En Chine, le goût pour les métaphores est bien répandu. Le calendrier ne fait pas exception. Suivant les signes du zodiaque, l’année qui va commencer sera celle du cheval succédant à celle du serpent. Le rythme de la croissance s’apparentera-t-il au galop ou au trot ? Le jugement généralement défavorable en Occident porté sur l’économie chinoise rend un diagnostic et les prévisions plus difficiles. Mais l’influence de ce pays sur l’économie mondiale rend indispensable une meilleure connaissance de ses forces et de ses faiblesses.
En 2025, dans un environnement international défavorable, l’objectif de croissance de 5% a été atteint selon les autorités gouvernementales, qui se réuniront au mois de mars pour fixer les objectifs pour 2026. On s’attend à un chiffre légèrement moins ambitieux compris entre 4,5 et 5%. Mais aucune indication n’a encore été révélée sur l’action du gouvernement pour soutenir l’économie et donc pour rester sur le rythme élevé actuel. Celui-ci est bien inférieur aux performances réalisées durant les Trente Glorieuses qu’a connu le pays entre 1989 et 2019, sous l’effet des réformes engagées par Deng-Xiao Peng. Mais la taille acquise par l’économie chinoise rend ce type de comparaison peu significatif.
La Chine est confrontée à trois difficultés et c’est sa capacité à les surmonter qui fixera la trajectoire des prochaines années. La première est démographique. Le pays vieillit bien plus vite que l’on l’avait prédit et la population a commencé à diminuer. C’est d’abord la conséquence de la politique de l’enfant unique pratiquée depuis les années 80 pour pallier aux effets d’une forte croissance de la population. Une correction est intervenue mais elle a été trop tardive et les incitations offertes aux familles ont été insuffisantes pour relancer la natalité. La politique très sévère de confinement adoptée pour vaincre l’épidémie du Covid-19 a aussi provoqué un choc de solitude et de repli sur soi dont les effets sur la natalité n’ont pas complètement disparu.
La deuxième difficulté, en partie liée à la première, provient de la fin du cycle d’urbanisation rapide que le pays a connu depuis trente ans. Les migrations de la jeunesse née en milieu rural pour trouver un emploi et fonder une famille dans une ville ont fortement ralenti. Cela a provoqué une crise immobilière majeure avec la faillite des deux plus grands promoteurs du pays. Cela a contribué au ralentissement de la croissance, même s’il faut relativiser ce phénomène. Comparé aux résultats passés, le ralentissement est une évidence, mais au regard des pays qui ont atteint le même niveau de développement, une croissance de 5% reste une performance plus qu’honorable.
La troisième difficulté résulte des deux premières. La demande des ménages ne constitue plus un moteur suffisant pour générer une forte croissance. Une première série de mesures ponctuelles a été adoptée en 2025 comme des primes accordées lors d’une naissance, des réductions de taux d’intérêt en cas d’acquisition d’un logement ou des augmentations de salaires. Mais les chiffres de 2025 montrent que cela n’a pas été suffisant et des décisions plus volontaristes sont attendues pour accompagner au mois de mars la publication des objectifs de 2026 et leur donner une crédibilité suffisante.
L’économie chinoise ne va pas se remettre au galop durant l’Année du Cheval et les taux de croissance des années 90 et 2000 appartiennent à une époque révolue. Mais la taille et la diversité de l’appareil de production comme l’appétit qui ne s’est pas complètement éteint des consommateurs devraient permettre à la Chine de conforter sa position de leader du commerce mondial avec des entreprises qui deviendront des concurrents de plus en plus redoutables pour leurs homologues américains et européens.
La Chine sera moins affectée par la poursuite des tensions internationales que les pays développés car les moteurs de la croissance mondiale se sont déplacés vers le « Sud-global » et les pays de l’ASEAN. Pékin a multiplié les initiatives pour renforcer ses relations avec ces pays, dans le cadre notamment de l’Organisation de Coopération de Shanghai, et pour créer de nouveaux partenariats. Des réunions constructives se sont tenues à la fin de l’année dernière. La présence dans ces pays d’une large diaspora chinoise permet aussi de satisfaire de nouveaux clients et de nouer des accords avec les entreprises locales. Les échanges avec les pays du Sud-global devraient ainsi croître de 6% par an dans l’avenir et atteindre 1 250 milliards de dollars en 2033.
Le commerce extérieur avec la région connait donc une croissance à deux chiffres dans certains pays comme le Vietnam et l’Indonésie. L’importance qu’il a prise permet d’atténuer les conséquences des mesures protectionnistes décidées notamment par l’administration américaine. On est en présence d’un phénomène structurel et d’un véritable basculement qui va s’accentuer dans l’avenir car l’augmentation des populations et l’élévation des niveaux de vie dans ces pays n’a aucune raison de se ralentir tant l’écart avec les pays développés reste élevé. L’exemple, hier, de la Chine et aujourd’hui de l’Inde, montre que cela est possible et même vraisemblable.
L’autre facteur qui devrait contribuer à soutenir l’activité est la mutation de l’industrie chinoise qui va lui permettre de s’imposer de plus en plus sur la scène internationale. Lors de leurs dernières réunions, les dirigeants chinois ont clairement fixé comme objectifs aux entreprises d’avoir recours aux nouvelles technologies pour satisfaire non seulement leurs clients dans leur pays mais la demande mondiale. Trois secteurs ont connu en 2025 une très forte croissance de leur valeur ajoutée, les composants électroniques (+25%), les robots (+28%) et les véhicules neufs utilisant les nouvelles énergies (+28% avec 16,5 millions de ventes). Les biotechnologies constituent également un secteur où d’importants efforts de recherche sont en cours ce qui renforcera dans l’avenir les capacités de l’industrie pharmaceutique.
Pour rendre possible ces performances, la Chine dispose de la main d’œuvre hautement qualifiée nécessaire puisque sont formés chaque année plus d’un million d’ingénieurs et de chercheurs scientifiques. Les besoins en matière d’intelligence artificielle et pour le traitement et la transmission d’information pourront être ainsi largement satisfaits. Le XVème Plan (2026-2030) verra donc une accélération de la transformation de l’économie chinoise qui fera du pays une grande puissance technologique.
La question du taux de croissance, savoir si celui-ci sera supérieur ou inférieur à 5% va donc revêtir dans l’avenir une importance moindre. Ce sont les nouveaux produits et les marchés sur lesquels va porter l’effort des entreprises soutenues par l’Etat qui vont déterminer le dynamisme de l’économie chinoise et ses conséquences sur ses concurrents. Le cas des panneaux solaires et de leur rôle dans la transition énergétique constitue une bonne référence. La disponibilité des matières premières, l’expertise technique et la taille du marché intérieur ont constitué les facteurs déterminants permettant au pays de devenir en quelques années l’incontestable leader mondial. Cet exemple ne restera pas une exception.
Une nouvelle économie est en train de naître et la question ne sera pas de savoir si elle va galoper ou si elle va trotter durant l’Année du Cheval. A côté des mesures destinées à soutenir l’activité et de leurs retombées sur la consommation, il sera essentiel d’observer l’évolution de la production des robots humanoïdes, des imprimantes 3D et des véhicules électriques.
La Chine cessera ainsi progressivement d’être l’usine du monde pour devenir le pays où sont conçus et mis au point les logiciels et les nouvelles machines des usines du monde entier. Son influence dans les relations économiques internationales ne se limitera donc pas à sa position dominante dans les matières premières stratégiques.