Le Bureau national des Statistiques de Pékin vient de publier les chiffres du 2ème trimestre 2026 de l’économie chinoise. La croissance sur un an a été de 4,3% après 5% au 1er trimestre, soit, sur le 1er semestre, un rythme de 4,7% dans la fourchette comprise entre 4,5 et 5% qui constitue l’objectif des autorités pour 2026. Le seul chiffre qui a retenu l’attention des commentateurs est celui de 4,3%, en soulignant que c’est l’un des niveaux le plus bas de ces dernières décennies. Il a été interprété comme un signe des difficultés que rencontrerait le pays. Qu’en est-il vraiment ?
Il est indiscutable que le chiffre du 2ème trimestre est faible mais les conclusions qui sont tirées ne sont pas pertinentes pour deux raisons. D’abord la comparaison des taux de croissance dans le temps n’a pas beaucoup de sens puisqu’elle méconnait le volume produit chaque année. La taille de l’économie chinoise est sans rapport avec ce qu’elle était par exemple il y a quinze ans. Elle a plus que doublé ce qui veut dire que l’augmentation de 4,3% représente une création de richesse bien supérieure à celle d’une époque où la croissance était de 7%.
Ensuite, l’environnement international en 2026 que l’on met en avant pour expliquer les faibles résultats des économies des pays développés, affecte forcément la Chine. Il faut donc la comparer à la croissance américaine, presque deux fois plus faible et à la stagnation des économies japonaises et européennes. Dans un monde de plus en plus concurrentiel, il est indispensable d’avoir une vision juste de la situation des concurrents et, surtout, de ne pas sous-estimer leurs performances.
Le « modèle chinois » fait face à des difficultés évidentes et à une demande intérieure qui s’affaiblit. Les ventes de biens et de services n’ont augmenté que de 2,7% au premier semestre avec un vrai écart au détriment des biens avec une croissance seulement de 1,1%. La situation des investissements est pire puisqu’ils chutent de 2,7% au total avec -2,4% pour les infrastructures, -1,2% pour l’industrie et -18% pour l’immobilier. La crise majeure qui a affecté ce secteur avec la faillite du promoteur Evergrande n’est donc pas résolue.
C’est donc le commerce extérieur qui, depuis le début de l’année, tire la croissance chinoise. Il a représenté 3 750 milliards de dollars en hausse de 16,9%. Les exportations ont cru de 13,4% et les importations de 22,1%, largement du fait de la hausse des prix du pétrole et du gaz naturel. Le solde est excédentaire de 650 milliards. Les volumes, du fait des tensions commerciales, évoluent peu avec les Etats-Unis et l’excédent est stable avec environ 140 milliards. Ils sont en revanche en très forte hausse avec l’Europe (+14%) avec un excédent de 177 milliards, principalement avec l’Allemagne et les Pays-Bas. Mais pour ce pays, les chiffres sont surestimés car ils incorporent les livraisons au port de Rotterdam lesquelles sont, pour une large part, réexportées vers d’autres pays de l’Union Européenne.
La Chine a toujours un déficit avec le Japon (13 milliards) et avec l’Australie (47 milliards), car ce pays est devenu l’un de ses principaux fournisseurs d’énergies fossiles. Mais on assiste à une très forte expansion des échanges avec les pays de l’ASEAN, région qui est devenue le premier partenaire commercial des entreprises chinoises : +22,5% depuis le début de l’année soit 626 milliards avec un excédent de 173 milliards. Le commerce extérieur chinois connait donc une profonde évolution géographique qu’il faut mettre en rapport avec l’intense activité diplomatique du président Xi Jinping qui a multiplié les rencontres avec les dirigeants des pays d’Asie du Sud-Est pour conclure des partenariats facilitant les échanges. Cette évolution s’accompagne d’une importante transformation industrielle et technologique.
La production manufacturière a été en hausse de 5,6% depuis le début de l’année et cette hausse s’est concentrée sur les biens d’équipements, la haute technologie (+13,3%) avec notamment les machines d’impression 3D (+48%), les robots industriels (+28%) et les batteries lithium-ion (+39%). Ces efforts concernent aussi la transition vers une « énergie verte ». Si la Chine est de loin le premier producteur et utilisateur d’énergies renouvelables, leur intermittence nécessite de nouvelles technologies pour le stockage.
Ainsi un projet de centrale électrique thermique basée sur l’énergie solaire et disposant de nouveaux modes de stockage a été lancé dans le nord de la Chine. Raccordée aux éoliennes et aux panneaux solaires locaux, elle permettra de fournir de l’électricité, de la stocker en période de pointe, de la réinjecter si nécessaire dans le réseau et de pallier ainsi à l’intermittence des énergies renouvelables. Le recours aux centrales à charbon pourra alors être réduit.
Il reste que l’économie chinoise est confrontée à une rapide évolution démographique avec le vieillissement de la population et une consommation intérieure stagnante. Les autorités en sont conscientes comme en témoignent les visites sur le terrain, principalement dans les grandes villes, du président Xi Jinping. La suppression de la règle de l’enfant unique, n’a pas été suffisante. Il importe de créer au niveau local des conditions favorables pour les familles avec une amélioration des services publics. La Chine passe d’une logique de construction d’infrastructures géantes génératrices d’emplois mais aussi d’endettement vers un modèle d’investissement dans les équipements public qui se rapproche de celui des pays développés.
Outre le défi démographique, la Chine doit gérer les conséquences de l’effondrement du secteur immobilier avec ses effets sur la situation financière du secteur et l’endettement des collectivités locales. Mais l’inflation est très faible (1%) et les considérables réserves accumulées grâce aux excédents commerciaux par la Banque centrale écartent tout risque de crise financière venant de l’extérieur. Il reste que c’est une situation nouvelle pour le pays qui, dans ce domaine aussi, est en train de faire l’expérience de ce que les pays développés ont connu avant lui.
Ce sont toutes ces réalités que les entreprises et les Etats des pays développés doivent prendre en compte. Aujourd’hui, la Chine est l’un des leurs et non plus un pays en développement comme le sont par exemple l’Inde ou l’Indonésie. Les entreprises chinoises bénéficient d’un double avantage, la taille, sans équivalent pour l’instant, de son marché intérieur et l’énorme effort de formation qui fait que des centaines de milliers de diplômés, notamment dans les domaines scientifiques ou technologiques, sortent chaque année des universités. L’argument suivant lequel par exemple l’industrie automobile a constitué des surcapacités et est donc forcée de s’attaquer aux marchés extérieurs n’a aucun sens.
Une entreprise qui a des ambitions internationales, et c’est le cas de tous les grands constructeurs automobiles, chinois y compris, calibre ses investissements et ses capacités de production en fonction de ses objectifs. La taille de son marché intérieur lui donne un avantage en matière de coûts de production et d’innovation. Quand en Europe, on annonce la fin des moteurs thermiques dans dix ans et que l’on ne dispose ni des technologies ni des matières premières pour produire les batteries, il ne faut pas s’étonner de la percée des constructeurs chinois dont les prévisions d’exportations pour 2026 portent sur 10 millions de véhicules contre 7 millions en 2025.
La Chine n’est ni en déclin, ni en difficulté mais doit résoudre les problèmes que les pays développés ont connu avant elle et faire évoluer son modèle économique. La France et l’Europe doivent se préparer à cette réalité nouvelle et saisir les opportunités qui peuvent reposer sur des partenariats équilibrés où tout le monde sera gagnant.