mettre un terme aux deux guerres, en Ukraine après l’invasion de la Russie et au Moyen-Orient, Pékin n’a cessé ces derniers mois de multiplier les rencontres et la conclusion d’accords économiques et politiques.

Se sont ainsi rendus à Pékin ou ont échangé par visioconférences de nombreux chefs d’Etat ou de gouvernements depuis deux mois. Le président du Vietnam nouvellement élu, To Lam, est venu conclure des accords sur la réalisation et le financement d’infrastructures, des partenariats dans les hautes technologies et un programme d’échanges d’étudiants. Le proche de Wladimir Poutine, Serguei Lavrov a participé à la célébration des différents traités entre les deux pays, concernant notamment l’approvisionnement en pétrole et en gaz naturel, et cela dans le cadre des rencontres des BRICS et de l’Organisation de Coopération de Shanghai.

Pedro Sanchez, le Premier ministre espagnol, est venu pour la troisième fois en Chine pour renforcer les liens entre les deux pays, évoquer les dossiers sensibles de l’énergie et des innovations dont ce secteur a besoin et coopérer pour soutenir le multilatéralisme et la paix dans le monde. Il s’est entretenu avec le Premier ministre Li Qiang sur les questions relatives aux véhicules électriques et à la fourniture des batteries. Le président chinois a aussi accueilli le Prince Al Noyen d’Abu Dhabi pour évoquer la situation actuelle dans le Golfe Persique et ses conséquences sur les marchés du pétrole et du gaz naturel.

Enfin le président Xi Jinping a reçu pour la première fois depuis dix ans, la cheffe du Kuomintang qui est le principal parti d’opposition à Taiwan, Cheng Li-wum. Ce parti est favorable au renforcement des liens avec Pékin et totalement hostile à l’idée d’indépendance. Les enjeux économiques sont aussi importants que les enjeux politiques. Les entreprises de l’île font partie des leaders mondiaux dans la production de composants électroniques. Ceux-ci ont autant besoin des métaux rares produits par les entreprises chinoises que celles-ci ont besoin des composants qui y sont fabriqués. La paix des deux côtés du détroit qui les sépare est une nécessité pour eux.  

Les moteurs de la croissance de la Chine ont donc changé. Sa persistance dépend du succès de l’intense travail de coopération accompli par Pékin. Il importe alors de bien en comprendre les enjeux et d’en tirer toutes les conséquences car il y a un lien profond entre la transformation du modèle économique chinois et l’activité diplomatique actuelle de ses dirigeants.

Si l’Union Européenne ne s’en rend pas compte ou l’ignore, elle en sera la première victime alors que si, au contraire, des discussions approfondies sont conduites, il sera possible de trouver des terrains d’entente et de conclure des accords où chacun sera gagnant. Le rôle de la France sera d’accorder la plus grande attention à ce nouveau défi et de mobiliser ses entreprises pour le relever.