Vous n’êtes pas encore inscrit au service newsletter ?

Inscription

Se connecter

Mot de passe oublié? Réinitialiser!

×

AB 2000 Site d'analyse

Le blog d'Alain Boublil

 

France : la croissance molle

La publication des derniers chiffres sur l’économie française, qui reflètent une très faible croissance au deuxième trimestre, devrait être confirmée par la révélation, vendredi, de la première estimation du PIB. Mais les analyses seront biaisées à plus d’un titre.

D’abord le rebond du premier trimestre était artificiel, puisqu’il résultait essentiellement de la reconstitution des stocks, laquelle compensait la piètre performance de notre commerce extérieur. On devrait donc assister au phénomène inverse avec une croissance réelle des exportations, comme en témoigne le chiffre record du mois de juin, probablement dopé par les premières livraisons de Rafale, et une contribution négative des stocks. La demande intérieure devrait, au contraire, continuer de stagner :très faible hausse de la consommation et poursuite de la baisse des investissements. En particulier, la construction de logements poursuit son repli, le rebond observé sur le secteur social ne compense toujours pas le recul de la demande privée,.Les ménages, malgré la baisse historique des taux d’intérêt ,préférent l’épargne financière,  comme en témoignent la collecte très élevée de l'assurance-vie au premier semestre, à l’acquisition d’un logement, qui nécessiterait un recours à l’endettement, lequel fait peur, dans le climat d’incertitude sur l’emploi qui domine. Quant aux entreprises, elles n’anticipent pas la reprise, leur vocation est de l’accompagner, tant au niveau du recrutement que de l’augmentation éventuelle de leurs capacités de production. Il n'y a donc pas beaucoup de progrès à attendre de ce côté-là

Les analyses sont aussi biaisées par les écarts très faibles d’une année sur l’autre : 0,2% sur un an, cela représente moins de 5 milliards d’euros pour une économie dont la taille dépasse les 2100 milliards. On est loin d’atteindre une telle précision, surtout que notre appareil statistique est frappé d’une succession de bugs inquiétants. Après la révision des statistiques de la construction, qui a fait apparaître des dizaines de milliers de logements dont on ne sait toujours pas d’où ils sortaient et les modifications dans le recensement des demandeurs d’emplois, voilà qu’on nous annonce qu’on avait « oublié » 2,4 milliards d’euros d’importations en 2014, qui gonfleront le déficit commercial d’autant et réduiront la croissance réelle de l’économie en 2014.

Le profil de l'année 2015 devrait donc se présenter, trimestre après trimestre, sous la forme d'un ralentissement après le sursaut artificiel du début de l'année. Les trimestres s'enchaîneront avec une demande intérieure stagnante, la faible hausse de la consommation compensant la poursuite de la baisse des investissement, et le résultat final traduisant les fluctuations des stocks et le conclusion, ou non, de grands contrats d'armement.

La France connaîtra donc en 2015 une quatrième année de quasi-stagnation, ce qui est sans précédent et qui tranche, tant avec nos voisins de la zone euro qu’avec les Etats-Unis et le Royaume Uni, pour ne rien dire des pays émergents. Certes la France a connu une baisse d’activité bien plus faible que les autres pays, comme l’Allemagne ou l’Espagne et on doit en tenir compte dans les comparaisons internationales. Mais ce n’est pas une raison, et ce d’autant que l’environnement international n’a jamais été aussi favorable depuis la période 1998-2000, qui connaissait, comme aujourd’hui, un euro faible et un prix du baril retombé au niveau d’avant les chocs pétroliers.

L’examen de la situation budgétaire de l’Etat à fin juin fournit une première explication. La réduction du déficit est très faible, et même inférieure aux économies faites sur la charge de la dette publique, telle qu’elle figurait dans la loi de finances. Les recettes de TVA stagnent, et baissent même en juin, par rapport à juin 2014. Le rendement de l’impôt sur les sociétés s’effondre, à la suite des différents dispositifs adoptés par le gouvernement (CICE, Crédit Impôt-recherche déplafonné) alors que le prélèvement direct sur les ménages augmente fortement, contrairement à ce qu’on voudrait faire croire : hausse de 1,4 milliard du rendement de l’impôt sur le revenu et de 20%, soit près de 2 milliards, des « autres prélèvements directs (ISF, succession, enregistrement, etc…) », lesquels comportent aussi les fruits de la « régularisation fiscale ». 

L’impact des politiques publiques, stagnation des dépenses et transfert des ménages vers les entreprises n’a donc eu, bien au contraire, aucun effet positif sur la croissance. Comme ces choix politiques sont appelés à perdurer, il n’y aucune raison d’espérer un véritable retour de la croissance en France. Cela aura inévitablement des conséquences sur l'emploi.