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Le blog d'Alain Boublil

 

France : enfin la reprise ?

La rafale de bons chiffres depuis deux semaines, sur l’emploi, avec la stabilité des effectifs salariés au 4ème trimestre, la balance des paiements proche de l’équilibre en janvier, sur la consommation, le budget et la production industrielle, signifie-t-elle qu’enfin, après deux ans de stagnation, l’économie française serait repartie du bon pied ? « La reprise est là », a déclaré le Président de la République. Qu’en est-il vraiment ?

Avec 37,2 milliards d’euros en moyenne sur les trois derniers mois, nos exportations atteignent un niveau record. A l’inverse, ce qui est bon pour notre balance commerciale, les importations sont orientées à la baisse. Mais cette tendance ne devrait pas se poursuivre, car les cours du pétrole ont atteint, semble-t-il, un plancher, et surtout la chute de l’euro va mécaniquement renchérir l’ensemble de nos achats en dehors de la zone, ce qui fera perdre à la France une bonne partie des avantages nés du « contre-choc pétrolier ». Heureusement que nos exportations d’électricité continuent, grâce au nucléaire de battre des records…Leur apport au solde extérieur a dépassé celui de l’industrie pharmaceutique en 2014, et, ce alors que les prix de l’électricité sont déprimés en Europe.

La baisse du nombre de chômeurs « à temps plein » est aussi une bonne nouvelle et d’abord pour ceux qui ont retrouvé un emploi. de même que la stabilité des effectifs salariés au 4ème trimestre, après trois trimestres de baisse. L’INSEE a bservé en outre une hausse des emplois intérimaires (+4,7%), ce qui est souvent le signe annonciateur de futurs recrutements en CDD, voire en CDI, les chefs d’entreprises ayant à faire face à un afflux de commandes.  Mais il est trop tôt pour en conclure qu’un mouvement de fond est engagé. Il faudra plus de temps pour mesurer la solidité de la tendance qui se dégage.

Les derniers chiffres de l’exécution budgétaire et de la gestion de la dette publique sont en revanche bien plus intéressants, et pas seulement du point de vue des discussions avec Bruxelles. Les recettes de TVA ont bondi en janvier, +7% à périmètre inchangé par rapport à l’an dernier, qui avait pourtant vu l’entrée en vigueur des nouveaux taux de TVA. Surtout, les rentrées sont en hausse de 33% par rapport à la moyenne du trimestre précédent. Même si l’on ne peut exclure des recettes exceptionnelles, par exemple au titre de la lutte contre la fraude fiscale, ce chiffre montre que la demande à la fin de l’an dernier, était bien en train de redémarrer. L’intérêt de ces indicateurs est qu’ils ne sont pas corrigés des variations saisonnières ou du nombre de jours ouvrables. Ces « corrections » avaient un sens  quand la croissance était forte car elles n’intervenaient qu’à la marge. Aujourd’hui,  ils peuvent induire en erreur car on discute sur des décimales et les fluctuations climatiques, au contraire, sont plus violentes et surtout imprévisibles. Ainsi la production industrielle de ces derniers mois est, malgré les corrections, bien plus influencée par la fin d’un automne anormalement doux que par la satisfaction des demandes intérieures et extérieures. 

Du côté de la gestion de la dette publique, les indications sont aussi spectaculaires. Contredisant les prévisions de taux et d’inflation associées au budget de l’Etat, la France a emprunté à des taux négatifs pour les échéances à court terme depuis le début de l’année et bénéficié de taux très faibles pour les émissions à moyen et long terme. La politique mise en œuvre par la BCE garantit la persistance de cette situation, au moins jusqu’à l’automne 2016.   La charge de la dette  baissera en 2015 comme en 2014 et dans les prochaines années contrairement à ce qui figure dans la loi de programmation des finances publiques. Malgré une économie constatée de 3,5 milliards en 2014, la loi prévoyait une charge de la dette pour 2015 en hausse à 44,3 milliards et une « explosion  en 2016 et 2017 : respectivement 47,7 et 50,1 milliards. C’est absurde car la baisse des taux va justement produire son plein effet au cours de ces exercices au fur et à mesure que les nouvelles émissions remplaceront les titres émis à des conditions trois à quatre fois plus élevées.

Mais il y a un hic : l’Agence France Trésor continue à proposer aux investisseurs des taux très  supérieurs et empoche la différence sous forme de primes d’émission, qui ne sont en réalité que les intérêts que le souscripteur verse par avance à l’Etat français, à charge à lui de les lui restituer tout au long de la durée de l’emprunt. Depuis le début de l’année, ces primes ont atteint le niveau record de 6,6 milliards d’euros et de 1,95 milliard pour la seule émission du 5 mars, et ce avant que la BCE n’entame son programme de rachat de dettes souveraines. Et le taux à dix ans est descendu aujourd’hui en dessous de 0,6%. La France payait 5% il n’y a pas si longtemps.

Environnement international plus favorable, solidité de nos exportations, stabilité des prix, retour d’un peu de confiance chez les consommateurs qui recommencent à dépenser  avec la réduction de leurs factures d'énergie (climat, prix du pétrole). Et on pourrait ajouter épargne financière abondante, stimulée par la hausse de la bourse, qui ne cherche qu’à revenir dans le circuit économique, dès lors qu’un minimum d’optimisme est revenu. L’amorce d’une reprise est donc une hypothèse crédible. Mais à une condition : que l’Etat n’en profite pas pour casser le mouvement comme il l’a fait à l’automne 2013.      

Souvenons nous, ce n’était pas si loin : une rafale de hausses d’impôt pour financer le CICE puis le pacte de responsabilité qui s’annonçait et réduire le déficit budgétaire (objectif qui ne sera d’ailleurs pas atteint), le tout assorti du gel des salaires publics, des retraites et du SMIC (pas de coup de pouce). Et pourtant c’était bien parti, la courbe du chômage était en train de s’inverser, pour la première fois depuis longtemps, les effectifs salariés étaient en hausse, la TVA rentrait mieux. Cela n’a pas duré.

 Si l’Etat tire le plein avantage de la baisse des taux d’intérêt sur le plan budgétaire, notamment dans ses discussions avec Bruxelles, et s’il favorise la transmission de cette baisse aux agents économiques, alors la reprise peut  même s’accélérer. Si l'Etat cesse de stigmatiser les salariés à cause de leur coût, au moment où il déclare qu'il "aime les entreprises", il rétablira un peu de la confiance politique qu'il a perdue.

Si l’Etat ne refait pas les mêmes erreurs qu’il y a deux ans, si l’on cesse de s’attaquer à tout ce qui marche bien, le TGV, malgré le trop grand nombre de dessertes locales, les autoroutes, qui ont le mérite de faire financer les investissements par les millions de touristes et par les transporteurs étrangers qui les empruntent et l’énergie nucléaire, qui assure à un coût le plus faible d’Europe la sécurité des approvisionnements de notre pays, alors, oui, la reprise a une chance de déboucher sur une croissance durable.

Si l’Etat ne cède plus devant les bloqueurs, qui paralysent l’investissement, qu’il s’agisse d’infrastructures, grandes ou petites, ou de logements sociaux, s’il cesse de laisser le Parlement, alourdir à plaisir le code général des Impôts et pondre des textes de plusieurs centaines de pages  souvent inapplicables ou dont l’application bloquerait toute initiative économique le temps d’avoir compris de quoi il s’agissait, sous couvert, c’est un comble de « libération de la croissance », alors, oui, le climat économique changera et la croissance s’installera à un niveau susceptible d’inverser la courbe du chômage.