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Le blog d'Alain Boublil

 

La rechute

Le maintien d’un confinement strict « au moins » jusqu’au 1er décembre annoncé par le Premier ministre confirme que l’épidémie du covid-19 est loin d’être maîtrisée. Au contraire elle a connu depuis la fin de l’été un rebond important avec une envolée du nombre de personnes contaminées et des admissions à l’hôpital. Le nombre de patients en réanimation a déjà retrouvé un niveau proche du pic atteint lors de la première vague au mois d’avril. L’épidémie avait provoqué une récession sans précédent de l’économie française au deuxième trimestre. Le retour à une activité presque normale avait permis un rebond au troisième trimestre qui n’avait que partiellement effacé la chute du trimestre précédent. Le nouveau confinement, intervenant à la veille des vacances et des courses de Noël, va stopper ce rebond et provoquer une rechute de l’économie française.

Celle-ci avait déjà été plus affectée que les autres, pour des raisons structurelles tenant à la part élevée des activités de services et notamment du tourisme. Selon les dernières estimations de l’INSEE, sur les neuf premiers mois de l’année, le PIB a chuté d’environ 10% par rapport à la période correspondante de l’année précédente. Dans l’ensemble de la zone euro, la baisse est de 7,5% avec de fortes disparités : en Allemagne, il n’a reculé que de 6% alors que l’Italie a connu une récession de 10% et l’Espagne de 13%. Le Royaume-Uni a eu des chiffres analogues à ceux de la France mais aux Etats-Unis, la récession a été limitée a été 3,9%. Enfin la Chine est sortie avant tout le monde de la crise et, au total, aurait même enregistré une légère croissance (+0,7%) sur cette période. Cet écart entre les performances des principales économies mondiales devrait s’accentuer car la deuxième vague n’a pas la même ampleur partout. Elle semble bien contrôlée en Chine et, dans une moindre mesure en Allemagne. Aux Etats-Unis, du fait du laxisme des autorités, si l’on excepte quelques grandes métropoles qui ont pris des décisions restrictives, il n’y a pas véritablement de deuxième vague puisque la propagation de l’épidémie ne s’est pas ralentie durant l’été. Les hésitations à lancer un plan de relance pourrait aussi causer une accentuation de la récession. L’économie chinoise au contraire va  poursuivre son rebond l’an prochain et l’Allemagne lentement retrouver la croissance. En revanche, au Royaume-Uni, en France et dans les pays d’Europe du sud, la situation économique a toutes chances de s’aggraver.

Le nouveau confinement va avoir en France des conséquences économiques plus lourdes que le premier, même si il est moins strict, car il frappe des secteurs déjà affaiblis. Les mesures prises au printemps étaient, pour une large part, transitoires destinées à aider les entreprises à traverser une période difficile, avec des prêts garantis par l’Etat et des reports d’échéances. Les sommes annoncées, plus de 120 milliards, frappaient l’opinion en donnant l’impression que tout était fait, « quoiqu’il en coûte », pour protéger l’appareil productif. Seul le financement de l’activité partielle constituait un transfert définitif. Pour le reste, il faudrait bien rembourser. La rechute économique intervient sur des entreprises déjà fragilisées, qui avaient de la peine à se remettre sur une trajectoire de croissance leur permettant de rétablir leurs équilibres financiers et de rembourser les aides consenties par l’Etat ou les financements des banques avec la garantie de l’Etat.

Du côté des ménages, la situation n’est pas meilleure. L’inquiétude sanitaire s’est accompagnée d’une inquiétude  majeure avec, pour ceux qui avaient un emploi, la crainte de le perdre et pour ceux qui en cherchaient un, la certitude que cela prendrait beaucoup plus de temps. Ceux qui disposaient d’un revenu régulier ont donc accumulé une épargne considérable et les plus fragiles sont tombés sous le seuil de pauvreté. Ces problèmes n’avaient complètement disparus à la suite du dé-confinement et le rebond de la consommation, au-delà, pour certains secteurs, de l’effet de rattrapage, avait été limité. Le nouveau confinement, intervenant après le couvre-feu dans les grandes métropoles, va encourager encore plus les comportements de précaution défavorables à la croissance et accélérer la montée de la pauvreté dans le pays.

Autre facteur négatif, la période concernée (Noël) est précisément celle où les ménages dépensent et voyagent. Les secteurs de la restauration et du tourisme avaient presque sauvé leur saison d’été, notamment grâce au comportement des familles qui avaient préféré rester en France. Leurs perspectives pour les vacances de Noël avec les restrictions attendues pour les déplacements font craindre une nouvelle chute d’activité sur un secteur déjà fragile. Des dizaines de milliers de commerces et d’établissements ne s’en remettront probablement pas. Comme dans le cas des maladies, la rechute économique peut avoir des conséquences bien plus graves que la première contamination et constituer un véritable coup de grâce qui se traduira par un arrêt des embauches et une nouvelle vague de licenciements.

Deux indicateurs permettent d’évaluer la situation du marché du travail, le nombre de demandeurs d’emplois, inscrits à Pôle-Emploi et le taux de chômage suivant la définition du Bureau International du Travail. Le premier donne, en France métropolitaine à la fin du mois de septembre, 3 673 000  demandeurs d’emplois sans aucune activité, en baisse de 11,5% par rapport au 2ème trimestre. Mais cette baisse n’est pas significative car elle s’accompagne d’une hausse équivalente du nombre de demandeurs d’emplois exerçant une activité réduite. Au total, toutes catégories confondues, le nombre de demandeurs d’emplois croit de 4,4% sur un an, soit 250 000 personnes. Le deuxième indicateur, le taux de chômage au sens du BIT, aboutit à la même conclusion mais avec un cheminement différent. Il avait peu progressé au deuxième trimestre car du fait du confinement, de nombreuses personnes cherchant effectivement un emploi n’avaient pu effectuer les démarches et être comptabilisées. En revanche, en passant de 7,1% à 9,0% au 3ème trimestre, le taux de chômage effectue un bond sur une année sans précédent et retrouve le niveau atteint à la fin de l’année 2017. Ces chiffres sont d’autant plus inquiétants qu’ils rendent compte d’une situation où l’Etat a déjà employé des moyens substantiels pour atténuer les effets sur l’emploi de la crise, en finançant largement le maintien d’activités qui sinon auraient disparues.     

La reprise du travail après le premier confinement est donc loin d’en avoir effacé les effets. La rechute de l’activité qui résultera de la deuxième vague de l’épidémie et des mesures qui viennent d’être annoncées va donc trouver un marché de l’emploi déjà très fragile. Le comportement des consommateurs s’en trouvera encore affecté et il est illusoire de penser que ceux-ci vont avoir suffisamment confiance dans leur avenir pour recommencer à consommer, pour faire des travaux dans leur logement ou pour en acquérir un, malgré des conditions de financement favorables.

Nombre  d’entreprises, malgré la reprise au 3ème trimestre et un environnement international moins dégradé ne vont pas non plus en tirer profit parce qu’elles sont souvent positionnées sur des secteurs comme les énergies fossiles, la construction aéronautique ou le tourisme qui, pour des raisons différentes sont confrontées soit à des problèmes structurels, soit aux conséquences durables de l’épidémie sur leurs clients. En outre, à la différence de l’Allemagne, elles sont peu présentes en Chine, ce qui explique d’ailleurs une partie de l’écart entre les performances de nos deux pays.

Les bonnes nouvelles, car il y an a, comme la perspective d’un vaccin ou de la baisse des tensions internationales avec l’élection de Joe Biden, ou encore la reprise de l’économie chinoise, ne doivent donc pas occulter les difficultés spécifiques auxquelles la France sera confrontée en 2021.