L’énergie est un secteur stratégique pour la vie économique comme pour l’indépendance d’un pays. L’Etat, partout dans le monde, intervient pour assurer la sécurité des approvisionnements et pour que les entreprises et les ménages y aient accès à des prix n’affectant pas leur compétitivité et protégeant leur pouvoir d’achat. Le secteur est également essentiel pour l’environnement. La production et la consommation des différentes formes d’énergie doivent limiter au maximum les rejets de particules nocives pour la santé des habitants vivant à proximité ainsi que les émissions de gaz à effet de serre qui affectent le climat.
La France a longtemps été un modèle. Ne disposant plus de ressources en énergies fossiles, le pays a construit de vastes barrages hydroélectriques et un parc nucléaire capable, en 25 ans, de fournir près des trois quarts des besoins en électricité. En 1990, il était l’un des pays de l’Union Européenne ayant le plus faible niveau d’émissions de CO2, et ce malgré l’opposition des mouvements en faveur de l’environnement qui étaient fermement opposés à l’industrie nucléaire et qui avaient déjà, mais sans succès, milité contre la construction de certains barrages.
Cette politique a permis de réduire le volume des importations de pétrole et de gaz et d’alléger la facture énergétique pendant les périodes de fortes hausses sur les marchés des énergies fossiles. Elle a surtout protégé la France contre les conséquences d’une trop grande dépendance vis-à-vis de ses fournisseurs, dépendance qui peut, comme l’Allemagne l’a expérimenté depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, se révéler extrêmement pénalisante. Elle a été génératrice de croissance, d’emplois directs lors de la construction des centrales et indirectes en contribuant à la compétitivité des secteurs industriels fortement consommateurs d’électricité, comme la production d’aluminium. La construction en 1988 de l’usine de Dunkerque en a été l’un des exemples les plus significatifs.
Malheureusement, ces choix stratégiques majeurs ont été remis en cause à la fin des années 90 sous la pression des mouvements écologistes. L’EPR, qui avait été certifié par l’Autorité de Sureté ne sera pas commandé avant dix ans et la filière nucléaire sera affaiblie. Quand les commandes en Finlande et à Flamanville interviendront, les pertes de compétences affecteront la réalisation des chantiers avec des délais rallongés et des coûts considérablement accrus. Le nucléaire perdra sa crédibilité aux yeux de beaucoup de français qui avaient pourtant soutenu ce choix. L’annonce, quelques années plus tard, de la réduction à 50% de sa part dans la production d’électricité sera suivie d’une autre décision absurde : la fermeture de la centrale de Fessenheim, sous la pression de l’Allemagne alors que les autorisations de l’Autorité de Sûreté étaient encore valides.
Heureusement, en 2022, un nouveau revirement est intervenu avec l’engagement de commander entre 6 et 12 nouveaux réacteurs dans les années à venir. Mais le mal était fait et la filière rencontre encore beaucoup de difficultés à reconstituer les équipes compétentes indispensables pour mener à bien ces chantiers. Durant toute cette période, l’Etat avait fondé sa nouvelle politique énergétique sur le développement des énergies renouvelables. Il n’avait accordé que des moyens modestes pour encourager les ménages à réduire leur consommation d’énergie et il avait soutenu les décisions de Bruxelles sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’interdiction des véhicules à moteur thermiques en 2035.
L’Etat a fait fausse route en accordant des financements importants à des politiques inefficaces contribuant à creuser les déficits publics, Les énergies éoliennes et solaires ne correspondent pas aux besoins de la France en électricité pour plusieurs raisons. D’abord, elles se traduisent par des importations puisqu’aucun des matériels utilisés n’est produit sur le territoire national. Ensuite, elles sont intermittentes, ce qui signifie qu’il faut que des sources de production capables de répondre à la demande soient à chaque instant disponibles. A quoi cela sert, alors que l’on dispose d’outils de production décarbonés, d’en construire de nouveaux ?
Ensuite ces modes de production sont non seulement intermittents mais volatiles. Des fluctuations brutales interviennent auxquels il faut être capable de répondre en pilotant les autres outils de production immédiatement, ce qui peut déstabiliser le réseau de distribution et provoquer des coupures comme l’Espagne vient d’en faire la tragique expérience. Enfin, le développement de champs d’éoliennes et de panneaux solaires nécessite des investissements coûteux sur les réseaux qui s’ajoutent encore aux frais de construction de ces nouveaux moyens de production.
A l’inverse, alors que l’isolation des bâtiments et le passage à l’électricité dans les logements répond à tous les critères puisqu’on économise des énergies fossiles, les moyens affectés ont été à la fois insignifiants et instables. La réglementation donnant accès aux aides changeait en permanence. On peut faire les mêmes reproches concernant la motorisation des véhicules particuliers. Les consommateurs sont réticents et cela aura, si le calendrier fixé par Bruxelles est maintenu, des conséquences très lourdes sur l’industrie automobile et l’emploi, car, comme pour les panneaux solaires, l’avance des constructeurs chinois ou américains sera presque impossible à combler. On pourrait ajouter que comme les causes du réchauffement climatique sont globales, il est pour le moins paradoxal que les bons élèves européens sacrifient leur industrie au profit des deux principaux pollueurs de la planète.
Une nouvelle politique énergétique est dans ces conditions faciles à définir. On supprime toutes les aides actuelles en faveur des énergies renouvelables, de la rénovation des logements et de l’acquisition de véhicules électriques. Et elles sont redéployés dans trois directions : la réduction de la consommation d’énergies fossiles dans le bâtiment, le fret ferroviaire et la prévention des dommages causés par la dégradation du climat.
L’Etat et les collectivités locales doivent accorder des crédits chaque année pour améliorer l’efficacité énergétique des locaux occupés par les administrations et lancer les travaux sans tarder. Pour les logements, un système d’aide simple et stable tenant compte de la situation de l’occupant (propriétaire ou locataire) et de la nature du bâtiment (immeuble ou maison individuelle) doit être mis en place. On pourrait d’abord concentrer ces aides sur les maisons occupées leur propriétaire et les immeubles détenus par un seul propriétaire (HLM, investisseur) car la réalisation des travaux dans une copropriété est très complexe.
La pollution locale comme les émissions de gaz à effet de serre du transport routier sont considérables. Or la part du fret ferroviaire ne cesse de se réduire. Elle ne représente plus que 9% du trafic contre 18% en moyenne en Europe et trois fois moins qu’il y a trente ans. Un plan de relance visant à améliorer les infrastructures et revoir les conditions de tarification imposées par la SNCF est indispensable. Enfin la dégradation climatique se traduit par des dommages de plus en plus coûteux pour les habitations et les infrastructures situées en montagne (fonte des glaces), au bord des océans avec l’érosion des côtes (montée des eaux) et le long des cours d’eaux (inondations). Des investissements doivent être réalisés pour prévenir contre les conséquences de ces évènements et en réduire le coût.
La politique de l’énergie est un élément essentiel pour adapter le pays au changement climatique. Mais elle ne doit pas en France se concentrer sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre car le pays est l’un des plus faibles émetteurs. Elle doit au contraire mettre la priorité sur la sécurité des approvisionnements, sur la compétitivité de l’énergie produite, sur la réduction des consommations et dégager des moyens suffisants pour protéger la population face aux conséquences du dérèglement climatique.