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Le blog d'Alain Boublil

 

Europe : la vraie solution

2016 sera, pour l’Europe, une année critique, mais pas pour les raisons que l’on croit. Une sortie du Royaume-Uni est peu vraisemblable. Une chose est de jouer avec l’idée dans un sondage ou à la chambre des Communes, pour manifester son mécontentement, une autre est de risquer de déstabiliser l’économie de son pays. La City dépend de l’implantation des banques internationales et nombre d’entreprises non européennes ont choisi l’Angleterre comme point d’entrée en Europe. Le financement de ses déficits repose sur les investisseurs étrangers. Les électeurs commencent à en être conscients. Le Premier Ministre Cameron le sait. Mais en agitant cette menace, il aura obtenu des concessions de Bruxelles et réussi une brillante opération de politique intérieure. 

La résurgence d’une crise dans la zone euro est également peu probable. La BCE dispose désormais des moyens d’atténuer les tensions sur les marchés des dettes souveraines et même la Grèce aura fini par rentrer dans le rang. L’Allemagne continuera de se plaindre et de hausser le ton pour rappeler à l’ordre les pays qui ne respectent pas les principes budgétaires et fiscaux qu’elle a imposé durant la crise, en 2012, tandis que la France jonglera avec les statistiques pour expliquer qu’elle va revenir à un déficit de 3% sans jamais y parvenir. Et toutes les excuses seront bonnes, crise des migrants ou menaces sur la sécurité, pour repousser l’échéance. A politiques inchangées l’Europe est condamnée à une croissance médiocre. Les conditions sont réunies pour que la désaffection qui la frappe, s’amplifie. Alors, que faire ?

Le mal vient des règles adoptées au moment de la création de la zone euro et qui ont été durcies avec la crise de l’euro. Elles ne régissent que les Etats membres mais leur poids affecte  tout le continent. Plutôt que de réclamer des « réformes structurelles », que personne ne détaille, il vaudrait mieux s’attaquer à des principes qui ont fait la preuve de leur inefficacité. Ainsi, jusqu’à la crise de 2008, les deux meilleurs élèves, selon ces règles, l’Espagne et l’Irlande, furent ceux qui ont été frappés le plus durement. En se concentrant sur les dettes publiques, les auteurs des traités européens, avaient oublié qu’il existait aussi des dettes privées. A l’inverse, les Etats-Unis et l’Angleterre sont sortis de la crise plus vite que les autres, tout en ayant des déficits publics largement supérieurs à 3% de leur PIB.  

L’économie est différente de la médecine. Le corps humain change peu et les remèdes ne deviennent pas obsolètes en quelques années. Le monde, lui, change tout le temps. Les échanges de biens, de services et de capitaux en sont affectés comme les comportements des acteurs. C’est bien pour cela que la médecine est une science à la différence de l’économie. Le monde de 2015 n’a plus rien à voir avec le monde de 1990. Ceux qui élaborèrent les traités avaient été initiés à l’économie par des professeurs s’inspirant des modèles et des théories de l’après-guerre. Tout a changé. Ce qui était sage est devenu inefficace et même imprudent. La crise de 2007 ne fut pas prévue parce que ses causes ne figuraient pas dans les manuels d’économie.

Les règles de la zone euro avaient pour objet de prévenir le risque inflationniste, hantise de l’Allemagne, en raison de sa propre histoire. La BCE était indépendante et devait veiller, par sa politique à ce que la hausse des prix ne dépasse pas 2%. Pour éviter que le dérapage des finances publiques, en soutenant de façon inconsidérée la demande, n’engendre l’inflation, le déficit annuel était fixé à 3% et son accumulation plafonnée à 60% du PIB. Ces règles étaient les mêmes pour tout le monde. Elles furent impuissantes à prévenir la quasi-faillite des systèmes bancaires espagnols et irlandais et le dérapage grec dont la situation financière avait été assez grossièrement dissimulée.  

L’objet de ces règles fut alors détourné. Il ne s’agissait plus de se prémunir contre le risque inflationniste mais de protéger les intérêts des  « Etats vertueux » qui n’avaient pas à payer les erreurs de dirigeants irresponsables. Elles furent durcies, pour cette raison en 2012 et revêtent aujourd’hui un caractère politique car le risque inflationniste a disparu. Mais leur application a de graves conséquences avec une stagnation économique et un niveau de chômage sans précédent  qui contribuent à la désaffection des peuples vis-à-vis du projet européen qui se manifeste à chaque élection.

La BCE en est même venu à se fixer comme objectif de faire remonter jusqu’à 2% le taux d’inflation. C’est le monde à l’envers. Elle n’y parviendra pas : la concurrence entre les entreprises, les gains de productivité consécutifs aux innovations et l’abondance des matières premières imposent la stabilité voire la baisse des prix. La création monétaire n’y peut rien. Cela fait vingt ans que le Japon s’y emploie sans résultat. En revanche ces politiques peuvent provoquer des turbulences sur les marchés financiers qui ne seront pas sans inconvénients.  

La seule arme qui restait aux gouvernements après la Grande Récession de 2009, c’était le maniement de la dépense publique. Les règles européennes en ont limité la portée. Pour compenser les effets négatifs de cette situation, la BCE s’est lancé dans une politique monétaire non conventionnelle sans résultat. La zone euro est devenue, avec le Japon,  la lanterne rouge de la croissance mondiale. Le retour à l’équilibre budgétaire dans un contexte déflationniste est presque impossible, sauf caractéristiques structurelles très particulières. La stagnation pèse plus lourd sur les recettes que les économies budgétaires ne contribuent à  faire baisser les dépenses.

Ces exigences sont d’autant plus critiquables qu’il n’existe pas de risque global associé au déséquilibre des comptes publics. La zone euro a un excédent massif de ses comptes courants, elle ne dépend donc pas de l’extérieur pour se financer et les deux principaux pays qui ont été contraints à la rigueur budgétaire, la France et l’Italie ont des taux d’épargne financière de leurs ménages, largement suffisant pour couvrir leurs déficits. Ces règles sont inadaptées car les caractéristiques de chaque pays, sa démographie mais aussi l’engagement diplomatique avec les dépenses militaires qui en découlent, varient d’un pays à l’autre. Il est facile d’apparaître vertueux quand la natalité est tellement faible que la population diminue et que le principal poste de dépenses publiques, l’éducation, baisse. On peut en dire autant des dépenses militaires. L’écart chaque année entre la France et l’Allemagne est de l’ordre de 1% du PIB. Cela explique la différence d’endettement de l’ordre de 20 points entre nos deux pays.

Les règles financières qui régissent la zone euro doivent donc être assouplies si l’on veut que la croissance redémarre en Europe. L’Allemagne et ses alliés traditionnels, la Hollande et la Finlande, s’y opposeront. Mais il n’est pas sûr qu’ils puissent tenir cette ligne très longtemps car il en va aussi de leur intérêt. La stagnation européenne et les difficultés des pays émergents vont peser sur leur industrie. La menace se précise sur leurs systèmes de retraite qui reposent sur les revenus de leurs fonds de pension. La persistance de taux d’intérêt aussi bas va les rendre lourdement déficitaires.    

 Des politiques budgétaires et monétaires contradictoires ne pourront donc pas éternellement coexister. Dès lors, pourquoi attendre ? La seule solution est de réviser les normes budgétaires et surtout de les adapter en tenant compte des différences structurelles entre les pays. Il en va de la survie du projet européen.