Les catastrophes naturelles, les incendies, les canicules et la sécheresse frappent cette année lourdement la France. Il n’est pas encore possible d’en évaluer les conséquences financières à court terme et les investissements à réaliser dans l’avenir mais cela ne doit pas détourner l’attention des enjeux économiques actuels, des réponses, qu’il convient de leur apporter, notamment dans la perspective de la prochaine élection présidentielle.
L’INSEE a actualisé son estimation de la croissance au 2ème trimestre (0 %), soit un timide rebond par rapport à la légère baisse observée au 1er trimestre (-0,2%), ce qui évite à la France d’entrer dans une récession. Mais ces écarts sont tellement minces qu’il est illusoire de considérer ce chiffre comme un progrès significatif et durable. L’acquis de croissance en ce milieu d’année est donc de 0,3% et le gouvernement n’aura pas dans l’immédiat à réviser sa prévision pour l’année en cours de +0,7%. La Banque de France vient, elle, de publier pour l’année un chiffre légèrement inférieur (+0,6%).
La bonne nouvelle, et elles sont rares, c’est que l’inflation sur un an au mois d’août a résisté et a atteint sur un an 2,4%, soit en dessous de la moyenne européenne. Dans un contexte de crise énergétique mondiale, grâce à la part très élevée du nucléaire dans la production d’électricité, les entreprises et les ménages n’ont pas eu à subir des hausses aussi importantes que chez leurs voisins. Mais les lourdes conséquences pour la production agricole de la sécheresse actuelle et de certains incendies vont forcément devoir se répercuter sur les prix durant les prochains mois.
A l’inverse on ne note toujours pas d’amélioration du commerce extérieur, laquelle était la principale justification avancée de la politique de l’offre pratiquée maintenant depuis plus de dix ans et dont la mise en œuvre a lourdement contribué à l’accumulation des déficits publics et à la hausse de l’endettement. Sur le 1er semestre, le déficit a atteint près de 34 milliards. Hors énergie et matériel militaire, il représentait 22 milliards en hausse de 2,8 milliards. A l’inverse, la balance des services a dégagé un excédent de 29 milliards, en hausse de 7 milliards ce qui permet à la balance des paiements courants d’être proche de l’équilibre. La France ne constitue donc pas, par sa position extérieure, une menace pour l’euro.
La situation de l’emploi continue de s’aggraver et le taux de chômage a atteint 8,3% à la fin du mois de juin. Il était retombé à 7,1% à la veille de l’épidémie du Covid-19. L’objectif de le ramener à 5% à la fin de son mandat que s’était fixé le président de la République est donc hors d’atteinte. Cela avait constitué avec la réindustrialisation et l’amélioration des échanges commerciaux l’une des boussoles de l’action publique. Force est de constater que les résultats ne sont pas au rendez-vous.
La situation a été rendue encore plus préoccupante car elle s’est accompagnée d’un lourd déficit des finances publiques que les gouvernements successifs ne sont pas parvenus à corriger. L’instabilité politique de ces deux dernières années n’a pas facilité les choses de même que le relèvement progressif des taux d’intérêts que les titres publics doivent supporter. Mais aucune trajectoire crédible assortie des mesures pertinentes et acceptables par la population n’a été proposée, la tentation étant grande de remettre cette question à l’ordre du jour du gouvernement qui sera constitué après l’élection présidentielle, lequel aura aussi à fournir les réponses indispensables aux défis des catastrophes climatiques qui viennent d’intervenir.
Le déficit de l’Etat seul pour les six premiers mois s’élève à 107 milliards, en hausse de 6 milliards. En 2024, l’Etat avait été incapable de faire passer des lois ramenant les déficits publics pour 2025 à 4,7% du PIB, en ligne avec l’objectif de revenir à 3% avant 2030. Le gouvernement suivant s’était contenté d’un chiffre de 5,1% puis de 5% pour 2026. Rien ne permet d’être sûr que cet objectif déjà fort modeste sera atteint. Parmi les causes de ces dérapages figure la hausse de la charge de la dette à la suite des augmentations des taux d’intérêt. A 10 ans la France emprunte autour de 4% contre des taux compris entre 1 et 2% trois ans plus tôt.
Mais cette explication est insuffisante. L’Etat ne paye pas d’intérêt l’année de l’émission, mais les années suivantes. La hausse qui sera observée en 2026 découle de l’augmentation de l’endettement et, ce qui n’est jamais mentionné, du coût du remboursement des titres indexés. Ainsi au mois de mars cette charge a représenté 2 milliards. Au mois de juillet 2027, la facture atteindra au moins 7 milliards pour une obligation émise en 2011, indexée sur l’inflation de la zone euro et portant un intérêt de 1,85%. La charge est encore plus lourde puisque l’inflation de la zone euro est plus élevée que l’inflation française.
L’endettement excessif de la France n’est une menace ni pour le pays, ni pour la zone euro. Il traduit la mauvaise utilisation de l’argent public à laquelle il est urgent de remédier car il affaiblit la position du pays au sein de l’Union Européenne, ce qui l’empêche de s’opposer à des dispositions qui lui sont profondément défavorables comme dans l’énergie. Mais cette description serait incomplète si l’on omettait un phénomène sans précédent : en période quasi-stagnation économique les profits des banques et des grandes entreprises françaises ont atteint des records.
L’indice CAC40 a connu son plus haut historique et les bénéfices nets publiés de 38 entreprises sur les 40 de l’indice ont atteint 75 milliards d’euros, dont 20 milliards pour les banques. Le cas du marché financier français n’est pas isolé et l’on cite Wall Street qui fait beaucoup mieux avec des capitalisations exceptionnelles. Mais il s’agit d’un marché bien plus spéculatif avec des corrections brutales. En France, la hausse des actions et celle des dividendes qui va l’accompagner va se traduire par une augmentation des inégalités, tant en termes de patrimoines que de revenus, précisément au moment où la croissance, donc le pouvoir d’achat des salariés, stagne.
La réussite des banques et des grandes entreprises françaises est une excellente nouvelle car elle traduit, contrairement à ce que l’on entend trop souvent, leur capacité à innover, à trouver des clients et à attirer du personnel qualifié. Mais elles doivent contribuer au redressement du pays en allégeant les pressions qu’elles exercent sur leurs fournisseurs et en renonçant à utiliser toutes les manières, légales ou pas, pour réduire leurs charges sociales et leur imposition avec par exemple de sociétés basées au Luxembourg ou en Irlande, membres de l’Union Européenne et pourtant qualifiés de paradis fiscaux.
Si, au contraire, les voies adoptées pour rétablir les comptes publics, concentrent les efforts sur ceux qui ne profitent d’aucune façon de la réussite des grandes entreprises, les conséquences politiques risquent d’être lourdes au profit des partis extrémistes dont la simple arrivée au pouvoir ferait peser de graves menaces précisément sur nos fleurons économiques qui se répercuteraient sur leur valorisation. A cet égard, la mesure la plus absurde, et qui est pourtant souvent évoquée, serait de geler les retraites des cadres du secteur privé comme de l’administration, dont les régimes sont structurellement excédentaires et qui ont accumulé plus de 100 milliards d’euros dans leurs réserves.
L’été 2026 est donc rempli de bonnes et de mauvaises nouvelles. Pour gérer une telle situation il ne faut en ignorer aucune et trouver les mesures permettant de profiter de ce qui va bien pour corriger ce qui va mal.