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Le blog d'Alain Boublil

 

4,5% : la croissance chinoise résiste

Le Bureau National des statistiques chinois a publié les résultats de l’économie au 3ème trimestre. Sur un an, la croissance a été de 4,5% et, par rapport au trimestre précédent, de 1,2%. L’objectif officiel pour l’année se situe dans la fourchette entre 4,5 et 5% et il a toutes chances d’être atteint. Ces chiffres peuvent paraître faibles par rapport aux performances passées, notamment avant l’épidémie du Covid-19 mais la taille de l’économie chinoise est bien supérieure et l’augmentation en valeur absolue de l’activité reste très significative.

La Chine résiste donc bien malgré un environnement international très défavorable avec la hausse des prix des énergies fossiles, la stagnation en Europe qui a longtemps constitué un marché essentiel pour ses entreprises et les hausses de droits de douane décidées par le président américain. Mais le moteur de sa croissance n’est plus le même. La demande intérieure reste décevante. La consommation des ménages en biens n’a progressé sur un an que de 1,1% sur un an quand celle des services augmentait de 5% et l’investissement a chuté de 7,2%, largement en raison des conséquences de la profonde crise immobilière qui est encore loin d’être terminée avec des ventes en chute de 13%.

La production industrielle, en revanche, poursuit sa forte progression avec +5,3% et même une accélération en septembre avec +5,5% sur un an. Elle est de plus en plus soutenue par les exportations et on s’attend à ce qu’un nouveau record d’excédent soit battu en 2026 avec plus de 1300 milliards de dollars avec en Septembre un solde de 133 milliards. L’interprétation négative de ces chiffres suivant laquelle ils seraient la conséquence d’une demande intérieure insuffisante ne doit pas être retenue. Il est indiscutable que le gouvernement chinois n’a pas réussi jusqu’à présent à relancer la demande intérieure. Mais les entreprises ne raisonnent pas de cette façon.

Les succès à l’exportation proviennent de la profonde transformation du modèle insustriel chinois. L’ère du pays « usine du monde » est révolue. Ses entreprises sont aujourd’hui capables, notamment dans les secteurs à haut contenu technologique, de rivaliser avec les meilleures. Le pays a formé des centaines de milliers d’ingénieurs et est devenu le numéro un mondial en dépôts de brevets. La région de Shenzhen est une nouvelle Californie. Ensuite l’industrie dispose d’un immense marché intérieur, ce qui est un puissant facteur de réduction de coûts. Les groupes chinois sont aujourd’hui capables de rivaliser avec les firmes dont ils avaient été longtemps de simples fournisseurs. Le cas de l’automobile est révélateur.

Le discours suivant lequel les succès à l’exportation seraient la conséquence de l’échec d’une politique économique n’arrivant pas à relancer la demande intérieure est fallacieux de même que la comparaison avec le Japon qui n’a pas réussi à surmonter sa propre crise immobilière durant les années 90 et stagne depuis. La Chine, elle, connait encore une croissance proche de 5%. Le seul point commun entre les deux géants asiatiques est la faible natalité que Pékin n’a pas réussi à redresser malgré la fin de la politique de l’enfant unique.

A la différence des pays occidentaux, l’inflation est restée inférieure à 1% cette année. Le gouvernement y voit la reconnaissance de son action. Le pays avait depuis longtemps constitué des stocks importants d’énergies fossiles, considérant qu’une crise interviendrait tôt ou tard. Face aux tensions sur les marchés, il a puisé dans ses réserves ce qui a permis aux entreprises de subir de hausses de coûts dans l’industrie bien plus faibles (2,3% sur un an) que leurs concurrents étrangers.  Cela, aussi, a contribué à la croissance des exportations.

L’intense activité diplomatique au service du développement du pays est une autre explication du succès des entreprises. Dans les années 90, le Japon n’avait jamais tenté d’accroître son influence politique et économique dans le monde pour soutenir sa croissance ne serait-ce que parce qu’il avait peu de chances d’y parvenir. Le souvenir de son rôle durant la deuxième guerre mondiale était présent et l’établissement de relations saines avec son voisin chinois ne figurait pas, et ne figure toujours, pas dans ses priorités.

Après les réformes engagées par Deng Xiao Peng dans les années 80 et 90 qui allaient générer l’essor économique du pays, une nouvelle ère s’est ouverte avec l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping. Le projet des Nouvelles Routes de la Soie, rebaptisé « Belt and Road Initiative » a été le point de départ de l’établissement de nouvelles relations avec des pays du monde entier, les voisins en Asie, puis l’Afrique et même maintenant l’Amérique latine. En finançant de vastes programmes d’infrastructures en les faisant souvent réaliser par ses entreprises, Pékin a créé des liens étroits avec ces pays ce qui a favorisé les exportations et même permis à des groupes chinois d’investir et de produire dans ces pays pour satisfaire leurs besoins et même de réexporter.

La création par la Chine ou sa participation à de nouvelles organisations internationales comme l’ASEAN, l’OPEC ou l’Organisation de Coopération de Shanghaï a encore accru son influence, détrônant les pays occidentaux du rôle qu’ils s’étaient assignés depuis plus d’un demi-siècle. Là aussi est la vraie source de l’exceptionnelle croissance du commerce extérieur chinois avec depuis le début de l’année une hausse des exportations et des importations avec ces pays de 19%.

La Chine veut enfin, ce qui est également favorable à sa croissance, jouer un rôle de stabilisateur de l’économie mondiale en cherchant à conclure avec chaque pays des accords où chacun serait gagnant. On voit là toute la différence avec l’attitude américaine basée sur le déclenchement en permanence de conflits commerciaux, quitte, après, à revenir en arrière en réduisant par exemple les droits de douane annoncés. Quand Donald Trump menace, Xi Jinping propose au contraire des solutions aux différents ou des projets communs où tout le monde serait gagnant, c’est la stratégie du « win-win ».

Le message de Pékin, à la différence de celui de la Maison Blanche, c’est qu’un système d’échanges multilatéraux stable et favorable à la croissance de tous est possible, qu’une sécurisation des chaînes d’approvisionnement est nécessaire et qu’on peut y parvenir à travers des négociations. Le grand paradoxe, c’est que la défense de la globalisation n’est plus la mission que se sont attribuées les nations historiquement capitalistes mais celle que la Chine s’est fixée comme priorité dans ses relations internationales, ce qui ne va pas empêcher son président de rencontrer pour la troisième fois cette année son homologue américain.

Le nouveau modèle chinois n’est plus seulement fondé sur la croissance de ses entreprises grâce à son vaste marché intérieur et ses efforts de recherche dans les nouvelles technologies et la conception de nouveaux produits ou de nouvelles techniques de production. Il repose, et il a pour cela le soutien de ses dirigeants, sur une redéfinition de la place de la Chine dans l’économie mondiale. Celle-ci contribue à atténuer les conséquences des tensions rencontrées mais elle ne se limite pas à cela. Elle perdurera même si les difficultés sont surmontées.

L’Europe n’a toujours pas compris la nature de cette transformation. Plutôt que d’imiter l’attitude protectrice américaine, il est urgent de trouver de nouveaux terrains de coopération. Plutôt que de disserter sur un ralentissement de la croissance chinoise ou de stigmatiser ses excédents commerciaux, le moment est venu de comprendre que l’économie mondiale évolue et que la Chine va y jouer un rôle croissant pour en tirer profit et non craindre d’en être victime.