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Le blog d'Alain Boublil

 

L'écologie et les enjeux industriels pour la France

Il est toujours difficile d’atteindre deux objectifs en même temps, une France verte, exemple pour le monde et une France réindustrialisée qui permettrait de retrouver le plein emploi et l’indépendance énergétique. Mais l’action passée dans la production d’électricité nucléaire et celle décidée aujourd’hui à Bruxelles pour l’industrie automobile, fournissent deux exemples de ce qu’il ne faut pas faire si l’on veut atteindre ces objectifs, tout en étant conscient du poids réel de la France dans cet enjeu essentiel qu’est la lutte contre le réchauffement climatique.  

Il existe quatre grandes zones d’émission, la Chine, les Etats-Unis, l’Union Européenne et l’Inde. En 2020, les volumes d’émission de ces zones étaient respectivement de 13,5, 4,8, 3,2 et 3,0 Gigatonnes. En trente ans, elles avaient quadruplé en Chine et doublé en Inde alors qu’elles s’étaient réduites de 15% aux Etats-Unis et de 35% en Europe, chiffre un peu surestimé du fait de la sortie des statistiques du Royaume-Uni après le Brexit. Une baisse de 28% correspondrait mieux à la réalité. Si l’on rapporte ces émissions à la population, elles étaient en 2020, de 9,6 tonnes par habitant en Chine, de 14,5 t. aux Etats-Unis, de 7,2 t. en Europe et de 2,2 t. en Inde. Elles devraient fortement croître à l’avenir dans ce pays qui a entamé une phase de développement rapide, qui sera peut-être comparable à ce qu’a réalisé la Chine ces dernières décennies.

La contribution de la France, avec environ 350 millions de tonnes en 2020, est donc très faible, sinon négligeable à l’échelle du monde. Si une action volontaire est indispensable pour témoigner de son engagement pour la planète et convaincre les autres pays bien plus pollueurs de suivre cette voie, les mesures à adopter doivent être en rapport avec les enjeux véritables et ne pas affecter la réalisation des autres objectifs de la politique économique. L’examen des décisions passées et des projets à venir montre que l’on est bien loin d’avoir répondu à ces exigences.

 La crise électrique qui frappe le pays avec une chute de la production, la réouverture d’une centrale à charbon et le recours à des importations au pire moment est la conséquence de 25 ans d’erreurs. Après la catastrophe de Tchernobyl, la France et l’Allemagne s’étaient associées pour concevoir un nouveau modèle de réacteur où un tel accident ne pourraient pas se produire. L’EPR fut certifié au milieu des années 90. Le gouvernement Jospin, qui venait pourtant de donner des gages à ses alliés écologistes de la gauche plurielle en arrêtant la centrale à neutrons rapides de Creys Maleville, aurait dû en profiter pour demander à EDF de commander ce nouveau réacteur. Ainsi auraient été préservées chez ses fournisseurs les compétences indispensables.  

Il n’en a rien été. Framatome devenu Areva saisira alors une opportunité en Finlande mais le champ du contrat dépassait ses capacités puisqu’il s’agissait de la construction de la centrale et non du seul réacteur ce qu’il n’avait jamais fait auparavant. Il faudra attendre encore plusieurs années pour qu’EDF commande son premier EPR. Une entreprise qui n’a pas reçu de commande pendant quinze ans ne saurait être en mesure de réaliser ce qu’il lui est demandé dans les délais et au prix convenus. C’est ce qui s’est passé à Flamanville. La situation de la production électrique en France a été encore aggravée par le projet de réduire la part du nucléaire dans l’avenir à 50%, ce qui a freiné les investissements pour prolonger la durée de vie des centrales existantes. Pour couronner le tout, sous la pression des écologistes français et allemands, il a été décidé de fermer Fessenheim. Quelques mois plus tard la Russie envahissait l’Ukraine, les prix des combustibles fossiles explosaient, la France devenait importatrice d’électricité et l’Etat devait dépenser des milliards pour instituer un bouclier tarifaire et protéger le pouvoir d’achat des Français et la survie des entreprises, les tarifs de l’électricité étant liés du fait d’une réglementation européenne validée par la France, au prix du gaz.

Un revirement à 180° vient d’être opéré et un nouveau programme de construction de centrales lancé. Si ceci avait été décidé il y a dix ans, la France aurait été protégée contre les effets de la crise actuelle et sa compétitivité comme l’état de ses finances publiques auraient été au sein de l’Europe renforcés. Les pressions des mouvements écologistes ont abouti au résultat inverse de ce qui était recherché. Les émissions de CO2 liée à la production d’électricité sont reparties à la hausse avec la réouverture des centrales à charbon. Une situation aussi inquiétante risque de se produire avec la décision européenne, soutenue par la France, d’interdire l’achat de véhicules à moteur thermique à partir de 2035.

La voiture électrique n’a pas convaincu malgré les aides massives consenties par les Etats. Au 3ème trimestre 2022, elles ne représentaient que 11,9% des immatriculations en Europe. Le coût, malgré les aides et surtout la faible autonomie de ces véhicules ne correspondent pas aux souhaits des consommateurs. Le développement des véhicules hybrides a été encouragé pour servir de transition, mais c’était pour l’environnement une fausse bonne idée car ils cumulent les défauts des deux catégories de véhicules. La fabrication des batteries nécessite beaucoup d’énergie et quand les véhicules utilisent leurs moteurs thermiques, ils consomment plus de carburant. Face à ces échecs, l’Europe n’a trouvé qu’une solution, l’interdiction. Les institutions compétentes ont validé cette décision, mais elles ne semblent pas avoir tiré les leçons des conséquences de la dépendance de l’Allemagne au gaz russe. Cette fois, il ne s’agit plus de Moscou mais de Pékin et d’une réalité géologique et industrielle.

 La Chine produit ou contrôle la production des matières premières indispensables aux batteries, les terres rares et des métaux spéciaux comme le cobalt ou le lithium. Les tensions entre le pays et les Etats-Unis ne semblent pas prêtes de s’apaiser. Imaginons qu’à la suite d’une invasion de Taiwan des sanctions analogues à celles adoptées à l’encontre de la Russie soient décidées. Elles affecteraient des composants stratégiques pour l’industrie automobile. Les répercussions seraient alors bien plus graves qu’avec le gaz russe car dans ce cas, il n’existe pas de sources alternatives.

Mais pour les constructeurs européens, le pire n’est pas là car leurs concurrents chinois possèdent une avance : coûts plus faibles et marché plus vaste. Ils ont su répondre aux exigences de leur clientèle depuis longtemps. Leur présence au Salon de Paris ne laisse aucun doute sur leur volonté de pénétrer le marché européen quand les consommateurs ne pourront plus acheter de véhicules à moteur thermique. Aucune mesure de protection douanière ne sera possible puisque la Chine aura une position dominante dans la fourniture des composants des batteries. L’industrie automobile européenne va donc être prise en étau. En amont elle dépendra de Pékin. Et en aval, elle devra faire face à la concurrence des constructeurs chinois qui, eux, auront toujours accès à ces composants dans de bonnes conditions.    

L’Allemagne est tombée dans le piège du gaz russe. L’enjeu pour le climat de la motorisation électrique en Europe est dérisoire par rapport aux émissions aujourd’hui des Etats-Unis, de la Chine et demain de l’Inde. Espérons, avant qu’il ne soit trop tard, que l’on prendra conscience de ces réalités et que notre industrie ne tombe pas dans le piège de la voiture électrique obligatoire, alors qu’il existe bien d’autres voies pour réduire les émissions de gaz à effet comme le remplacement par le nucléaire des centrales à charbon. Ce sont elles qu’il faudrait interdire en 2035.