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Le blog d'Alain Boublil

 

Economie française : l'état de grâce

Les derniers indicateurs économiques, et notamment le nombre important de créations d’emplois au 1er trimestre, donnent une image favorable de la France qui tranche avec des années de doutes et de critiques. La trajectoire de croissance s’inscrit désormais dans la moyenne européenne, même si elle n’est pas encore suffisante pour faire reculer de façon déterminante le chômage et plusieurs secteurs, comme la construction de logements, connaissent un retournement significatif. L’élection d’Emmanuel Macron et la très large majorité dont son gouvernement va disposer à l’Assemblée Nationale, même si le projet économique de celui-ci n’est pas encore connu dans le détail, constituent autant de facteurs très positifs aux yeux de la communauté internationale.

La France a un président jeune qui connait bien le monde, ce qui tranche avec son prédécesseur. Emmanuel Macron va bénéficier d’un contexte politique solide et stable pour plusieurs années, à la différence des autres grands pays industrialisés. Les Etats-Unis sont soumis aux sautes d’humeur et aux « tweets » de Donald Trump qui doit en plus affronter le Congrès pour mettre en œuvre sa politique. Il est aujourd’hui impossible de prédire le résultat de cette confrontation. Le Royaume-Uni était déjà déstabilisé par le choix en faveur du Brexit. C’est maintenant son gouvernement qui est affaibli par l’échec du parti conservateur aux dernières élections où il a perdu la majorité. L’Italie fait face à une crise bancaire dont on aurait tort de sous-estimer l’importance. Les conséquences des réformes institutionnelles en cours et les résultats des prochaines échéances politiques sont, là encore, impossibles à prévoir. Enfin l’Allemagne réélira les membres du Bundestag au mois de septembre et l’avenir de la grande coalition qui gouverne aujourd’hui le pays n’est pas assuré. Au niveau national, le parti social-démocrate semblait avoir regagné du terrain sur son rival chrétien-démocrate mais les dernières élections locales ont semblé donner un coup d’arrêt. Là aussi règne l’incertitude.

La France apparait ainsi, aux yeux des investisseurs internationaux, comme un pays privilégié grâce à la conjonction de ces deux facteurs : amélioration de la situation économique chez nous et instabilité politique dans les autres pays. La bourse de Paris a atteint un niveau élevé et, contrairement aux nombreuses prévisions alarmistes, les conditions de financement de l’Etat restent très favorables. Après quelques mois de hausse durant la campagne électorale, le taux d’intérêt à dix ans a fortement reculé depuis le début du mois de juin pour se situer autour de 0,60%. L’écart de taux avec les émissions allemandes pour la même durée a retrouvé son niveau structurel soit 30 points de base, justifié par la plus grande liquidité du Bund. Si l’Agence France Trésor ne renoue pas avec ses pratiques fâcheuses des deux dernières années, la baisse de la charge de la dette devrait donc s’accélérer, ce qui facilitera la réduction du déficit budgétaire. Pour le seul mois d’avril, l’économie a représenté 1,1 milliard d’euros puisqu’avait été amorti en avril 2016 un prêt de 30 milliards portant intérêt de 3,25%. La même situation se reproduira en octobre quand il ne faudra plus payer un intérêt de 5% sur l’emprunt de 26 milliard qui avait été  amorti un an plus tôt. Ces deux emprunts ont été refinancés avec des taux trois à quatre fois plus faibles d’où ces économies sur la charge de la dette substantielles et durables.

La hausse de l’euro, là aussi contrairement aux multiples inquiétudes qu’elle suscite, devrait se poursuivre à la suite du rapprochement prévisible des politiques des banques centrales des deux côtés de l’Atlantique. Les anticipations de relèvement de taux de la Fed  se réduiront du fait des doutes  pesant sur la croissance américaine alors que la BCE va, de son côté, atténuer sa politique accommodante. Le poids de notre facture énergétique, libellée en dollars, en sera diminué d’autant, ce qui est bon pour l’industrie française et pour les ménages. Enfin la quasi-stabilité des prix (0,8% sur un an) est une autre bonne nouvelle pour le pouvoir d’achat.

La poursuite de l’amélioration de l’emploi permet d’espérer que la France entre dans un cercle vertueux : la baisse des inquiétudes des ménages pour leur emploi les incitera à consommer davantage et à épargner moins. Les emplois créés génèreront des cotisations qui réduiront les déficits des régimes sociaux et de l’assurance chômage. Quant au déficit de l’Etat, il ne respectera probablement pas, en 2017, l’objectif bien trop optimiste de 2,8% du PIB fixé par le gouvernement précédent mais devrait rester inférieur à celui de l’année 2016. C’est déjà remarquable puisqu’il est très rare qu’un changement de majorité politique ne soit pas l’occasion d’une remontée des déficits du fait des promesses électorales faites par les candidats. Mais les états de grâce ne durent jamais longtemps et la confiance dont bénéficient aujourd’hui le président et son gouvernement est par nature fragile. L’adhésion massive qu’ils ont reçue de la part des électeurs est autant, sinon plus, due à la déception causée par la politique de leurs prédécesseur, que par l’espoir mis dans la réalisation du programme proposé.

Le point faible de l’économie française réside dans son incapacité à dégager un excédent de son commerce extérieur significatif, à la différence de ses voisins, pourtant au profil très différents, comme l’Allemagne, la Suisse ou l’Italie. La politique qui a consisté à soutenir un accroissement des marges des entreprises pour leur permettre de regagner des parts de marché et de créer des emplois a échoué puisque le déficit commercial s’est creusé. Derrière le chiffre de la croissance du 1er trimestre, il y a une réalité cruelle : la contribution fortement négative des échanges extérieurs qui n’a été compensée que par une augmentation des stocks, par définition temporaire. L’Etat n’est pas le principal responsable de cette situation atypique qui résulte des choix des agents économiques privés, qu’il s’agisse des consommateurs ou des entreprises. Mais s’il n’en a pas conscience, il sera dans l’incapacité de délivrer à ceux-ci le bon message et les mesures qu’il adoptera se tromperont de cible. Les consommateurs ne font pas acte de patriotisme en privilégiant des produits locaux. Ils en sont les premiers bénéficiaires. Aux responsables politiques de leur expliquer. Les entreprises sont mal venues, surtout dans le domaine de la grande distribution, de demander un accroissement de leurs marges et plus de flexibilité de l’emploi pour ensuite maltraiter leurs fournisseurs et s’approvisionner à l’étranger. Il revient à l’Etat de leur faire comprendre qu’il n’est plus dupe.

Toute accentuation de la politique de l’offre, surtout si elle s’accompagne de mesures affectant la protection juridique des salariés, risque fort de ne pas donner plus de résultats que par le passé et de casser le retour qui était en train de se produire de la confiance des ménages, nécessaire à la croissance. Ce serait la fin de l’état de grâce avec des résultats économiques qui tarderaient à venir et un climat social  qui commencerait à se dégrader. Le retournement de l’opinion à l’automne serait alors à la mesure de l’enthousiasme qui avait régné au printemps.   

 

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