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Le blog d'Alain Boublil

 

Croissance française en 2015 : un succès ou un échec ?

La satisfaction exprimée par le gouvernement en Conseil des ministres après la publication de la première estimation de la croissance au 4ème trimestre (0,2%) et du résultat annuel (+1,1%)  n’est pas justifiée. Et les commentaires qui l’ont accompagné embellissent la réalité sans être très convainquant car tout dépend du point de comparaison. Le résultat est meilleur qu’en 2014 (+0,2%), mais ce n’est pas très difficile. En revanche, nos grands concurrents font nettement mieux, les Etats-Unis et l’Angleterre, tous deux autour de 2,5%, et l’Allemagne (+1,7%). Pendant près de vingt ans, après la réunification, la France a eu une croissance supérieure à celle de notre voisin d’Outre-Rhin. C’est fini. Notre pays se situait en bonne place au sein de la zone euro. C’est aussi terminé. Il n‘est donc pas inutile de se demander pourquoi.

Depuis quatre ans, la France connait une stagnation économique sans précédent : 0,2% en 2012, 0,7% en 2013, à nouveau 0,2% en 2014 et enfin 1,1% l’an dernier. Ce chiffre provisoire est à prendre avec précaution car il résulte en partie d’un gonflement des stocks, qui pèsera sur l’année 2016. Depuis quatre ans, l’économie française n’a cru que d’environ 0,5% par an. Autant dire qu’elle a stagné, ce qui explique la très forte hausse du chômage malgré un contexte international qui aurait pu et du engendrer mécaniquement des résultats plus favorables. Ni la baisse des prix des matières premières importées, ni celles de l’euro et des taux d’intérêt  n’ont conduit à une réelle reprise économique en France, à la différence de la plupart des autres pays.

L’année 2016 ne s’annonce pas meilleure car la hausse –bien faible- de l’activité l’an dernier a été concentrée sur le premier trimestre (+0,7%) et l’économie est en quasi stagnation depuis, contrairement aux affirmations du gouvernement. L'acquis de croissance pour cet année est donc faible. Et si la consommation des ménages s’est accrue en fin d’année, cela a d’abord profité aux importations de véhicules et de fuel domestique, les familles voulant profiter de la baisse des cours pétroliers en anticipant leurs achats. Pour la deuxième année consécutive, la contribution du commerce extérieur à la croissance a été négative. Hors énergie, le solde extérieur s’est dégradé en 2015 alors que la politique visant à reconstituer les marges des entreprises et la baisse souhaitée de l’euro avaient l’objectif inverse. Il n’y a donc eu aucune amélioration de notre « compétitivité » si l’on mesure celle-ci par l'évolution de la balance commerciale.

Ces piètres résultats tiennent pour une bonne part à la politique économique qui a été conduite depuis quatre ans et aux hypothèses, qui se sont révélé fausses, sur le comportement  des agents économiques face à ces orientations. Les données fiscales et l’évolution des patrimoines des Français sont très instructives. Les recettes, nettes des dégrèvements, de la fiscalité directe sur les ménages ont augmenté entre 2011 et 2015 de 20 milliards. Cumulée sur les quatre exercices la ponction supplémentaire a atteint 68 milliards. La TVA a rapporté 10 milliards de plus en 2015 qu’en 2011, soit, toujours sur quatre ans une charge supplémentaire de 22 milliards. Ajouté aux prélèvements directs, la facture fiscale s’est élevée à 88 milliards. Pendant ce temps-là, le pouvoir d’achat augmentait peu, les prestations sociales et notamment les allocations familiales étaient amputées ou fiscalisées et les retraites gelées. Il était même décidé de ne plus verser les retraites complémentaires en début de trimestre mais au début de chaque mois ce qui allait affecter le comportement de 8 millions de retraités.

Un cercle vicieux s’est ainsi enclenché à partir du deuxième semestre 2012. La consommation stagnait du fait  de la hausse de la pression fiscale, ce qui pesait sur l’activité, et sur les entreprises qui n’embauchaient plus quand elles ne procédaient pas à des licenciements. Face à la hausse du chômage qui s’amplifiait, les ménages perdaient confiance et hésitaient encore plus à consommer ou à acquérir un logement, ce qui créa la chute du secteur de la construction, aggravée, il est vrai, par les débats sans fin autour d’une nouvelle loi censée réformer le secteur mais qui pénalisait les propriétaires. Ceux qui disposaient de ressources disponibles préférèrent alors épargner. On en trouve la trace dans l’évolution des patrimoines. Entre 2011 et 2014, derniers chiffres connus, les ménages ont accru leur richesse nette des emprunts, de 270 milliards. Mais cet accroissement résulte essentiellement de leurs patrimoines financiers.

La valeur de leur patrimoine immobilier s'est réduite d’environ 200 milliards, du fait de la baisse des prix qui n’a pas été compensée par des constructions nouvelles. L’endettement, des ménages, majoritairement consacré à des acquisitions de logements ou à des travaux de rénovation, est resté stable. En revanche les patrimoines financiers se sont accrus d’ environ de 120 milliards par an sous l’effet conjugué de la hausse de la bourse et surtout de l’augmentation de l’épargne financière qui a même atteint un record au 1er semestre 2015 avec 6,4% de leur revenu disponible brut, contre 6% en 2014 et 5,8% en 2013. La réponse des ménages à la stagnation économique a donc été une thésaurisation sans précédent.    

 Le gouvernement s’est ainsi placé dans la situation paradoxale suivante : pour rétablir les comptes publics et améliorer la compétitivité des entreprises, il a provoqué la stagnation économique qui rendait la réalisation de ses objectifs impossible. En réponse, les ménages ont constitué  une épargne financière surabondante au regard du besoin de financement des déficits publics.

Les hausses d’impôt, en 2012, n’ont certes pas toutes été décidées par la majorité actuelle. Mais le nouveau gouvernement les a amplifiées et a poursuivi dans cette direction jusqu’à l’été 2015. Le raisonnement d’alors était qu’il fallait en même temps réduire les déficits publics, pour satisfaire les engagements européens et redonner des marges aux entreprises pour que celles-ci investissent et embauchent. C’est ce que l’on a appelé alors la politique de l’offre. Malheureusement, l’échec est patent sur les deux tableaux car les agents économiques n’ont pas réagi comme on le croyait, les ménages se mettant à thésauriser et les entreprises à attendre des jours meilleurs. L’objectif n’a pas non plus été atteint pour les comptes publics qui ne se sont pas redressés de façon significative. Le déficit dépassait encore 4% en 2014 et est resté largement au dessus de 3% en 2015. Et le chômage a explosé.

La France, jusqu’à présent, n’a pas su profiter de l’environnement favorable créé par la baisse des cours des matières premières, à la différence de ce qui s’était produit en 1986 et en 1997. Nos grandes entreprises, dont certaines avaient massivement délocalisé leur production avec l’accord tacite de l’Etat comme chez Renault, n’ont pas davantage profité de la baisse de l’euro pour regagner des parts de marché. Hors énergie, notre commerce extérieur s’est à nouveau dégradé. Enfin l’Etat n’a pas su ou n’a pas voulu répercuter dans ses comptes les considérables économies budgétaires que la BCE lui offrait en baissant durablement et de façon substantielle, les taux d’intérêt. Cela lui aurait pourtant permis d’atteindre les objectifs de réduction des déficits imposés par les traités européens bien plus vite ou, mieux, d’alléger la pression fiscale sur les ménages qui a constitué, depuis quatre ans le principal obstacle à une vrai reprise de l’activité.

Il n’est jamais trop tard pour reconnaître ses erreurs mais le temps presse. A défaut, 2016 ne répondra pas aux attentes malgré une situation qui ne tient en rien à la stratégie économique suivie : c’est une année bissextile et trois jours fériés tombent un dimanche. Cela fera quatre jours travaillés en plus et autant de « ponts » en moins…