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Le blog d'Alain Boublil

 

Economie française : le bilan

Chaque élection présidentielle est l’occasion, pour les candidats qualifiés pour le second tour, de dresser le bilan de la situation du pays et de formuler ses propositions. Quand l’un des candidats est le président sortant, le débat porte d’abord sur son bilan que ce dernier assume et défend avant d’exposer ce qu’il compte entreprendre s’il est élu. Son adversaire a alors comme priorité, au contraire, de le critiquer, souvent en le caricaturant, et d’expliquer en quoi il ferait mieux grâce à son programme. C’est ce débat qui va être au centre de la dernière semaine de la campagne présidentielle et il revêt une nature particulière du fait des deux crises majeures auxquelles le pays vient d’être confronté avec l’épidémie de la Covid-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

L’Etat n’ayant aucune responsabilité dans le déclenchement de ces crises, il importe d’abord d’analyser comment il a réagi pour y faire face avant de porter un jugement sur la situation du pays. Même si au début de l’épidémie des faiblesses dans l’action publique étaient apparues, comme les pénuries de biens essentiels, dont la responsabilité peut tout autant être attribuée aux gouvernements précédents, ou des hésitations sur les mesures sanitaires à prendre, il ne peut être contestée que l’action de l’Etat en soutenant les entreprises et l’emploi, a évité la catastrophe que nombre d’observateurs et de dirigeants politiques, notamment à l’extrême droite avait prévue. La France a même mieux traversé cette épreuve que la plupart des pays développés.

Le choc de la guerre en Ukraine est également mieux encaissé, non du fait, cette fois de l’action du gouvernement, mais des choix passés en faveur de l’indépendance énergétique de la France, au premier rang desquels figure le nucléaire. Même si des retards sont à déplorer dans le lancement d’un nouveau programme de constructions de centrales et si la fermeture de Fessenheim a été une absurdité coûteuse, le pays est en bien meilleure position que l’Allemagne dont la dépendance au charbon et au gaz russe en fait un très mauvais élève dans la lutte contre le réchauffement climatique et un obstacle dans l’adoption par l’Europe de sanctions efficaces à l’égard du Kremlin. Pour toutes ces raisons, la France est nettement moins atteinte par l’inflation qui reste autour de 4% que l’Allemagne où celle-ci a dépassé 7%.         

La comparaison avec la situation du début des années 80, est intéressante. Le choc provoqué par la hausse du dollar et ses conséquences sur la facture pétrolière de la France, avait déstabilisé le système monétaire européen car cette hausse avait plutôt favorisé l’Allemagne qui avait du charbon et exportait vers les Etats-Unis et défavorisé la France. Aujourd’hui nous sommes dans la situation inverse. Le renoncement au nucléaire de l’autre côté du Rhin a rendu le pays bien plus sensible à la hausse des prix des énergies fossiles ce qui explique son inflation élevée.

La performance de l’économie française en matière de croissance est également satisfaisante et ne mérite pas les critiques formulées par l’extrême-droite. Sur les quatre dernières années, de 2019 à 2022, et suivant les dernières prévisions, la croissance cumulée de la France devrait être de 3,7%, celle du Royaume-Uni de 3,1% et celle de l’Allemagne de 0,9%. C’est certes bien moins qu’aux Etats-Unis (+8,4%) et naturellement qu’en Chine (+ 21%), même si ce dernier chiffre devra être revu à la baisse pour l’année 2022 du fait de la reprise de l’épidémie dans le pays.

Il n’est donc pas surprenant que les résultats en matière d’emploi traduisent une amélioration significative avec une hausse des effectifs tous secteurs confondus (privé, public, indépendants) de 1,2 million entre 2017 et la fin de l’année 2021. Le taux de chômage est retombé à 7,4%, certes loin du plein emploi et des niveaux atteints dans l’Europe du Nord mais il faut aussi tenir compte de la très faible natalité observée dans ces pays qui fait structurellement baisser la demande de travail. Il y avait, en février 2017, 3,491 millions de demandeurs d’emplois en catégorie A. En mars 2022, ils n’étaient plus que 2,967 millions soit un demi-million de moins. Même si ce niveau reste très élevé, on ne saurait nier que la tendance est favorable.

Le procès fait sur la question du pouvoir d’achat n’est pas davantage justifié. Après avoir stagné pendant dix ans, de 2007 à 2017, il a connu une réelle reprise depuis cinq ans. Rapporté au revenu disponible brut, il s’est accru de 1% par an. La crise inflationniste récente qui s’est aggravée avec l’invasion de l’Ukraine et les tensions sur les prix des énergies fossiles et les produits alimentaires a commencé par frapper les ménages les plus défavorisés pour lesquels la part de ces produits dans la consommation était élevé. Mais des mesures de relèvement des salaires et d’indexation sont en cours et devront être prolongées tant que ces tensions dureront. Les causes sont extérieures et les solutions sont connues. Il n’y aucune raison de penser qu’à l’avenir elles soient abandonnées et la récupération de cette préoccupation légitime par l’extrême droite relève essentiellement de la manœuvre électorale politicienne.

La situation des finances publiques s’est aggravée durant la pandémie mais c’était le prix à payer pour éviter au pays une catastrophe économique. L’euro a permis que cet endettement accru soit financé dans de bonnes conditions. Le programme de la candidate d’extrême droite fait peser une lourde menace sur la position de la France au sein de l’Union Européenne et à terme sur sa présence et donc sur son maintien dans la zone euro. Le risque commence à inquiéter les marchés financiers. La France n’est pas le seul pays à avoir un endettement public élevé. Cette situation n’est tenable que si le pays a un fort excédent extérieur, comme le Japon, ce qui n’est pas le cas, bien au contraire, ou s’il est doté d’une monnaie acceptée sur le marché international, comme les Etats-Unis. Avec l’abandon de l’euro, on se rapprocherait du modèle argentin et il faudrait faire appel au FMI.

Le principal point noir de l’économie française est son déficit commercial élevé et la dégradation des échanges industriels qui ne cesse de s’amplifier depuis 20 ans. L’analyse faite par les gouvernements passés est que le coût du travail puis les charges fiscales en seraient la cause et ils ont adopté des mesures coûteuses pour y remédier sans aucun résultat. La réalité est toute autre. Comme le montre l’exemple de l’industrie automobile qui est l’un des secteurs qui ont le plus contribué à cette dégradation, cette tendance résulte des mauvais choix stratégiques des entreprises, se concentrant sur des acquisitions à l’étranger parfois ruineuses ou des délocalisations socialement lourdes de conséquences sur l’emploi et les importations. Là l’Etat n’a pas joué son rôle en dénonçant en temps utile ces pratiques et en s’y opposant quand, en tant qu’actionnaire, il en avait les moyens. L’un des défis du prochain quinquennat sera donc la reconstitution d’un véritable Etat-stratège. Même s’il n’est pas acquis que le président sortant soit prêt à ce changement d’orientation, il est certain que la candidate d’extrême-droite, si elle devait être élue, serait confrontée à une telle crise financière que la mise en œuvre d’une véritable politique industrielle ne saurait constituer une priorité à supposer qu’elle en comprenne la nécessité.

La France va beaucoup mieux qu’on ne le dit et que les Français ne le pensent. Cela constitue une raison suffisante pour éviter au pays une crise inutile.