La canicule qui frappe l’Europe et la France en particulier est une manifestation du dérèglement climatique qui affecte la planète. Il devient de plus en plus difficile, même si d’autres évènements violents sont intervenus dans le passé comme en France durant l’été 2003, de contester le rôle de l’accumulation dans l’atmosphère de gaz à effet de serre. Mais les réactions à la crise actuelle montrent la grande confusion qui existe entre ce qu’il faut faire pour freiner cette accumulation et les mesures à prendre pour en atténuer, dans un pays, les conséquences.
L’accumulation de CO2 dans l’atmosphère a une double caractéristique : elle est historique et globale. Dans le premier cas, la responsabilité en incombe à ceux qui depuis des décennies ont provoqué les émissions et ce n’est pas parce qu’aujourd’hui ils contribuent moins au volume global qu’ils doivent être exonérés de leurs responsabilités. Cette analyse perd pourtant de sa pertinence au fil des années car la croissance du volume des émissions des pays émergents et de la Chine en particulier, fait aujourd’hui de ceux-ci des contributeurs majeurs au dérèglement au même titre que les grandes puissances industrielles.
Mais le phénomène est global. Les résultats des efforts d’un pays qui émet peu de gaz à effet de serre face au volume total accumulé dans le passé et généré chaque année, sont marginaux. Surtout, ils n’ont aucun impact sur sa propre situation climatique puisque comme on l’a vu, si les autres continuent à émettre de plus en plus, sa situation continuera de s’aggraver et il n’en tirera aucun avantage. Il n’y a donc aucun lien direct entre l’effort fait par la France pour réduire ses émissions et les évènements climatiques qui touchent le pays comme par exemple la canicule actuelle.
L’Energy Institute, qui a pris la relève de BP, publie chaque année les statistiques par pays de production et de consommation d’énergie par sources d’énergie, et leurs émissions de CO2. En 2024, dernière année recensée, la Chine est de très loin le principal émetteur et a vu ses émissions croître de 20% en dix ans. Les Etats-Unis, qui émettent deux fois moins, ont vu leur niveau se réduire de 10% sur la même période, largement du fait du transfert du charbon vers le gaz naturel pour la production d’électricité. Le pays va bientôt être rattrapé par l’Inde qui a connu une hausse de 39% de ses émissions en dix ans. Elles ont atteint 3200 millions de tonnes en 2024 contre 5100 aux Etats-Unis.
Et l’Europe, qui fait de la lutte contre le réchauffement climatique l’une de ses principales priorités, où en est-elle ? La réduction des émissions se poursuit avec une baisse de 20% sur dix ans. Son volume est désormais nettement inférieur à celui de l’Inde et égal à la moitié des émissions américaines. Le premier émetteur, l’Allemagne a baissé les siennes de 24% mais elles restent deux fois plus importantes que celles de la France qui est, rapporté au nombre d’habitants, le meilleur élève de l’Union.
Mais cette évolution, basée sur l’électrification, a présenté des faiblesses. La production électrique, pour satisfaire les objectifs, doit remplir trois conditions. Dépendre le moins possible des énergies fossiles. Quand celles-ci sont nécessaires, s’assurer que leur approvisionnement n’est pas soumis à un risque géopolitique. Enfin, offrir une sécurité totale, l’intermittence des énergies renouvelables étant compensée par la disponibilité des autres modes de production. L’exemple allemand a montré que le recours au gaz russe était une source de vulnérabilité et que reposer de façon excessive sur des sources de production intermittentes pouvait déstabiliser les réseaux et ne plus être en mesure de satisfaire la demande.
Or la politique imposée par la Commission avec le soutien de l’Allemagne s’est focalisée sur les énergies renouvelables et a été longtemps marquée par son hostilité à l’énergie nucléaire, hostilité qui vient de s’atténuer avec, enfin, la possibilité pour cette forme de production d’électricité de bénéficier de financements privilégiés. Cette politique coûteuse pour les finances publiques européennes a aussi contribué à accroître les importations puisque l’essentiel des panneaux solaires est produit en Chine et une large part des composants des éoliennes est elle aussi produite en dehors de l’Union. Au total la contribution à la réduction des émissions a été marginale (500 millions de tonnes en dix ans) soit l’équivalent de l’augmentation de celles de la Chine en une seule année.
On est donc en présence du paradoxe suivant : l’Europe est convaincue que l’on va vers un réchauffement climatique. Elle consacre des moyens importants aboutissant à des résultats négligeables à la seule échelle qui compte, celle de la planète mais n’investit pas pour protéger sa population contre les conséquences d’un mouvement estimé inéluctable et dont nous vivons en ce moment avec une canicule record les conséquences souvent dramatiques sur la population. Les réactions politiques en France montrent à quel point cette politique européenne a été inadaptée mais ne vont pas jusqu’à reconnaître la contradiction qui existe entre l’affichage du caractère inéluctable du réchauffement et l’absence de toute politique destinée à protéger la population contre ce réchauffement.
Il faut donc espérer que cet épisode caniculaire va faire prendre conscience aux dirigeants des institutions européennes comme à chaque gouvernement de l’urgence de la situation et de la nécessité impérative de prendre les mesures pour atténuer les conséquences du dérèglement climatique sur la population et plus généralement sur l’activité économique. Le contexte financier étant tendu, même en Allemagne où des efforts considérables vont devoir être entrepris dans les domaines de la défense et des infrastructures, cette nouvelle politique d’adaptation va nécessiter des économies dans d’autres domaines.
A partir du moment où l’on passe d’une transition énergétique à une transition climatique, dans un pays comme la France, la solution qui s’impose est de stopper les investissements et toutes les subventions qui les accompagnent, en faveur des énergies renouvelables tout en protégeant le programme nucléaire, et redéployer ces moyens vers une meilleure isolation et une climatisation des bâtiments avec en priorité les hôpitaux, les écoles et les EPADS.
La question des véhicules électriques mérite aussi d’être posée. Est-ce que l’électricité qu’ils consomment ne serait pas mieux utilisée pour rafraichir les espaces d’accueil, de travail et de résidence ? Les objectifs fixés par l’Union Européenne avec l’arrêt de la production de voitures avec des moteurs thermiques en 2035 ne sont pas seulement disproportionnés par rapport aux enjeux de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ils constituent une menace majeure pour l’industrie européenne qui n’en a pas besoin avec déjà la concurrence très vive et qui sera durable qu’exerce l’industrie chinoise sur nos constructeurs. Là aussi de substantielles économies pourraient être réalisées.
Enfin l’Union Européenne, plutôt que d’imposer aux Etats-membres des objectifs excessivement ambitieux devrait s’adresser aux vrais responsables aujourd’hui du réchauffement climatique et indiquer que l’insuffisance des efforts qu’ils entreprennent, si elle n’était pas rapidement corrigée, affecterait gravement leurs relations avec l’Union. Les Etats-Unis n’ont pas sur la scène internationale, le monopole des menaces. Sur des questions aussi graves, la fermeté doit s’imposer. On ne peut pas en permanence s’alarmer sur les risques que court la planète sans s’adresser à ceux qui en portent la responsabilité.
La canicule de 2026 doit donc avoir une double conséquence. Réorienter les politiques nationales en Europe vers la protection des populations en réalisant les investissements nécessaires et en finançant les dépenses urgentes et hausser le ton sur la scène internationale vis-à-vis des responsables de cette situation.