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Le blog d'Alain Boublil

 

3,59% : Taux à 10 ans des OAT françaises

Selon les chiffres publiés chaque jour par l’Agence France Trésor qui gère la dette publique de la France, le taux des Obligations d’Etat (OAT) à 10 ans a atteint le 11 décembre 3,59%, après 3,61% la veille, au lendemain de l’adoption par l’Assemblée Nationale du projet de loi de financement de la Sécurité Sociale. C’était le niveau le plus élevé de ces dernières années et 0,3% de plus que le taux observé au début du mois. Cette évolution des marchés traduit-elle une défiance accrue vis-à-vis de l’économie française, alors que l’on aurait pu légitimement espérer le contraire après le succès obtenu par le gouvernement ?

Assurément non puisque les principales économies de la zone euro ont été confrontées à la même situation. L’écart avec l’Allemagne s’est même réduit pour revenir à 70 points de base et la France emprunte pratiquement au même taux que l’Italie qui est devenue une sorte de référence. Rome a réussi en trois ans à réduire significativement son déficit public et à le ramener autour de 3% du PIB, bien que son taux d’endettement reste lui, encore largement supérieur à 120%. La hausse a concerné tous les taux européens.

Cette évolution surprenante serait liée à une rumeur suivant laquelle la Banque Centrale Européenne, après sa réunion de fin d’année durant laquelle elle devrait maintenir ses taux inchangés, pourrait laisser entendre qu’elle les relèverait en 2026, sous le prétexte que l’inflation de la zone euro n’a toujours pas atteint l’objectif figurant dans son mandat, à savoir un niveau inférieur mais proche de 2%. Cette rumeur a été confortée par les déclarations de Christine Lagarde permettant de penser que la BCE pourrait relever ses prévisions de croissance pour 2026 lors de sa prochaine réunion.

La situation est exactement inverse aux Etats-Unis. La Réserve Fédérale a, lors de sa dernière réunion, baissé ses taux pour la troisième fois depuis septembre 2024 et les a ramenés dans la fourchette 3,50-3,75%, au plus bas niveau depuis trois ans. L’inflation reste pourtant nettement au-dessus de 2% comme la croissance depuis le début de l’année. En Europe, même si elle se redresse légèrement en 2026, elle aura beaucoup de mal à atteindre 1%.

La politique monétaire des deux côtés de l’Atlantique est donc radicalement différente. On serait prêt à baisser les taux avec une inflation et une croissance supérieure à 2% à Washington et on envisagerait, c’est du moins ce que pensent les marchés, à les relever à Francfort alors que la croissance et l’inflation attendus pour l’année prochaine sont inférieures à 1% et à 2%. Les conséquences sur les marchés des changes ne se sont pas fait attendre. Alors que depuis quelques semaines, la baisse du dollar observée avec l’entrée en fonction de Donald Trump s’était atténué, la tendance vient brutalement de s’inverser pour rebondir et s’approcher de 1,18$ pour 1€, proche du plus bas atteint au début de l’année.

Ces annonces comme les commentaires des analystes financiers laissent penser que ces évolutions ont toutes chances de s’amplifier dans les mois qui viennent. On assisterait alors à une nouvelle baisse du dollar. S’ajoutant aux conséquences de l’instauration des droits de douane frappant les produits européens aux Etats-Unis, cela freinerait leurs exportations, conformément aux souhaits clairement affichés du président américain.

L’Europe risque donc d’être doublement pénalisée, alors que plusieurs importantes économies connaissent une croissance insuffisante, voire une stagnation. La contribution positive du commerce extérieur, même si celle-ci profiterait de la baisse des cours des matières premières, qui sont cotées en dollar, se réduirait encore. La hausse des taux d’intérêt pénaliserait à la fois l’investissement et la consommation puisque les ménages trouveraient une raison supplémentaire d’accroître leur épargne financière, laquelle atteint déjà des niveaux records.

Il est arrivé dans le passé, comme à la fin de l’année 1987, que les banques centrales fassent des choix différents sans coordonner leur action mais en expliquant qu’ils répondaient à des situations différentes. Aujourd’hui, rien ne justifie la baisse des taux américains, si ce n’est les pressions politiques qui s’exercent à la veille de la nomination du prochain président de la Réserve Fédérale. La croissance est déjà stimulée par la politique budgétaire et l’inflation reste supérieure à 2%. De même, alors que l’inflation est très proche de 2% dans l’Union Européenne, que la croissance est très faible et que les effets sur le marché des changes d’une hausse des taux seraient pénalisant sur l’activité, rien ne la justifierait alors qu’elle est envisagée. Une telle divergence entre les choix des deux premières banques centrales dans le monde ne pourra pas rester sans conséquences.

Le monde a changé. Les marchés financiers réagissent vite. Les causes ne l’inflation ne sont plus les mêmes. Il serait temps que la politique monétaire intègre ces nouvelles réalités et que les banques centrales s’adaptent et coordonnent mieux leur action. Sinon, il n’y aura que des perdants.