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Le blog d'Alain Boublil

 

Une transition énergétique incertaine

Viennent d’être publiés simultanément les chiffres de la consommation et de la production d’énergie pour l’année 2025 et la Programmation Pluriannuelle de l’Energie de la France (PPE) pour la période 2025-2035. Sur un an, la production du parc nucléaire est restée stable autour de 360 TWh mais les consommations d’électricité et de gaz naturel ont baissé respectivement de 4,5 et de 5,9%. Le déficit énergétique a été ramené à 50 milliards grâce notamment aux exportations d’électricité qui ont atteint le niveau record de 95 TWh apportant ainsi une contribution de 5,5 milliards d’euros à la balance commerciale.

La PPE, publiée avec deux ans de retard, est présentée dans un décret comportant 368 pages en incluant les annexes. Il est donc bien difficile d’y détecter une ligne claire. Des objectifs de consommation d’énergie finale sont affichés avec une réduction de 17,5% en 2030 et de 34% en 2035 par rapport à 2023. Simultanément on prévoit une sortie progressive des énergies fossiles qui ne représenteraient plus que 40% de l’énergie finale consommée en 2030 et 30% en 2035.

Les baisses passées de la consommation d’énergie étaient principalement causées par la désindustrialisation et la fermeture d’usines fortement consommatrices. Si des aides sont prévues pour favoriser la mise en place de solutions moins énergivores dans certains secteurs et si la politique économique se fixe comme objectif de créer les conditions d’une réindustrialisation, la contribution dans l’avenir des entreprises à la baisse de la consommation d’énergie devrait être modeste.

Pour les ménages, l’enjeu principal est la rénovation des logements. Mais les incertitudes pesant sur les procédures actuelles d’aides comme l’absence de dispositifs adaptés à chaque type d’occupation (individuel ou collectif, propriétaire, co-propriétaire ou locataire) permet d’être sceptique sur la réalisation des objectifs fixés dans la PPE. Le pari, loin d’être gagné, de l’électrification, est aussi doublement coûteux. Il suppose des aides aux agents économiques pour sortir des énergies fossiles et aux producteurs d’énergies renouvelables sans lesquelles les investissements ne verraient pas le jour.

Compte tenu de son caractère stratégique dans toute économie développée, l’énergie doit répondre à de nombreuses exigences avec en priorité la sécurité des approvisionnements. Pour les énergies fossiles, et dans un climat de tensions internationales qui n’est pas près de se calmer, le choix des fournisseurs et des modes de transport est essentiel. La PPE, si elle est sensibilisée à la question, se garde bien de donner des indications sur les fournisseurs à privilégier. Pour l’électricité, la question de l’intermittence des énergies renouvelables et de l’adaptation des réseaux de transport et de distribution est vitale et les besoins d’investissements sont évoqués mais aucune précision n’est donnée sur ceux à qui la charge incombera.

La PPE confère au nucléaire un rôle central dans la réalisation des objectifs de réduction du recours aux énergies fossiles. Il s’agit d’un renversement majeur de la politique énergétique de la France succédant à des années d’incertitudes voire de déni si on se souvient des déclarations annonçant la fermeture d’une partie du parc de centrales nucléaires. Le lancement de chantiers pour la construction d’abord de six unités puis de huit autres, constitue un signal essentiel pour les entreprises du secteur qui pourront s’y préparer mais elle sera sans effet sur la production d’ici 2035 compte tenu de la durée des chantiers. En outre il faudra attendre la certification du nouvel EPR.

A côté du nucléaire dont le rôle est conforté figurent les énergies renouvelables, à savoir l’éolien et le solaire puisqu’il n’existe aucun projet de construction de barrages hydrauliques, lesquels constituent pourtant le mode de production d’électricité idéal puisqu’il ne génère ni émissions de CO2, ni déchets et qu’il est pilotable à volonté avec en outre des capacités de stockage. Il faut aussi sortir du mythe suivant lequel l’éolien et le solaire peuvent être compétitifs. Comme ils sont intermittents, il faut inclure dans leurs coûts celui des unités de production qui interviendront quand il n’y aura pas de vent ou de soleil. Il faut aussi ajouter les investissements à réaliser sur le réseau et les mécanismes de sécurité pour éviter, comme cela vient d’arriver en Espagne, des pannes générales dues à des sursauts brutaux de production.

La PPE fixe néanmoins des objectifs ambitieux pour 2035 avec 140 TWh pour l’éolien contre 51 en 2023 et entre 70 et 100 TWh pour le solaire contre 23 TWh en 2023. Pour remédier à l’absence de rentabilité, la PPE prévoit tout une série d’aides et de procédures qui financeront ces surcoûts par une tarification de l’électricité défavorable à EDF et aux ménages avec des hausses de prix et des aides de l’Etat cachées derrière des mécanismes complexes.

Au nom de l’environnement, et alors que la France est l’un des meilleurs élèves en Europe avec des émissions très inférieures à celles de ses voisins et notamment de l’Allemagne, le pays s’inflige une triple peine : accroissement des dépenses publiques, affaiblissement d’EDF qui doit financer les futurs réacteurs et ponction sur le pouvoir d’achat des ménages.

La sécurité de la fourniture d’énergie est une priorité pour tout pays et les engagements en matière d’environnement doivent être tenus, sous réserve qu’ils soient basés sur des données incontestables. Le choix de l’année de référence, 1990, est sur ce point très discutable puisque c’est l’année de la réunification de l’Allemagne qui incluait donc un niveau d’émissions alors très élevé en Allemagne de l’Est. Mais on ne peut pas ignorer la question du coût de production de l’énergie utilisée qui est un facteur déterminant dans la compétitivité d’une industrie.

La PPE fixe donc à la France des objectifs de réduction de consommation d’énergie peu compatibles avec les autres objectifs économiques et des projets d’investissements dans les énergies renouvelables coûteux sans que soient évaluées avec précision leurs conséquences financières, notamment pour l’Etat et pour EDF dans un contexte où les besoins d’investissement vont être considérables et où la compétitivité des entreprises va constituer une priorité dans l’avenir.

Ces propositions se situent dans un contexte de régulation européenne profondément défavorable à la France et qui sera aggravé dans l’avenir sous l’influence de l’Allemagne qui ne se résout pas à payer ses erreurs stratégiques dans l’énergie et qui pèsera de tout son poids pour en faire partager le coût à ses voisins. C’est pourquoi, à côté de l’élaboration nécessaire de scénarios énergétiques pour les années à venir, il devient indispensable de réfléchir à une réforme du marché de l’électricité où ceux qui ont investi et pris des risques pour bâtir des outils de production ne seront plus considérés comme des rentiers et où ceux dont le seul métier consiste à vendre de l’énergie, devront payer le prix du marché et non un prix fixé par une autorité de régulation.

L’électricité, comme la monnaie est un bien commun, donc tout aussi essentiel. Un marché européen de l’électricité doit alors bénéficier de règles communes. On a bien fixé dans le Traité de Maastricht des règles financières. Pourquoi ne pas réfléchir à une réglementation qui s’imposerait aux Etats-membres avec des critères portant sur la protection de la souveraineté européenne en matière d’approvisionnements, sur la fiabilité des outils de production et sur le niveau d’émission des gaz à effet de serre ?

Elaborer une projection à dix ans d’un secteur aussi essentiel que l’énergie est une nécessité indiscutable. Mais écarter de la réflexion les enjeux financiers  et réglementaires au niveau européen fait perdre à l’exercice beaucoup de sa pertinence et ne contribue pas à lever les incertitudes.