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Le blog d'Alain Boublil

 

L'économie chinoise tient bon

La publication de la première estimation de la croissance chinoise au 3ème trimestre (6,5%) confirme que les inquiétudes des marchés financiers comme celles des commentateurs, étaient excessives. Bien sûr, le chiffre publié est un peu inférieur aux attentes (6,6%) mais cet écart est insignifiant et la déception invoquée est dérisoire. Sur les trois premiers trimestres, la Chine aura atteint un rythme de 6,7%, supérieur aux objectifs fixés par le gouvernement, et, de toute façon impressionnant, compte tenu de la taille de l’économie chinoise et si on compare ce chiffre aux résultats des autres grandes économies. L’Empire du Milieu reste l’une des locomotives de la croissance mondiale, pour ne pas dire la principale. Comparer les taux de croissance sur de longues périodes n’a aucun sens surtout quand cette croissance est elle-même élevée.  Affirmer que le chiffre est le plus faible depuis dix ans fait semblant d’ignorer que la taille de l’économie chinoise a doublé sur cette période. Les marchés financiers ne s’y sont pas trompés et l’annonce de ces résultats a provoqué un rebond de 3% de la bourse de Shanghai. Cela ne compense cependant pas la baisse de 25% observée depuis six mois.

Cette croissance se déroule sans inflation excessive (2%) et permet de maintenir le chômage dans les zones urbanisées autour de 5%. Les exportations continuent leur progression (+6,5% depuis le début de l’année), mais les importations s’envolent (+14%) et l’excédent commercial s’est donc réduit fortement (150 milliards de dollars, -28%). Il n’est pas sûr que cela soit suffisant pour rassurer Donald Trump car la contraction de l’excédent est largement due à la reprise des cours du pétrole dont la Chine est le premier importateur mondial. La réalité, c’est que les Etats-Unis ne supportent pas l’influence économique et financière grandissante du pays, notamment par le biais de la Belt and Road Initiative (BRI) et le recul américain qui en découle. La Chine est restée au premier semestre, selon la CNUCED, la première destination des investissements directs étrangers, avec 70 milliards de dollars, contre 66 milliards au Royaume Uni et 46 milliards seulement aux Etats-Unis.  

La production industrielle et l’investissement ont continué de progresser depuis le début de l’année (6,4% et 5,4%) mais à un rythme ralenti. Ce qui inquiète, hors des frontières du pays, c’est que l’industrie chinoise de 2018 n’est plus celle de 1998. Elle dépend de moins en moins de la stratégie de délocalisation des firmes occidentales et japonaises et elle monte en gamme pour satisfaire en priorité les consommateurs chinois. Le seul point noir est le coup d’arrêt très significatif intervenu au troisième trimestre pour les immatriculations de voitures particulières. Pour la première fois depuis 26 ans, en 2018, il est très probable que les ventes auront stagné, voire légèrement reculé, mais le niveau devrait rester proche de 24 millions d’unités vendues. L’industrie automobile accroit pourtant sa présence dans les pays voisins, dans le cadre de la BRI, avec des exportations qui seront supérieures à 500 000 véhicules en 2018.

Cette montée en gamme industrielle concerne les produits mais aussi les techniques de production avec un usage accru des robots et des logiciels Elle profite à la province du Guangdong qui ambitionne de devenir la Californie chinoise où ces nouvelles technologies sont développées et mises en application dans les centaines d’usines implantées à Shenzhen ou à Dongguan. Historiquement, cette région a toujours été au cœur de l’activité commerciale du pays, grâce à ses ports et à la présence voisine de Hong Kong. La foire de Canton qui s’ouvre ces jours-ci attire des milliers d’entreprises. Le Forum de Zuhai, qui vient de se tenir a permis, d’évaluer les progrès des entreprises chinoises dans les pays impliqués dans la BRI.

La demande intérieure est restée très dynamique depuis le début de l’année avec une progression des ventes de détail de 9,3%. Elle est portée par l’équipement des ménages en électroménager et par le tourisme dont le dynamisme compense la stabilisation des achats de véhicules. La poursuite de l’urbanisation génère une rupture avec les modes de consommation traditionnels. Cela est particulièrement net pour l’énergie. L’envolée de la consommation de gaz naturel n’est pas due uniquement au remplacement du charbon dans les centrales thermiques pour lutter contre la pollution des villes et les émissions de CO2. Dans les immeubles, les occupants sont désormais raccordés au gaz pour le chauffage et la cuisson. Le développement des réseaux d’alimentation a été spectaculaire ces dix dernières années.

Le nouveau profil de la croissance chinoise ne peut évidemment à lui seul occulter les tensions qui affectent le pays et qui sont mises en avant par les observateurs. La perspective d’une guerre commerciale intense et durable avec les Etats-Unis, même si c’est un jeu où tout le monde sera perdant, et au premier rang Washington, pèsera forcément sur les implantations industrielles en Chine des groupes occidentaux qui choisiront d’autres lieux de délocalisation, et sur l’industrie chinoise elle-même qui verra certains de ses débouchés se fermer. Cela ne sera pas suffisant pour provoquer une récession ou une crise dans le pays, mais cela affectera la croissance future de certains secteurs industriels sensibles comme la sidérurgie ou les composants électroniques.

La seconde menace est constituée par l’endettement jugé excessif des entreprises et des collectivités publiques. Le gouvernement a déjà imposé un coup de frein aux investissements à l’étranger financés à crédit, comme ceux réalisés par les groupes HNA ou Anbang qui ont dû commencer à revendre des actifs pour réduire leur dette. Mais l’inquiétude s’accroit sur la situation financière des collectivités locales qui, pour contourner les règles budgétaires et prudentielles imposées par Pékin, ont eu recours à des opérations hors bilan grâce à des véhicules spécialement conçus à cette fin. Standard & Poors vient d’en évaluer le montant à 6000 milliards de dollars soit plus de 50% du PIB chinois. Le gouvernement central fait maintenant pression sur les autorités locales pour qu’elles reviennent à des pratiques financières rigoureuses et commencent à se désendetter. Mais cela aura nécessairement un impact sur les dépenses d’investissement donc sur la croissance.

Malgré ces menaces qui pèsent sur l’économie chinoise, deux facteurs incitent à ne pas tomber dans le pessimisme excessif qui anime les commentateurs et qui a affecté les marchés financiers chinois. La situation financière globale du pays reste solide. Les excédents de la balance des paiements ont permis à la Banque centrale d’accumuler des réserves de change de plus de 3 000 milliards de dollars, mettant la Chine à l’abri d’une crise extérieure. Celle-ci gère sa monnaie, dans un contexte de volatilité élevée sur tous les marchés, avec prudence et n’a pas engagé comme certains le craignaient une stratégie de dévaluation compétitive. Le département du Trésor américain a même contredit le président des Etats-Unis en affirmant que la Chine ne manipulait pas sa monnaie. Le système bancaire traditionnel a un ratio de prêts douteux inférieur à 2% et il est lui aussi à l’abri de secousses comme celles qu’ont connues au moment de la crise des sub-primes les Etats-Unis et plusieurs pays européens.  

La Chine est confrontée à un triple défi : maintenir une croissance élevée sans affecter sa stabilité financière tout en accroissant son influence économique et politique dans le monde, dans un contexte international volatil et en présence de mutations technologiques de grande ampleur. L’observation du chemin parcouru par le pays depuis quarante ans montre qu’il a toutes les chances de réussir à relever ces défis. 

 

 

 

 

     

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