Vous n’êtes pas encore inscrit au service newsletter ?

Inscription

Se connecter

Mot de passe oublié? Réinitialiser!

×

AB 2000 Site d'analyse

Le blog d'Alain Boublil

 

Comment va la France ?

Les deux dernières motions de censure ayant été rejetées à l’Assemblée Nationale comme les quatre précédentes, le Premier ministre est conforté et la France, pour la première fois depuis la dissolution de 2024, a un gouvernement doté d’une certaine stabilité et un budget permettant à l’Etat de fonctionner. Sur le plan économique, l’INSEE a publié la première estimation de la croissance du PIB pour 2025. Avec 0,9%, celle-ci est certes loin d’avoir retrouvé les rythmes passés mais vus le contexte international et l’instabilité politique dans le pays, ce résultat est rassurant. Il est néanmoins insuffisant pour permettre un redressement du marché du travail. Le nombre de demandeurs d’emplois sur un an a progressé de 6,8% pour atteindre 3,35 millions. Si le taux de chômage avec 7,7% est inférieur au record observé dans le passé soit 10%, ce retournement de tendance est préoccupant.  

Les marchés financiers ont été rassurés. Le taux d’intérêt des emprunts à 10 ans s’est replié à 3,43%, soit en dessous de ceux des Etats--Unis (4,24%), du Royaume-Uni (4,52%) et de l’Italie (3,46%). L’écart avec l’Allemagne (2,84%) s’est réduit et est même inferieur aux 60 points de base qui constituaient le niveau structurel. L’endettement public de la France reste très élevé et son déficit par rapport au PIB (5% prévu en 2026) devra être réduit dans l’avenir. Les mesures à adopter constitueront alors l’un des enjeux majeurs de la prochaine élection présidentielle.

La croissance s’est donc maintenue en 2025 malgré un net ralentissement au 4ème trimestre (+0,1% par rapport au trimestre précédent). La consommation des ménages a peu progressé en 2025 (+0,4%) et leurs investissements n’effacent que très partiellement (+0,8%) la chute observée en 2024 (-5,4%). Seules les dépenses de consommation de l’Etat et des administrations publiques croissent significativement (+1,7%) ce qui n’est pas étranger au niveau élevé des déficits publics. On ne note pas davantage de rebond des investissements des entreprises (+0,1%) après la chute de 2024 (-2,4%).

Enfin, sur l’année, la contribution du commerce extérieur à la croissance reste faible. L’important déstockage dans l’industrie aéronautique et la construction navale au deuxième semestre avec des livraisons d’avions et de paquebots explique en partie ce faible résultat. Le déficit de la balance énergétique se réduit grâce aux exportations d’électricité qui auront atteint un niveau record en 2025, proche de 6 milliards d’euros. En revanche les échanges de produits agricoles et agro-alimentaires sont à peine équilibrés et le déficit de produits manufacturés aura été en 2025 proche de 40 milliards d’euros, ce qui montre que le discours en faveur de la réindustrialisation n’a toujours pas porté ses fruits.

La catastrophe financière, tant de fois prédite, provoquée par un excès d’endettement public ne s’est donc par produite et aucun signe ne permet de penser qu’elle interviendra dans les prochains mois. La France, comme les autres pays de la zone euro, profite de la méfiance à l’égard du dollar consécutive à l’instabilité découlant des multiples annonces de la Maison Blanche. Le choix du futur président de la Réserve Fédérale, Kevin Warsh, a rassuré mais rien ne permet d’être sût que cet apaisement sera durable. La France a donc pu lever dans de bonnes conditions sur les marchés les fonds nécessaires pour rembourser la dette venue à échéance et financer les déficits publics de l’année passée. Mais trois caractéristiques de l’économie française demeurent préoccupantes et montrent que la satisfaction exprimée par certaines formations politiques est injustifiée.

La première concerne la persistance du déficit commercial en biens manufacturés. Les échanges de ces biens étaient en large excédent jusqu’au début des années 2000. Puis la situation s’est fortement dégradée et une politique dite de l’offre à été mise en place à partir de 2013 se traduisant par de massifs allègements de charges fiscales et sociales en faveur des entreprises. Ces mesures ont été à l’origine de l’augmentation des déficits et de la dette publique et n’ont pas atteint les objectifs recherchés pour une raison simple : elles n’étaient ni ciblées, ni conditionnées par la réalisation des investissements nécessaires.

Les principaux bénéficiaires de ces allègements ont été notamment les secteurs financiers et de la grande distribution. Quant aux entreprises soumises à la concurrence internationale, aucune contrepartie ne leur a été demandée et nombre d’entre elles se sont livrées à des investissements à l’étranger le plus souvent sous forme d’acquisitions qui se sont parfois révélées désastreuses. Ces transferts ont aussi permis l’augmentation des dividendes et des rachats d’actions qui ont atteint des niveaux records pour les sociétés du CAC 40 ces dernières années. La confirmation du choix en faveur de la réindustrialisation du pays devra donc s’accompagner d’une révision drastique de cette politique.

La deuxième faiblesse concerne l’état de ses finances publiques. Même si cela ne conduira pas comme certains le prétendent à une crise majeure, leur redressement est un impératif. Il passe par deux séries de réformes. La première concerne un rétablissement d’un meilleur équilibre dans les prélèvements. Il ne s’agit pas de taxer les riches ou les entreprises qui réussissent mais que chacun contribue à la hauteur de ses revenus et de sa richesse au financement des dépenses publiques. L’accroissement des inégalités de toute nature qui a débouché sur la montée des mouvements populistes, doit être freiné par un retour à une fiscalité plus juste qui contribuera en partie au rétablissement des comptes.

La réduction des dépenses publiques viendra, elle, d’un processus forcément lent de débureaucratisation du pays mais assumé politiquement et garanti dans sa durée. La baisse continue des coûts de fonctionnement des administrations et la simplification du millefeuille territorial avec la remise en cause de la réforme des régions devront constituer des priorités pour les prochains gouvernements. Plutôt que d’annoncer des coupes brutales suscitant des mouvements sociaux, mieux vaut agir de façon continue et avec détermination. Le pays en profitera doublement. La situation budgétaire se redressera et les entreprises comme les particuliers verront leurs coûts de production baisser et leur vie quotidienne simplifiée.

La troisième faiblesse concerne la chute brutale de la construction de logements depuis vingt ans. Les mises en chantiers sont passées de 420 000 à 274 000 par an soit une diminution de 30%. Le gouvernement vient enfin de prendre conscience de l’ampleur du phénomène mais sans proposer de solution. Les causes sont multiples. Les investisseurs institutionnels et notamment les compagnies d’assurance ont dû se retirer du marché pour respecter les nouvelles réglementations en matière de solvabilité. Les restrictions budgétaires ont empêché les constructeurs de logements sociaux de prendre le relais.

Le vieillissement de la population et la montée des inégalités a réduit le nombre de ménages susceptibles d’acquérir un logement. Les plus âgés qui sont souvent les plus aisés sont déjà propriétaires et les autres ont de moins en moins les moyens de se porter acquéreur. L’attractivité du placement immobilier s’est aussi réduite par rapport à l’épargne financière et est surtout freinée, là encore par un environnement réglementaire de plus en plus lourd pour les bailleurs. La croissance du nombre de résidences secondaires a aussi été un facteur de hausse des prix qui a contribué à dissuader d’éventuels acquéreurs ou investisseurs. Pour réduire ces tensions et relancer la construction une réforme de la fiscalité immobilière  concernant les résidences secondaires et les logements vacants est indispensable.          

La France va mieux qu’on le dit mais moins bien qu’elle devrait aller. Il reviendra au prochain président de formuler des propositions et de les faire mettre en application pour y remédier.