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Le blog d'Alain Boublil

 

COP 21 et OPEP : deux accords complémentaires

En quelques jours, deux accords internationaux majeurs, réunissant pour le premier, les trois-quarts de l’humanité et pour l’autre, les pays produisant plus du tiers du pétrole extrait dans le monde sont intervenus. A New York, durant l’Assemblée générale des Nations-Unies, il a été  constaté qu’un nombre suffisant de pays avait ratifié l’Accord de Paris conclu à l’issue de la COP 21 pour que celui-ci entre en application. Au même moment, à Alger, les dirigeants de l’OPEP s’étaient  mis d’accord pour réduire leur production. La combustion des énergies fossiles est la première source d’émission des gaz à effet de serre et il fallait trouver les moyens d’interrompre sa progression pour limiter ses conséquences sur le climat. Et le désaccord persistant depuis deux ans entre les pays producteurs membres de l’OPEP avait abouti à une chute significative des prix du pétrole, et dans une moindre mesure du gaz naturel, allant à l’encontre des politiques visant à en réduire leur utilisation. La simultanéité de ces deux accords est probablement le fait du hasard et ils ne sont pas de même nature. Mais ils peuvent concourir au même objectif, à condition de ne pas se tromper sur leur portée et de mettre en place les politiques appropriées.

La portée de l’Accord de Paris ne doit pas être surestimée. Il ne comporte aucune disposition contraignante. Il s’agit d’une manifestation de bonnes volontés politiques et non d’engagements précis susceptibles de faire l’objet d’un contrôle par des institutions existantes ou créées à cet effet. La Chine a pour principe de n’admettre aucune contrainte affectant sa souveraineté et n’aurait surement pas contribué au succès diplomatique de la COP 21 si le texte avait contrevenu à ce principe. Le président Xi Jinping y a d’autant plus facilement apporté son soutien que les habitants de son pays, et notamment de ses grandes villes, sont les premières victimes des émissions excessives. Sur le plan local, elles rendent, à cause du rejet des particules dans l’atmosphère, l’air des villes irrespirable. Et le réchauffement affecte les ressources en eau du pays qui est, depuis toujours, confronté à de graves déséquilibres. Aux Etats-Unis, le président Obama, pour la même raison, n’a pas eu besoin de faire ratifier l’Accord par le Congrès. C’était une condition nécessaire car il ne l’aurait pas obtenu. La majorité républicaine est idéologiquement hostile à toute politique intervenant sur la production et la consommation d’énergie et les élus démocrates des Etats producteurs de charbon se battent déjà contre les tentatives de Washington, d’en réduire l’utilisation dans les centrales électriques. Et l’Europe, dans tout cela ? Elle a, jusqu’au bout, adopté une position ambigüe. L’Allemagne et la Pologne comme la Caroline du Nord et la Virginie Occidentale, ont tout fait pour protéger leurs mines de lignite et de charbon et bloquent toute réforme du marché du carbone qui serait susceptible de réduire les émissions de CO2. Mais comme l’Accord de Paris n’affecte pas leurs intérêts, ils ont finalement laissé Bruxelles l’approuver, ce qui assure, après l’engagement de l’Inde et du Brésil, son entrée en vigueur.

L’Accord d’Alger entre les membres de l’OPEP, lui, n’est qu’un accord de principe. Depuis la chute des cours du pétrole, à l’été 2014,  aucun Etat-membre, et en particulier l’Arabie saoudite, n’avait accepté une réduction de sa production. Le calcul, alors, était que la baisse des cours éliminerait les producteurs américains qui exploitaient le pétrole de schiste, dont les coûts d’extraction étaient plus élevés que les leurs. Ce raisonnement s’est révélé faux. Le nombre de puits a effectivement chuté parce que les moins productifs ont été provisoirement arrêtés mais la production, elle, n’a que faiblement baissé car les compagnies ont réussi à réduire leurs coûts d’extraction. La stratégie suivie depuis deux ans a donc échoué et il a fallu en changer. Cette évidence est apparue à Alger, à la surprise générale. La vive hostilité régnant entre l’Iran et l’Arabie saoudite a pu être surmontée et le principe d’une baisse des quotas de production a été acté. Encore reste-t-il à la traduire dans les chiffres et à la répartir entre pays producteurs, ce qui a été renvoyé à une nouvelle réunion en novembre. C’est donc un accord à minima, comme l’Accord de Paris, car s’il empêchera une nouvelle baisse des cours du pétrole, une hausse significative est exclue puisque les compagnies américaines en profiteraient pour relancer la production ou accroître leurs efforts d’exploration. L’OPEP, a pour longtemps, perdu le pouvoir qui avait été le sien depuis quarante ans.

Un prix modéré des hydrocarbures est donc garanti pour les décennies à venir. Comment concilier cette situation nouvelle avec l’exigence climatique ? De deux façons. D’abord, les Etats peuvent compenser la baisse des cours par une taxation accrue de l’utilisation du pétrole. A un moment où les dettes publiques sont unanimement considérées comme excessives et dangereuses, il y a là une manière de les réduire ou, à tout le moins de freiner leur progression. C’est précisément quand les cours du pétrole sont bas qu’il faut agir, puisque cette baisse contrarie l’évolution des comportements vers une attitude plus respectueuse de l’environnement. Il convient donc de neutraliser les effets « tombés du ciel » de la nouvelle abondance des hydrocarbures, pour maintenir la pression sur les consommateurs et sur les constructeurs automobiles pour qu’ils ne relâchent pas leurs efforts dans la mise au point de véhicules moins gourmands. A cet égard, la position de la France sur le diesel est incompréhensible et l’avantage fiscal dont il bénéficie est une incitation à polluer, dangereuse en outre pour la santé publique. Il en va de même pour l’habitat et l’isolation des bâtiments. La baisse des prix du chauffage au fuel, et dans une moindre mesure, au gaz est aussi une incitation à différer les investissements nécessaires pour réduire les consommations. Il est donc important de la neutraliser, au moins en partie, par la taxation.

Mais ce nouveau contexte, et il sera durable, n’est pas forcément défavorable à la réalisation des objectifs figurant dans l’Accord sur le climat car la principale source d’émission de CO2 et de pollutions locales, est la combustion du charbon. Or la révolution du gaz de schiste a eu pour première conséquence de faire baisser le prix du gaz naturel et de le rendre compétitif pour la production d’électricité. Dans de nombreux pays, à commencer par les Etats-Unis, on commence à observer une baisse significative des émissions de ce fait. La Chine emprunte aussi cette voie et l’Inde y réfléchit. Malheureusement l’Europe tarde à s’engager du fait du blocage de l’Allemagne et de la Pologne. L’alibi constitué par les investissements dans les énergies solaires et éoliennes ne doit pas faire illusion. Ces processus sont intermittents et de ce fait nécessitent des capacités trois à six fois supérieures aux formes conventionnelles de production. Il n’y a, si l’on excepte l’hydroélectricité, mais les sites sont déjà équipés en Europe, que deux formes de production non intermittentes, le nucléaire et le thermique. Pour la production thermique, le gaz naturel a un avantage indiscutable. A la France, qui a des atouts technologiques et une expérience en matière de transport, de stockage et de distribution de les faire valoir en Europe et de les exporter dans le monde entier.