L’annonce par l’agence de notation Moody’s du maintien de la note de la France AA assortie de perspectives négatives constitue un démenti du discours catastrophiste largement répandu dans le monde politique et dans les médias. AA est l’une des meilleures notes de la zone euro mais la perspective négative est justifiée par l’absence de clarification sur les budgets 2026 et 2027 avec le risque d’un retour à la même instabilité politique qui avait suivi la dissolution de l’Assemblée Nationale en 2024. C’est d’ailleurs cette instabilité et non la situation des finances publiques qui avait été à l’origine des dégradations opérées par les deux autres agences de notation Fitch et Standard & Poor’s en 2025 quand elles avaient abaissé la note de la France à A.
Pour justifier leur jugement sévère les commentateurs faisaient souvent la comparaison avec l’Italie, longtemps présenté comme le mauvais élève de l’Union Européenne. Son taux d’intérêt à 10 ans, malgré un taux d’endettement bien supérieur, aurait rejoint celui des obligations de l’Etat français. Or le taux italien est reparti à la hausse et est supérieur à celui de l’OAT française de 15 points de base. Quant à l’écart avec l’Allemagne, qui avait dépassé les 80 points de base en 2024, il est redescendu en dessous de 65 points.
La publication du diagnostic de Moody’s n’a fait l’objet d’aucun commentaire car elle affaiblit la stratégie constante des responsables politiques consistant, pour réduire les déficits, à faire accepter des mesures impopulaires en faisant peur aux populations concernées. Or cette peur est pour l’instant injustifiée comme l’a souligné l’Agence qui avait été confortée par la dernière estimation des comptes publiques pour l’année 2025, le déficit ayant été finalement moins important qu’annoncé avec 5,1% du PIB contre 5,4% calculé à la fin de l’an dernier. C’est d’ailleurs une pratique courante notamment pour les comptes de la Sécurité Sociale. A l’automne on affiche une prévision très prudente laquelle est réestimée au mois de mars dans le bon sens.
L’endettement public de la France est très élevé mais cela ne constitue pas une menace dans l’immédiat. Il est d’ailleurs, rapporté au PIB bien inférieur à ce que l’on observe au Japon, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Italie pour ne parler que des économies des principaux pays développés. Les marchés financiers l’ont compris et la France n’a aucun mal à financer son déficit et à refinancer les emprunts parvenus à l’échéance. Chaque émission est souvent sursouscrite trois fois.
Deux facteurs expliquent cette confiance. Le premier découle de la forte épargne financière des ménages, laquelle s’est encore accrue ces dernières années pour dépasser, nette de dette, 6100 milliards d’euros au début de l’année 2026. Le rapport entre celle-ci et l’endettement public n’a que peu évolué ces dernières décennies. C’est un indicateur bien plus pertinent que le rapport avec le PIB puisqu’il compare des actifs et non un flux avec un passif. Les Français disposent donc des ressources pour faire face au remboursement de la dette publique. La comparaison avec l’Allemagne dans ce domaine n’est pas pertinente du fait des différences entre les systèmes de retraite. Dans la capitalisation, les cotisations sont inclues dans le calcul de l’épargne ce qui n’est pas le cas dans les régimes par répartition.
Le second facteur réside dans la position extérieure de la France qui, malgré son lourd déficit commercial, a une balance des paiements courants excédentaire, certes inférieure à celle de ses partenaires européens. Mais quand on sait qu’une part importante de la dette publique extérieure est détenue par la Banque Centrale Européenne, on ne peut redouter une crise financière affectant l’euro résultant d’un endettement excessif de la France.
Enfin l’argument suivant lequel on transfère cette dette aux générations futures n’a aucun sens puisque celles-ci hériteront, et bien au-delà, de l’argent pour la rembourser si cela s’avérait nécessaire. En outre ils profiteront des investissements considérables financés par l’endettement public ces dernières décennies. On peut citer parmi d’autres, le réseau TGV, le parc nucléaire, le Tunnel sous la Manche et un réseau de communication parmi les plus efficaces au monde, outils de production et infrastructures qui n’existaient pas en 1980.
Ces éléments rassurants ne doivent pas pour autant occulter le fait que la charge de la dette publique va s’alourdir bien plus parce que la zone euro connait, après une longue période de taux d’intérêt très faibles voire nuls, une remontée de ceux-ci que du fait de l’évolution de son endettement. La France n’est d’ailleurs pas à l’origine des relèvements de taux opérés par la BCE puisque son inflation est l’une des plus faibles de la zone et ceux-ci ne vont pas retomber en raison du contexte inflationniste généré par la guerre au Moyen-Orient.
Le défi posé à la France n’est donc pas celui de sa solvabilité mais celui de l’emploi des fonds publics. Il ne s’agit pas d’augmenter les prélèvements même si la répartition de ceux-ci peut et doit être adaptée à la situation réelle des contribuables, mais de procéder à une réforme en profondeur des institutions publiques et de réduire année après année leurs dépenses de fonctionnement. Cela vise aussi les services publics dont les coûts ne cessent d’augmenter alors que leur qualité, bien supérieure à ce que l’on observe ailleurs dans le monde, ne cesse de s’affaiblir et de provoquer le mécontentement des citoyens. L’endettement de la France résulte plus de mauvaises pratiques de gestion administrative que d’un excès de transferts en faveur des ménages ou des entreprises.
La prochaine élection présidentielle doit donc être l’occasion d’ouvrir un débat sur les réformes institutionnelles et le changement de ces pratiques afin d’aboutir à une réduction progressive mais significative des déficits publics. La diminution du nombre d’instances chargées de rédiger des rapports pour guider l’action publique est un impératif. A quoi servent encore aujourd’hui le Conseil Economique, Social et Environnemental et ses instances régionales ? La Cour des Comptes a un budget de 200 millions d’euros alors que sa mission première a été largement réduite par la création des Chambres régionales des Comptes.
La méthode consistant chaque fois qu’une action nouvelle est enclenchée à créer un organisme, Conseil, Haut Conseil, Observatoire, Commissariat, Autorité, etc… doit être abandonnée et un grand ménage doit être fait pour réduire le nombre et la taille de ces institutions. Des économies significatives et durables sur le personnel et les frais immobiliers pourront être réalisées. Ainsi et sans effets d’annonce spectaculaires, les prochains gouvernements réduiraient les dépenses de fonctionnement sans porter atteinte, au contraire, à la qualité des services publics.
Cette nouvelle méthode de l’action publique aurait un autre avantage loin d’être négligeable : elle contribuerait à la débureaucratisation du pays. C’est la multiplication des institutions publiques et l’augmentation de leur capacité de production de textes qui a débouché sur la rédaction de réglementations en tous genres. Elles affectent la vie des ménages en pesant sur leur pouvoir d’achat et celle des entreprises en réduisant leur productivité avec le recrutement d’équipes chargées de comprendre ces nouvelles règles qui, en outre, changent régulièrement.
Il est donc possible à la fois de réduite les déficits publics, de freiner la hausse de l’endettement et d’améliorer la vie des Français et la compétitivité de nos entreprises. A ceux qui vont diriger l’Etat de le comprendre et de prendre les décisions appropriées. En les faisant adopter par les institutions nationales et locales dont c’est la mission, elles pourront se dispenser de faire des annonces inutiles.