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Le blog d'Alain Boublil

 

Brésil : quel avenir ?

On se souvient de la phrase du Général de Gaulle, en réalité empruntée à Stephan Zweig : le Brésil est un pays d’avenir et il le restera. Ils faisaient l’un et l’autre allusion à la grande capacité créatrice du pays avec ses écrivains et ses musiciens, célèbres dans le monde entier ou ses architectes mais aussi à ses piètres performances économiques, marquées par la multiplication des crises monétaires et l’instabilité politique qui en résultait. Aux périodes de forte mais brève croissance se sont succédées presque toujours des vagues inflationnistes et la chute de la monnaie nationale.

Progressivement le pays a trouvé sa place dans l’économie mondiale et quand il a fallu ajouter au G7 regroupant les pays développés, un groupe de pays émergents (les BRICS) le Brésil a été appelé à en faire partie. Mais il est encore loin d’avoir rattrapé son retard et sa croissance demeure faible, si on la compare par exemple à celle que connait l’Inde aujourd’hui ou à celle de la Chine durant les trente années qui ont suivi les réformes instaurées par Deng Xiao Peng. Pourtant le pays dispose de ressources naturelles considérables, surtout depuis la découverte des gisements de pétrole en eau profonde, avec en outre du minerai de fer et une très grande capacité de production agricole.

Le PIB a atteint en 2025 environ 2000 milliards d’euros, en croissance de 2,3% après + 3,4% en 2024. La richesse produite en 2025 a représenté à peine les deux tiers de celle de la France pour une population trois fois plus nombreuse avec 215 millions d’habitants. Sur les douze derniers mois, l’inflation a été de 3,8%, ce qui compte tenu du contexte international et des précédents historiques est tout à fait raisonnable pour le pays. Le dernier taux de chômage connu est légèrement supérieur à 5% mais ce chiffre doit être regardé avec précaution car les méthodes de recensement n’ont pas la même rigueur que dans les pays développés. 

Enfin, grâce à une meilleure exploitation de ses ressources naturelles, le pays connait maintenant un large excédent commercial qui a atteint en 2025 70 milliards de dollars. Le principal partenaire est la Chine qui représente 25% des échanges, soit presque le double de l’ensemble de l’Union Européenne et qui importe des quantités importantes de soja et de viande. La balance courante a été légèrement déficitaire (5 milliards de dollars) du fait des charges financières résultant de l’important endettement extérieur et surtout, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes, du solde touristique lourdement négatif. Le Brésil, qui dispose de sites que le monde entier connait et envie, n’a jamais fait du développement du tourisme une priorité et il y a plus de Brésiliens qui vont passer leurs vacances à l’étranger que d’étrangers qui viennent au Brésil.

Le pays est peu concerné par les tensions internationales actuelles. Ses échanges avec les Etats-Unis représentent moins de 10% et les changements successifs de position sur l’instauration de droits de douane n’ont pas eu d’impact significatif sur l’activité. La crise énergétique déclenchée par le blocage des acheminements dans le Golfe Persique n’a pas non plus affecté l’économie car le Brésil est peu dépendant des importations d’énergies fossiles. Le prix de l’essence à la pompe est stable autour d’un euro par litre. La production de pétrole est passée en dix ans de 2,3 à 3,5 millions de b/j alors que la consommation est restée stable autour de 2,6 mb/j. Le pays produit 23 milliards de m3 de gaz naturel et a ramené sa consommation à 30 milliards en 2024, le solde étant importé des Etats-Unis et des Caraïbes.

La production d’électricité a fortement progressé en dix ans passant de 590 à 750 TWh. Elle est largement décarbonée grâce aux nombreux barrages hydrauliques (400 TWh) et aux énergies renouvelables dont la production atteint en 2024 240 TWh. Les émissions de CO2 ont ainsi été réduites de 20% en dix ans avec 446 millions de tonnes. La France et l’Allemagne émettent respectivement 254 et 569 millions de tonnes de CO2, et le Japon près de 1000 millions de tonnes. Pendant cette période, les émissions de la Chine et de l’Inde ont cru respectivement de 20 et de 40%.

La politique énergétique du Brésil est donc un succès mais ce n’est pas suffisant pour permettre au pays de s’engager sur une trajectoire économique dynamique et de se rapprocher du niveau des pays développés. A quelques exceptions près, il ne dispose pas de grandes entreprises industrielles capables de s’imposer sur le marché mondial et surtout d’une demande intérieure suffisante, du fait des inégalités sociales qui ne se résorbent pas, pour assurer une forte croissance.

Les prochaines élections présidentielles et législatives se tiendront à l’automne. Le président sortant Lula n’est pas sûr de l’emporter surtout si son adversaire est Flavio Bolsonaro, le fils de son prédécesseur. Mais la classe politique, même à gauche, ne semble pas avoir intégré dans ses réflexions le fait que les profondes inégalités au sein de la société brésilienne constituent un handicap structurel majeur qui a jusqu’à présent empêché le décollage de l’économie, à la différence d’autres pays émergents comme la Chine et l’Inde.

Le spectacle donné par les villes est révélateur avec le contraste entre les quartiers chics avec des centaines d’immeubles luxueux qui abritent des milliers d’appartements et tout autour, sur les coteaux ou le long des voies de circulation qui mènent aux centres-villes des bidonvilles, appelés des favellas. Y vivent des millions de personnes, dans un environnement à la sécurité douteuse car affecté par des trafics de toute nature. Les petites maisons, de forme cubique sont souvent dépourvues de fenêtres ce qui évite aux habitants de payer l’impôt, exigible seulement si la construction est achevée.

La principale faiblesse de l’économie brésilienne est l’absence d’une classe moyenne suffisamment importante dont la consommation stimulerait l’activité des entreprises. Celles-ci pourraient alors créer des emplois de plus en plus qualifiés ce qui favoriserait l’émergence d’un cercle vertueux entre la croissance et l’évolution du pouvoir d’achat. Cette analyse est peu partagée et les mesures adoptées lors du premier mandat de Lula pour atténuer ces inégalités furent mal comprises et contribuèrent à sa défaite.

Rien ne permet donc de penser qu’une nouvelle phase de développement va intervenir et que l’avenir du Brésil va s’éclaircir alors que le pays dispose d’atouts majeurs dans l’énergie et les matières premières, domaines stratégiques en raison du nouvel environnement international. Mais ce n’est pas une raison pour que la France et ses entreprises ne recherchent pas des partenariats où tout le monde serait gagnant. A cet égard sa position intransigeante contre la ratification du Mercosur est une double erreur.

Les menaces que font peser les exportations brésiliennes sur quelques secteurs de l’agriculture sont exagérées. Le vrai problème, c’est l’excès de normes imposées par les bureaucraties européennes et françaises. Leur simplification ferait tomber l’argumentation sur le caractère injuste des différences de réglementations des deux côtés de l’Atlantique pour le plus grand profit de nos propres agriculteurs. Ensuite cette position rigide affecte l’image de la France, et l’intérêt des entreprises pour le marché brésilien alors que les perspectives pour les biens de haute qualité sont favorables.

Le Brésil ne va pas devenir la « nouvelle Chine » avec sa croissance et son innovation dans les années qui viennent. On peut toujours penser qu’il est un pays d’avenir mais personne n’est en mesure aujourd’hui de dire quand cela se traduira dans les faits.