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Le blog d'Alain Boublil

 

2017 : l’année de la reprise en France ?

L’arrêt de la dégradation de l’activité économique en France à la fin de l’année dernière annonce-t-il, enfin, le retour de la croissance en 2017 ? Pour l’instant rien n’est sûr. L’économie française stagne depuis quatre ans. Les dernières estimations pour 2016, à savoir 1,2% d’augmentation du PIB ne doivent pas faire illusion. 2016 était une année bi-sextile avec en plus trois jours fériés tombant un dimanche. Le rebond prévu au quatrième trimestre traduira plus un rattrapage après le trou d’air des six mois précédent que l’amorce d’un mouvement durable. Mais le rattrapage sera de faible ampleur car le commerce extérieur continuera d’apporter une contribution négative à la croissance cette année. Les derniers chiffres connus, qui vont de septembre à novembre, reflètent la stagnation persistante des exportations et la montée continue des importations. Le déficit pour ces trois derniers mois dépasse 14 milliards soit à peu près le même montant qu’ en moyenne, durant le premier semestre 2014 quand le prix du pétrole était le double de ce qu’il est aujourd’hui. La poursuite de la dégradation des soldes industriels et agro-alimentaires a presque compensé tout l’avantage que la France tirait de la réduction de sa facture énergétique. Il est donc difficile de prétendre que la politique menée depuis quatre ans a contribué à améliorer la compétitivité de l’économie française.

Cette situation a peu de chances de s’inverser cette année. La remontée des cours du pétrole et l’augmentation des importations d’énergies fossiles du fait de la faible disponibilité du parc nucléaire et des conditions climatiques tendues depuis deux mois vont contribuer à alourdir encore la facture énergétique. Rien ne permet de penser que la tendance à l’aggravation du solde hors énergie s’inversera. La contribution négative du commerce extérieur à la croissance en 2016 était supérieure à 1%. L’environnement international, avec les premiers pas de la nouvelle administration américaine et les doutes qui continueront de planer sur la mise en œuvre du « brexit », ne sera certainement pas plus favorable aux entreprises françaises en 2017 qu’en 2016. Le déficit extérieur va donc encore s’aggraver.  

2017 sera aussi une année chargée d’incertitudes sur le plan intérieur. Les études sur le moral des ménages comme des entreprises, en fin d’année, traduisent un regain d’optimisme. Mais, jusqu’à présent cela n’a pas entrainé un changement significatif de comportement. Après un bon début d’année, l’investissement des entreprises stagne depuis six mois, la priorité allant toujours au versement des dividendes voire aux rachats d’actions qui ont atteint en 2016 un niveau record et qui sont annoncés en hausse encore en 2017 du fait du redressement des marges. Quant aux ménages, et malgré un niveau des taux d’intérêt historiquement bas, ils continuent d’épargner et même de thésauriser : le taux d’épargne financière a atteint un niveau record, avec 5,9% du revenu disponible au 3ème trimestre. Mais la baisse des conditions de financement a eu aussi un effet positif. Les ménages endettés ont pu souvent renégocier leurs emprunts, ce qui s’est traduit pas une réduction de leurs mensualités et un gain pour leur revenu disponible. La très forte augmentation du volume des nouveaux prêts au logement résulte aussi de la reprise de la construction. Pour la première fois depuis quatre ans, on assiste à une hausse des mises en chantier de logements, certes très inégale suivant les régions, mais qui globalement a dépassé 10% en 2016. L’activité du secteur de la construction va en bénéficier et le mouvement semble durable puisque que le nombre des permis de construire, qui constitue un bon indicateur avancé, est également en forte hausse. La traduction en termes d’emplois sera positive mais moins que par le passé du fait de la pratique des travailleurs détachés qui pèse sur le recrutement des demandeurs d’emploi.

Le niveau qui reste très élevé du chômage comme les incertitudes liées aux échéances politiques devraient, en revanche, continuer de peser sur la consommation des ménages. La stagnation des salaires et des retraites, au moins durant tout le premier semestre au moment où les hausses de prix déjà annoncées ou à venir dans l’énergie et dans certains services publics provoqueront une baisse du pouvoir d’achat qui sera défavorable à l’activité comme la pression sur les dépenses publiques. Les grands programmes d’investissement annoncés, en région parisienne comme sur les liaisons autoroutières ne prendront leur plein effet qu’en 2018 et ne compenseront pas la chute observée depuis deux ans.

A politique économique inchangée, l’année 2017 se présente au mieux, c’est-à-dire si aucune crise internationale majeure n’est déclenchée, comme le strict prolongement de l’année 2016, les effets négatifs sur le pouvoir d’achat de la remontée des prix de l’énergie étant compensés pour les ménages par le maintien de taux d’intérêt bas, même si ceux-ci vont légèrement remonter, environ 0,5%, par rapport à l’an passé, ce qui sera favorable à l’acquisition de logements. Quant aux entreprises, en l’absence de reprise de la demande, elles n’utiliseront la reconstitution de leurs marges pour investir que dans un nombre limité d’activités, comme l’automobile et  privilégieront le désendettement et la distribution des profits aux actionnaires.

L’examen des différentes propositions des candidats à l’élection présidentielle ne permet pas de parier sur une relance à court terme, au contraire. Sur le plan fiscal, l’impact d’éventuelles mesures est conditionné par leur date d’entrée en application, au mieux au quatrième trimestre. Toute hausse brutale de la TVA pèsera forcément sur la consommation et toute baisse significative de la fiscalité directe sur les revenus et a fortiori sur les patrimoines n’aura d’effet qu’en 2018. Quant à une réduction de l’impôt et des charges sur les entreprises, l’expérience récente montre qu’en l’absence de demande, elle est inefficace pour générer de l’investissement et a fortiori, des créations d’emplois. En revanche, l’élection d’un candidat ayant des positions extrêmes comme la sortie de l’euro voire de l’Union Européenne aura immédiatement un impact très négatif. Face à cette éventualité, les ménages chercheront à se protéger en procédant à des retraits dans les banques et  adopteront une attitude attentiste.

Une politique sociale radicale, sur la durée du travail et les rémunérations qui y sont attachées, sur les systèmes de retraite ou sur le remboursement des dépenses de santé engendrera inévitablement des conflits sociaux largement suivis à l’image de ce qui s’était passé en 1995 quand Alain Juppé était Premier ministre. Sous cette hypothèse, les mouvements qui pourraient intervenir à l’automne pèseraient, eux aussi sur l’activité économique.

Trois scénarii se dégagent donc pour cette année. Une crise internationale majeure, avec des répercussions imprévisibles sur l’économie française, des turbulences affectant de façon négative les comportements des agents économiques à la suite des choix politiques des nouvelles équipes au pouvoir, ou la continuation des tendances actuelles, les premiers signes éventuels de redressement n’intervenant qu’en 2018. Dans tous les cas de figure, 2017 ne verra donc pas spontanément ou du fait de nouveaux choix politiques, l’économie française retrouver, à travers une reprise, un taux de croissance « normal ».