Vous n’êtes pas encore inscrit au service newsletter ?

Inscription

Se connecter

Mot de passe oublié? Réinitialiser!

×

AB 2000 Site d'analyse

Le blog d'Alain Boublil

 

La France est riche mais mal gérée

Avec une croissance quasiment nulle et un endettement public massif et en forte augmentation, l’économie française est confrontée à des défis auxquels il est urgent d’apporter des réponses appropriées. Mais l’instabilité politique et l’absence de majorité parlementaire à la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale il y a un an n’ont pas permis au gouvernement de faire face à cette situation sans précédent. Pourtant, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, jamais les Français n’ont été aussi riches, même si cette richesse est très inégalement répartie, et les grandes entreprises aussi profitables.

Les actifs financiers des ménages dépassaient, à la fin de 1’année 2023, derniers chiffres connus, 6 000 milliards d’euros, une fois déduits leurs crédits à la consommation. A cela s’ajoute près de 8 000 milliards de biens immobiliers, une fois déduit l’endettement contracté pour les acquérir. Leur richesse s’est encore accrue en 2024 et au début de 2025 grâce à leur épargne financière. Son taux au 1er trimestre a atteint le record de 9,8% du revenu disponible brut et rien ne permet de penser que cette tendance va s’inverser dans les années à venir.

La raison avancée généralement pour expliquer ces comportements serait l’incertitude face à l’environnement international et à la politique intérieure. A cela s’ajouteraient les menaces qui pèseraient sur l’avenir des systèmes de retraites et plus généralement sur la situation financière du pays. Mais ces raisons ne sont pas suffisantes car elles omettent deux facteurs essentiels, l’inégalité du processus d’enrichissement et le vieillissement de la population avec l’allongement de l’espérance de vie. Plus les revenus sont élevés, plus la part des dépenses correspondant aux besoins diminue ce qui automatiquement fait monter le taux d’épargne et l’enrichissement. De même, au fur et à mesure que l’âge avance, les besoins de consommation, hors soins et hébergement, diminuent. On achète rarement une voiture neuve après 80 ans.

La France est à la veille d’une crise politique provoquée par une réforme du régime général des retraites qui suscite le rejet des organisations syndicales et d’une large majorité des Français. Le recul de l’âge de départ est censé rétablir durablement l’équilibre de ce régime.   Mais cette vision ne prend en compte ni les paramètres démographiques et financiers, ni la situation excédentaire des régimes complémentaires. Avec l’augmentation de l’espérance de vie, le nouveau retraité bénéficiera en plus de sa retraite, de l’héritage de ses parents et de l’épargne qu’il aura accumulé. Même si de profondes inégalités seront créées auxquels il faudra remédier, la situation globale des retraités dans l’avenir sera bien plus favorable que celle des générations précédentes.

La solution avancée avec le report de l’âge de départ ne remédie pas à ces inégalités, bien au contraire alors qu’une solution permettrait justement d’y faire face en freinant l’accumulation des réserves des régimes complémentaires par le relèvement du plafond des cotisations. Celui-ci n’a été réévalué que de 1,6% cette année. Une augmentation plus importante et reconduite chaque année permettrait de faire rapidement revenir le régime général à l’équilibre. Les réserves accumulées par les deux principaux régimes complémentaires, AGIRC-ARRCO et IRCANTEC sont proches de 100 milliards d’euros, investies sur les marchés financiers. Pour défendre l’existence de ce qu’il convient d’appeler un magot, on explique qu’en cas de crise, cela permettrait de garantir le paiement des retraites complémentaires. Mais cet argument est absurde puisqu’en cas de crise grave, les marchés chuteraient et une bonne part des réserves disparaîtrait. L’Etat a les moyens de rétablir l’équilibre du régime général, non pas en forçant les salariés à travailler plus longtemps mais en freinant l’accumulation de richesses qui accroissent encore les inégalités entre retraités.

La situation des grandes entreprises est elle aussi très favorable grâce notamment aux importants allègements de charges et aux baisses d’impôt décidées par l’Etat lesquels ont contribué à la dégradation des finances publiques. Les dividendes versés par les groupes du CAC 40 sont ainsi passés entre 2018 et 2024 de 51 à plus de 70 milliards, auxquels s’ajoutent chaque année plusieurs milliards consacrés à des rachats d’action.

La France se retrouve aujourd’hui avec un endettement public de 113,2% du PIB, et un déficit public prévu pour 2025 de 5,8% du PIB, presque le double du déficit moyen de la zone euro. Les tendances observées actuellement ne font été d’aucune amélioration et le gouvernement n’a pour l’instant convaincu personne de sa capacité à le réduire de 40 milliards en 2026, d’où un discours alarmiste allant même jusqu’à imaginer que la France pourrait être mise sous la tutelle du FMI.

Cette hypothèse est sans fondement puisque trois autres économies majeures, les Etats-Unis, le Japon et le Royaume-Uni ont des niveaux d’endettement public supérieurs sans que cela soit évoqué dans leurs cas. En outre la France est protégée par l’euro et présente une balance des paiements courants équilibrée. D’ailleurs l’Etat n’éprouve aucune difficulté à faire appel au marché puisque chaque émission est sursouscrite le plus souvent trois fois et que l’écart avec l’Allemagne est stable depuis deux ans autour de 70 points de base.

Les ratios retenus comportent un biais en retenant au dénominateur le PIB en valeur. Or la France a, c’est nouveau et il faut s’en féliciter, le plus faible taux d’inflation de la zone euro ce qui mécaniquement accroit le taux d’endettement. Mais le très haut niveau des dépenses publiques s’accompagne d’une dégradation de la qualité des services publics ce qui est un paradoxe majeur. Plutôt que de demander aux français de travailler plus, le gouvernement ferait mieux de demander à ses services de travailler mieux, ce qui serait une source à la fois d’économie budgétaire et d’efficacité économique.

La bureaucratisation coûteuse de la France a résulté d’une série de réformes ayant comme conséquence sinon comme objectif, d’accroître les capacités de production de textes législatifs et réglementaires : allongement des sessions parlementaires, augmentation du nombre d’élus, suppression du cumul des mandats, création de régions plus grandes conduisant à maintenir sur le terrain des effectifs plus importants. Cet appareil public a non seulement un lourd coût de fonctionnement mais il pèse sur la vie des entreprises et des ménages et donc sur la productivité et la création de richesse. Les finances publiques sont ainsi doublement pénalisées : plus de dépenses et moins de recettes fiscales du fait de la stagnation économique qui en résulte.

Ce ne sont donc pas les français qui sont responsables de la dégradation de la situation financière du pays mais l’Etat et ceux qui le gouvernent. Il est toujours facile de faire reposer la responsabilité d’une situation dégradée sur les autres. Mais cela ne conduit pas à faire adopter les solutions appropriées. De même, tenir un discours alarmiste pour faire passer des mesures impopulaires et de cette façon se dispenser de procéder aux réformes institutionnelles indispensables ne fera pas progresser le pays dans la voie du rétablissement de ses finances publiques.

La France a donc besoin de deux nouvelles orientations, une simplification institutionnelle et un rééquilibrage de sa politique économique. La première prendra du temps mais un mécanisme irréversible de débureaucratisation allègera les coûts publics de façon permanente et durable tout en facilitant le retour de la croissance. La seconde porte sur la réforme de la politique dite « de l’offre » qui a abouti à une concentration de la richesse creusant les inégalités entre les ménages comme entre les entreprises. Le temps presse car la vraie menace n’est pas le FMI mais la montée du populisme.