Une campagne électorale consiste souvent pour les candidats à proclamer que tout ce qui a été entrepris depuis trente voire quarante ans n’a été qu’un tissu d’échecs. Un des leurs a même été jusqu’à affirmer que l’un des précédents présidents avait mis à bas l’économie française. Trois manifestations récentes ou prévues et consacrées à des exemples de réussites françaises majeures montrent jusqu’à quel point toutes ces déclarations sont sans aucun fondement et donc trompeuses.
L’an dernier, au mois de septembre était célébré le quarantième anniversaire de la mise en service de la ligne à grande vitesse Paris-Lyon. Elle ne concernait que les deux tiers de la ligne car un Premier ministre avait, en 1979, bloqué son achèvement et interdit toute étude portant sur de nouvelles liaisons. Le président de la République lors de son inauguration en 1981 autorisa la SNCF à l’achever et demanda en plus à l’entreprise publique de procéder aux études en vue de construire de nouvelles lignes en direction de l’Ouest de la France, que l’on baptisa alors le TGV- Atlantique. Ainsi était lancé l’un des plus grands programmes d’investissement dans les infrastructures de transport que la France ait connu. Les lignes vers l’Ouest furent prolongées jusqu’en Bretagne et aujourd’hui jusqu’à Bordeaux. Le contournement de Lyon fut réalisé pour desservir son nouvel aéroport, les Alpes et plus tard la Vallée du Rhône jusqu'à Aix et Marseille.
Une connexion à Massy-Palaiseau entre l’Ouest et le Sud-Est permit de construire un vrai réseau qui acquit ensuite une dimension européenne. Le TGV-Nord desservit d’abord Lille puis très vite Bruxelles et Amsterdam. Un prolongement permit d’atteindre Cologne. Les longues négociations avec l’Angleterre aboutirent en 1986 à la signature du Traité de Canterbury et à la construction d’un lien fixe pour traverser la Manche. Après l’examen des différents projets, c’est la solution du tunnel qui l’emporta et donc d’une liaison ferroviaire entre Paris et Londres. Enfin, l’Est de la France s’ajouta au réseau avec la ligne en direction de Strasbourg.
La France dispose, après trente années d’investissements, du réseau le plus moderne et le plus efficace d’Europe. Il contribue à l’aménagement du territoire et à la prospérité des villes desservies. Le premier argument de vente d’un bien immobilier est sa proximité avec une gare où s’arrête le TGV. Mais comme bien souvent en France, quand quelque chose marche trop bien, il devient l’objet de critiques. A l’image du gouvernement Barre en 1979, le président élu en 2017 s’inquiétera de la politique du tout-TGV et annoncera l’arrêt des études de nouvelles lignes pour moderniser les réseaux locaux. Heureusement ce retournement ne sera que de courte durée. Lors de la célébration du 40ème anniversaire de l’inauguration du TGV Paris-Lyon, il a encouragé la SNCF à lancer de nouveaux projets. Les financements pour les prolongations de lignes dans le Sud-Ouest, en direction de Toulouse et Dax, viennent d’être réunis et le projet d’extension de la ligne qui dessert Marseille vers Nice avance.
La France poursuit donc la stratégie initiée dans les années 80 qui a connu un succès populaire exceptionnel avec des millions de voyageurs pour partir en vacances ou pour se déplacer professionnellement. Depuis deux ans, cela a aussi permis de développer le télétravail. Cette politique a contribué à la réduction des émissions de CO2 et s’inscrit dans la transition énergétique en réduisant l’usage du transport aérien pour les liaisons courtes. Il reste à inventer un nouveau mode de déplacement des marchandises par la voie ferroviaire.
Est célébrée ce mois-ci un évènement d’une toute autre nature mais révélateur des choix essentiels faits durant les années 80, le trentième anniversaire de l’ouverture de Disneyland Paris. Le projet était alors connu sous le nom d’Eurodisney. La compagnie américaine en 1985 avait choisi le France et l’avait soumis à l’autorisation du gouvernement. Il ne faisait pas l’unanimité. Le ministre de la Culture y voyait un outil de promotion de divertissements qui éloignaient des valeurs nationales. Malgré ces réserves l’accord fut donné. Une ligne spéciale du RER fut même construite pour desservir le site situé près de Marne-la-Vallée au sud-est de Paris et elle sera inaugurée en même temps que l’ouverture du parc d’attraction en 1992.
Trente ans après le résultat est spectaculaire. Disneyland Paris est devenu la première destination touristique européenne qui accueillait chaque année, avant la crise sanitaire, jusqu’à 15 millions de visiteurs avec plus de la moitié venant de l’étranger. Plus de 15 000 emplois ont été créés et le site est le plus gros employeur de la Seine-et-Marne. Le parc continue à investir pour offrir de nouvelles attractions, ce qui a représenté, depuis son ouverture, plus de 9 milliards d’euros.
Enfin, au début de cette année, a été célébré, mais avec une certaine discrétion, le 20ème anniversaire de l’euro. C’est en effet le 1er janvier 2002 que l’ensemble des moyens de paiement ont été convertis et que cette nouvelle monnaie s’est imposée en Europe chez les principaux Etats-membres, à l’exception du Royaume-Uni. Mais cette réalisation n’est que l’aboutissement d’un long processus dont l’initiateur et le promoteur permanent fut la France et qui démarra en mars 1983. Contrairement aux idées reçues, le tournant fut alors plutôt un « tournant européen » qu’un « tournant de la rigueur », ensemble de mesures décriées depuiis parce qu’il généra une évolution maladroite de la politique économique fondée sur une erreur d’appréciation sur les causes du déficit extérieur.
Le choix courageux de rester dans le système monétaire européen, quelles qu’en furent les conséquences politiques à court et à long terme, permit de confier ensuite à Jacques Delors la mission de préparer l’Acte Unique en 1986 puis le marché unique, étapes décisives de la construction européenne jusqu’au référendum qui entérina la création de l’euro. Entretemps, la France avait réussi à convaincre l’Allemagne lors des discussions qui avaient conduit à sa réunification. Si le chemin qui mena à l’euro fut parfois difficile, comme lors de la violente crise de la livre sterling au début des années 90, sa mise en œuvre, sur le plan technique fut entre 1999 et 2002, une réussite exceptionnelle. La crise de 2012, qui aurait pu être qualifiée de « crise de jeunesse », a été surmontée grâce au pouvoirs conférés à la Banque Centrale Européenne et à la détermination de son président.
Malgré toutes les critiques que l’euro a pu susciter, nous avons pu mesurer durant la crise sanitaire tous les avantages qu’il avait apporté à la France, sans lesquels il aurait été impossible, sauf à ajouter à la crise sanitaire une crise financière, d’adopter les mesures de soutien économique aux entreprises et aux ménages qui ont permis d’éviter une vague de faillites et une augmentation massive du chômage. Les nombreux responsables politiques qui avaient fait de l’euro leur cible et la cause des performances économiques médiocres dans le passé se gardent bien aujourd’hui de reprendre ces critiques et plus aucun responsable politique raisonnable ne propose de revenir au franc. L’action inlassable de la France en faveur de la construction européenne depuis 1983 a donc été un succès qu’il convient de saluer, d’autant que les tensions internationales ne se sont pas apaisées, bien au contraire avec la guerre entre la Russie et l’Ukraine, et qu’elles auront, là aussi des conséquences économiques et financières majeures que l'existence de l'Europe aidera à surmonter.
Le force d’une nation, c’est de prendre les bonnes décisions au bon moment. On vient d’en donner trois exemples dans des domaines très différents. Encore faut-il l’admettre et le mettre en avant pour ensuite en tirer profit et remporter de nouveaux succès.