La succession de mauvais chiffres concernant l’économie française depuis le début de l’année, croissance nulle, inflation supérieure à 2%, chômage en hausse avec un taux repassé au -dessus de 8%, déficit commercial qui ne se réduit pas et enfin déficits et endettement publics à des nveaux inquiétants, n’a pas suscité un travail de réflexion suffisant pour en identifier les causes et suggérer des solutions. C’est d’autant plus décevant que des échéances électorales majeures interviendront maintenant dans moins d’un an.
Le discours se résume à reporter les raisons de ces échecs évidents sur les autres, ceux qui ont précédé (tout a commencé à aller mal il y a plus de quarante ans, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir…) ou sur l’étranger, les crises provoquées par l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la guerre au Moyen-Orient. Il est évident que l’environnement international a aggravé les difficultés de l’économie française mais celles-ci existaient bien avant le déclenchement de ces crises.
Il y a d’abord les erreurs ponctuelles, même si elles ont été lourdes de conséquences. L’abandon, sous la pression d’une poignée d’activistes de l’aéroport de Notre -Dame des Landes par le gouvernement Ayraud, a privé une région en plein essor industriel d’une connexion internationale fort utile pour poursuivre son développement. Il a aussi encouragé des groupes ultra-minoritaires à se lancer dans des mobilisations contre des projets porteurs d’avenir. Autres exemples, la fermeture de la centrale de Fessenheim avec un lourd coût causé par la perte des revenus tirés des exportations d’électricité vers l’Allemagne et la décision de réduire la production nucléaire dans l’avenir. Le gouvernement est revenu sur ce choix absurde cinq ans plus tard mais cela a eu de lourdes conséquences en démobilisant un secteur porteur d’avenir qui constituait un des points forts de l’industrie française.
Mais il y a eu bien plus grave avec des décisions qui traduisaient une réelle ignorance du fonctionnement de l’économie, dans quatre domaines, les retraites, la politique familiale, les salaires et le choix de privilégier l’offre pour soutenir la croissance au détriment des finances publiques.
Le débat sur les retraites est faussé par la méconnaissance du système de collecte et de répartition des cotisations. D’abord, classer les cotisations et leur versement aux retraités du régime général dans les dépenses publiques est un contre-sens. C’est un « circuit public » qui assure le fonctionnement du système mais les pensions versées aux retraités ne sont nullement une dépense publique. Les comparaisons internationales qui placent la France comme un pays où les prélèvements et les dépenses publiques sont excessives sont donc faussées.
Sur la question de l’équilibre du régime général et des mesures à adopter pour le rétablir, il y là aussi un déni de la réalité. Ce déficit est artificiellement créé par l’Etat qui favorise l’accumulation d’excédents dans les régimes complémentaires (100 milliards d’euros pour l’IRCANTEC et l’AGIRC-ARCO) au détriment du régime général en fixant un plafond de cotisations pour le régime général trop bas. On justifie ces excédents en indiquant qu’en cas de crise, ils garantiraient les versements aux retraités. Mais c’est faux car si cela arrive, les marchés financiers chuteraient et comme les réserves sont essentiellement constituées d’actifs financiers, celles-ci disparaîtraient.
Autre exemple, la politique familiale. On observe aujourd’hui en France, comme d’ailleurs dans la plupart des pays développés, une chute des naissances. Le taux de natalité est retombé à 1,65 enfants par femme alors qu’il était resté longtemps supérieur à 2, ce qui plaçait la France en tête en Europe. Entretemps, le régime des allocations familiales et la politique fiscale ont, de façon continue, pénalisé les ménages au-dessus d’un certain niveau de vie au profit de familles ayant de faibles ressources. Mais ce mode de redistribution est absurde. On décourage celles qui disposent des moyens d’élever leurs enfants dans de bonnes conditions et on encourage celles qui auront du mal à l’assurer pour les leurs. La politique familiale est doublement perdante puisque les premiers seront moins incités à en avoir et les seconds ne seront jamais suffisamment soutenus sur le plan financier. On ne pourra donc pas ignorer indéfiniment que cette politique familiale destinée à encourager la natalité a abouti à un résultat inverse par rapport à l’objectif visé.
La gestion des prélèvements sociaux relève de la même erreur d’appréciation. L’Etat a choisi de réduire les charges sur les bas salaires tout en prônant une réindustrialisation résultant d’une meilleure compétitivité. Mais il y a de moins en moins de bas salaires dans l’industrie qui nécessite au contraire le recours à du personnel hautement qualifié. Les bénéficiaires sont les activités de services, elles peu soumises à la concurrence internationale. Cette nouvelle charge sur les finances publiques qui doivent combler les déficits des régimes sociaux n’a donc que peu d’effets positifs. A l’inverse, l’existence d’un plafond incite les entreprises à freiner les hausses de salaires pour leur personnel qualifié dont elles ont le plus grand besoin ce qui affecte les recrutements. Comme pour la politique familiale, il faut donc inverser cette politique en cessant de favoriser artificiellement les emplois peu qualifiés et en abandonnant ce que l’on a appelé la « trappe à bas salaires ».
Enfin la politique de l’offre initiée en 2013 avec le CICE a été à l’origine d’un accroissement sans précédent des déficits. L’endettement public a progressé de 1 000 milliards d’euros en dix ans. Comme on l’a observé, cela n’a eu aucun effet sur le déficit commercial en biens manufacturés, ce qui en était pourtant la raison d’être. Elle n’a pas non plus provoqué de baisse du chômage dont le taux a peu évolué. En revanche, la réduction des charges sociales a principalement permis aux grands groupes dans tous les secteurs de l’économie d’en reverser une part significative à leurs actionnaires via les hausses de dividendes et les rachats d’action qui ont atteint un niveau record ainsi qu’à leurs dirigeants.
Le défaut de cette politique est qu’elle n’est pas ciblée par rapport aux objectifs fixés. Elle a bien plus profité aux hypermarchés, aux banques et aux activités de conseil ou de publicité qu’au tissu industriel qui est au cœur de tout projet visant à rétablir la compétitivité et à enclencher un processus de réindustrialisation. En revanche son coût a été considérable mais cela n’empêche pas le monde patronal d’en demander plus à travers la réduction des impôts de production.
L’origine de ces erreurs provient souvent de la recherche d’objectifs contradictoires. Pour la famille comme pour les emplois salariés s’est insérée une logique de réduction des inégalités. On préfère soutenir les familles pauvres et le personnel employé au bas de l’échelle. Mais ce n’est pas comme cela que l’on relance la nativité et que l’on facilite l’émergence de succès dans l’industrie. De même pour donner l’image de la rigueur on veut forcer les salariés à travailler plus longtemps alors que d’autres solutions sont possibles. Mais on oublie que les entreprises ne recrutent plus à partir d’un certain âge et même se séparent de leurs salariés âgés
On ne peut prétendre poursuivre indéfiniment des politiques qui échouent et surtout en faire éternellement porter la responsabilité en France aux prédécesseurs ou à la situation internationale. Mais l’arrivée au pouvoir de nouveaux dirigeants libère ceux-ci de ces contraintes. S’ils procèdent à une analyse objective des faiblesses de l’économie française et s’ils en identifient les causes et notamment les erreurs commises, ils seront en mesure d’y remédier. Telles sont les responsabilités qui incomberont aux prochains élus.