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Le blog d'Alain Boublil

 

Les vacances de Nicolas Hulot

Le président de la République a prévenu ses ministres : leurs vacances seront réduites au strict minimum tant le programme de travail du gouvernement est chargé. Cette recommandation s’applique au Ministre d’Etat en charge de la transition écologique, Nicolas Hulot, et il le lui a sûrement rappelé lorsqu’il l’a reçu cette semaine. La prise en compte de l’environnement n’est pas devenue seulement un enjeu politique, c’est un facteur essentiel de transformation de la société qui affectera les comportements de chacun, un peu comme le fut, il y a soixante ans, la généralisation des vacances, prises souvent au bord de la mer. C’est ce qu’avait voulu montrer Jacques Tati, quand il s’était inspiré pour son personnage principal du grand-père du ministre dans son film, les vacances de M. Hulot.

Nicolas Hulot va devoir changer de rôle. L’ère des discours sans conséquences immédiates au service d’une cause noble est révolue. Le président de la République lui demande de passer aux applications pratiques et aux décisions qui doivent cadrer l’action publique afin de modifier les comportements de tout à chacun. Il y a du chemin à parcourir, si l’on en juge par les premières déclarations du ministre, avec la fin, à l’horizon 2040, des véhicules à essence et au diesel, la modification du mix énergétique et la réduction de la part du nucléaire entrainant la fermeture de nombreuses centrales et à plus court terme la suppression des avantages fiscaux dont bénéficie le diesel. Mais ces propositions manquent de réalisme et n’intègrent pas assez une dimension essentielle : la distinction entre la contribution négative pour l’avenir de la planète des émissions de CO2 qui se mesure à l’échelle globale et les conséquences négatives pour la santé des émissions de particules qui, elles, ont un effet local. Autant la France est exemplaire, grâce notamment au nucléaire, pour le CO2, autant elle a de très mauvais résultat pour les émissions de particules en raison de l’addiction au diesel. La confusion en ces deux types d’atteintes à l’environnement avait abouti aux décisions désastreuses prises en 2007 lors du   « Grenelle de l’environnement » qui consistaient sous prétexte que les moteurs diesel rejetaient moins de CO2 à accroître leurs avantages fiscaux et à leur octroyer des subventions, alors qu’ils polluaient nos villes et provoquaient des maladies respiratoires. Nicolas Hulot, en annonçant la convergence des prix entre le diesel et l’essence, ne renouvelle donc pas les erreurs de ses prédécesseurs,  

La suppression à l’horizon 2040 des véhicules à l’essence et au diesel est trop lointaine pour déboucher sur des décisions concrètes, sauf à accroître les aides payées  par les contribuables en faveur des voitures électriques. Le pari suivant lequel elles présenteront à terme les qualités techniques requises par les automobilistes est loin d’être gagné. Tout dépend de la capacité des batteries à stocker suffisamment d’électricité pour accroître l’autonomie des véhicules et de la puissance des bornes de recharge permettant de les alimenter rapidement. Il est difficile d’imaginer qu’une famille accepte de faire la queue pendant plusieurs heures au bord d’une autoroute avant de repartir pour atteindre son lieu de vacances. Les technologies concernées, la chimie, les matériaux, à la différence, par exemple, du traitement et de la transmission des informations, sont à évolution lente. Ces doutes sont manifestes, aujourd’hui, quand on voit, malgré les subventions accordées, le peu de succès de ce type de véhicule et la quasi-impossibilité de les revendre. Cette déclaration a frappé les imaginations, attiré l’attention des médias mais a peu de chances de susciter un changement des comportements et ainsi d’apporter une réponse aux défis posés.

Le deuxième « fait d’armes » du ministre porte sur la fermeture de réacteurs de nucléaire à l’horizon 2025 dont le nombre pourrait atteindre 17. Il a modéré ses propos ensuite mais le mal a été fait car il n’a pas présenté d’alternatives. Qui fournira l’électricité à la place ? L’expérience du début de cette année montre que les énergies renouvelables en sont incapables car les pics de consommation interviennent l’hiver quand il y a peu de soleil et les vagues de froid quand il n’y a pas de vent. Si la solution consiste à multiplier les centrales à gaz, on voit mal l’intérêt : la France rejoindrait l’Allemagne et augmenterait ses émissions de CO2, en contradiction avec les principes posés dans l’Accord de Paris qu’à juste titre, le ministre s’est engagé à respecter. En fait, Nicolas Hulot ne semble pas avoir mesuré toute l’incohérence de la loi de transition énergétique. Elle instaure un plafond pour les capacités nucléaires. La mise en service de nouvelles installations entraine la fermeture de celles qu’il n’est pas opportun de moderniser ou qui ne remplissent pas les conditions exigées par l’Autorité de Sureté Nucléaire, seul instance compétente en la matière. Mais elle impose « à l’horizon 2025 », un ratio de 50% pour la production nucléaire qui est incohérent avec le plafond qui est lui fixé en termes de capacités installées. Que se passerait-il si, au cours d’un hiver, on arrivait à 50% et que les autres sources ne seraient pas capables de fournir le courant ? Couperait-on l’électricité aux familles qui ne pourraient plus se chauffer ou aux entreprises qui ne pourraient plus produire et devraient mettre au chômage leurs salariés ? Ou faudrait-il les équiper de groupes électrogènes ? C’est absurde.  Et quid de nos exportations d’électricité qui représentent 10 à 15% de la production suivant les années ? Devons-nous y renoncer et rompre les contrats passés avec nos voisins ? Nicolas Hulot pourrait utilement approfondir ces questions et proposer une interprétation moins radicale de la loi que celle qu’il a esquissée dans ses premières interventions publiques.

Dernière incohérence, l’absence de toute référence aux pollutions générées par le transport routier. La remise en service du projet d’écotaxe  est inimaginable, même si son abandon fut une décision aussi absurde sur le plan de l’environnement que coûteuse pour nos finances publiques. Faisons un rêve. Il y a environ 40 ans, la France a su, avec les liaisons à grande vitesse, révolutionner le transport de voyageurs. Comme toutes les choses qui ont bien marché, nous nous faisons un plaisir des les critiquer, mais ce n’est pas en s’attaquant à nos réussites que l’on parviendra à remédier à nos faiblesses. Et si on mettait en œuvre une solution tout aussi révolutionnaire pour le transport de marchandises ? Celui-ci a connu une transformation radicale avec l’apparition des conteneurs, qui arrivent en masse dans les ports où ils sont débarqués et stockés automatiquement. Ils sont ensuite chargés sur des poids lourds sur lesquels ils sillonner dans toute la France. Au lieu de cela, on pourrait  les déposer sur des voies spécialement construites à cet effet sur des pylônes, équipées de supports roulants. Les conteneurs seraient ainsi acheminés vers des plateformes où ils seraient répartis en fonction de leur destination finale. Une voie pilote pourrait être construite pour tester le projet, par exemple entre Le Havre et la région parisienne. Coïncidence, l’ancien maire de ce grand port est aujourd’hui le chef du gouvernement. il n'y serait pas indifférent. Le financement serait assuré par l’abandon de la construction du canal Seine-Nord dont les principaux bénéficiaires seront les ports d’Anvers et de Rotterdam. Nouvelle coïncidence, le Premier ministre s’était prononcé contre ce projet en son temps. Nicolas Hulot a donc de nombreux sujets de réflexion pour ses vacances. Espérons que comme son grand-père dans le film de Jacques Tati, il sache mettre à profit cette période.       

 

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