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Le blog d'Alain Boublil

 

L'énergie et la politique

Pendant longtemps, la politique énergétique des pays a été dictée par des considérations stratégiques ou économiques: exploiter au mieux ses ressources naturelles pour ceux qui en étaient dotés, assurer la sécurité des approvisionnements, favoriser le développement de filières industrielles apportant une certaine indépendance avec l’emploi et les exportations qui allaient avec. Cette époque semble révolue dans certains pays, comme en Allemagne et en France, où les « tournants » dans la politique de l’énergie, ont été largement influencés par des considérations politiciennes.

La CDU d’Angela Merkel est bien moins forte qu’on ne le croit généralement. Elle gouverne grâce à une alliance avec la CSU bavaroise mais ce ne fut pas suffisant lors du dernier scrutin, puisqu’il a fallu en plus former avec le SPD, une « grande coalition ». Elle ne conserve son rôle central dans la vie politique allemande que grâce au soutien électoral des länder de l’ancienne Allemagne de l’Est. Ces territoires, au moment de l’unification, perdirent leur base industrielle, incapable de rivaliser avec les groupes de l’Ouest, ce qui provoqua un chômage massif. Leur dernière richesse,  C'était l’exploitation de leurs gisements considérables de lignite.

Pour garder le soutien de ces régions, Angela Merkel procéda à un virage énergétique majeur, l’« Energiewende », en programmant la fin de la production nucléaire et en lançant un programme massif d’investissements dans les énergies renouvelables. Les conséquences industrielles étaient mineures car l’industrie nucléaire allemande, Siemens en l’occurrence, avait finalement renoncé et revendu sa participation minoritaire à Areva. En revanche le groupe était bien placé dans les turbines qui équipent les éoliennes et surtout dans les centrales à gaz et à charbon.

Les énergies renouvelables sont par définition localisées dans les zones où il y a du vent ou du soleil, lesquelles ne sont pas forcément celles où les besoins en électricité sont les plus importants. Il faut donc acheminer l'électricité. Surtout, elles sont intermittentes. Quand il n’y a ni vent ni soleil, il faut bien de l’énergie. Le nucléaire étant en voie d’abandon, ce seront donc les centrales à gaz et surtout à charbon qui tourneront à plein. Le tour était joué. Sur le plan international, l’Allemagne était félicitée pour ses investissements dans les énergies renouvelables. Son industrie n’était pas pénalisée et les mineurs est-allemands continueraient donc à apporter leurs voix à la CDU, qui avait ainsi toutes chances de se maintenir au pouvoir.

Les consommateurs allemands, mais pas les entreprises, paieraient leur électricité plus chère mais on leur expliqua, avec succès, que c’était leur contribution pour « sauver la planète ». La réalité est tout autre. Du fait du recours massif aux centrales à charbon et pire au lignite, l’Allemagne, dans l’indifférence générale, est devenue le mauvais élève de l’Europe. Elle émet plus de 9 tonnes de CO2 par habitant contre environ 5 tonnes en France. Elle n’atteindra pas les objectifs européens de réduction à l’horizon 2020 malgré le choix d’une base de référence (1990) remontant à la pire époque, en termes de pollution, de l’Allemagne de l’Est. Deux secteurs sont en cause : la circulation automobile, l’affaire Volkswagen n’est pas un hasard, et surtout la production d’électricité avec 42,2% à partir de la houille et du lignite.   Malgré leur montée en puissance, l’éolien et le solaire  n’ont produit que 75 TWh d’électricité en 2015. Intervenant à des moments où on en n’avait pas besoin, l’été en particulier, cette production s’est déversée sur les réseaux européens et fait chuter les prix. La passivité de Bruxelles à cet égard, mérite d’être notée, autant sur les normes d’émission des véhicules que sur l’évolution du prix du carbone, qui aurait pénalisé l’usage des énergies fossiles ou encore les aides d’Etat.  Cette passivité est en contradiction avec les objectifs environnementaux et avec les règles de la concurrence, sujets sur lesquels la Commission, se montre souvent sourcilleuse, surtout quand les intérêts de l’industrie allemande, sont menacés.

La France n’a pas été en reste en matière de  politisation de la politique de l’énergie. Le Parti Socialiste, avant les élections de 2012, avait passé un accord électoral avec les Verts très défavorable à la production nucléaire. Il s’inscrivait dans une évolution politique récente. Alors que l’essentiel du parc de production avait été construit, sans difficulté particulière durant les deux septennats de François Mitterrand, le gouvernement de Lionel Jospin, entre 1997 et 2002, ne donna pas son feu vert à la construction d’un premier EPR, ce qui a conduit à la fâcheuse aventure finlandaise, une commande étant nécessaire pour maintenir un minimum de compétences dans le secteur. La loi de transition énergétique,  se situe dans cette continuité idéologique en imposant des objectifs irréalistes de réduction de la production à l’horizon 2025 et a envoyé un signal préjudiciable à nos intérêts industriels, donc aux  objectifs de croissance et d’emploi.

Pire, l’idée suivant laquelle les énergies renouvelables constituaient une alternative, a entrainé un gaspillage massif de moyens financiers mis à la charge des ménages par le biais des augmentations répétées de la taxe sur l’électricité. En 2015, et malgré des conditions météorologiques favorables, l’éolien et le solaire n’ont représenté qu’à peine 30 TWh sur une production totale d’électricité de près de 500 TWh. Les annonces relatives aux installations mises en service  ne doivent pas faire illusion. Un GW de capacité dans le nucléaire permet de produire en une année en moyenne 7 TWh d’électricité. Pour l’éolien, c’est 2 TWh et pour le solaire seulement 1TWh. Si, comme en Allemagne, on persévère pour des raisons politiques, à limiter la part du nucléaire, cela se traduira par un recours massif aux centrales à charbon et au gaz. Les émissions de CO2 de la France repartiront de l’avant. Ce serait un comble si on sait que les Etats-Unis et la Chine, ont entamé un mouvement inverse en réduisant la part du charbon dans leur mix énergétique, ce qui n’a pas été étranger à leur adhésion aux objectifs de la COP 21 et au succès, au moins diplomatique, de celle-ci. En revanche, à la différence de l’Allemagne, ce « tournant énergétique » français n’a en rien profité à notre industrie car les investissements profitent surtout aux entreprises chinoises, allemandes ou danoises.

Le moment est peut-être venu de dresser un bilan de cette  politisation, en France comme en Allemagne. Sur le plan des émissions de CO2, le résultat est doublement décevant. Nos deux pays pèsent peu et leur évolution, à moins d’une révolution technologique qu’on ne voit pas venir, ne change rien aux défis du réchauffement de la planète. On a beau manipuler les paramètres ou choisir habilement les points de référence, personne n’est dupe.

Les coûts de ces choix politiciens sont en revanche considérables. En Allemagne, ce sont les ménages qui les subissent. En revanche, l’industrie allemande en a plutôt profité. En France, c’est le contraire. Il suffit de voir dans quel état se trouve Areva. Et Alstom, faute de soutien en France –ce n’est pas la seule raison mais elle a forcément compté-, a du céder ses activités dans l’énergie à General Electric. L’autre victime, même si Engie n’a pas été épargné, c’est EDF dont la valeur boursière a été divisée par deux depuis l’adoption de la loi sur la transition énergétique. L’Etat étant actionnaire à 84%, la valeur de sa participation a été amputée de près de 20 milliards d’euros.   

Il n’est donc pas illégitime de s’interroger sur le bien-fondé de telles intrusions purement politiciennes dans une activité aussi stratégique et les mettre en face de leurs coûts, qui sont supportés par les entreprises et les familles.