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Le blog d'Alain Boublil

 

Bienvenue, Monsieur le président !

Le Président Xi Jinping arrive en France dimanche. Il termine un bref séjour en Europe à un moment tendu par les incertitudes liées au Brexit et aux négociations avec les Etats-Unis.  C’est sa seconde visite, après la réception fastueuse donnée par François Hollande en 2014 au château de Versailles. Le président Hu Jintao était venu en 2004 puis en 2009. Chaque fois il est fait référence à 1964, date de la reconnaissance de la Chine par la France.  Mais cette décision historique fut gâchée par la gaffe de  notre ambassadeur qui évoqua à cette occasion « le retour de la France en Asie ». Pékin n’apprécia pas du tout. On n’y avait pas oublié le sac du Palais d’Eté, les concessions internationales et la colonisation de l’Indochine.   

Si un climat de respect mutuel s’est lentement instauré au fil des années, la France n’a pas su bénéficier de l’extraordinaire développement du pays parce qu’elle n’y a pas cru au départ et parce qu’elle persiste à penser soit que celui-ci est précaire, soit qu’il est porteur de menaces. Nos performances économiques s’en ressentent. Nos exportations en 2018 ont atteint 27 milliards d’euros, celles de l’Allemagne près de 90 milliards et celles du  Japon et de la Corée du sud dépassent 150 milliards. L’appréciation négative des économistes et des organisations professionnelles reprise par les médias a contribué à détourner nos entreprises du pays qui est devenu la deuxième puissance économique mondiale et à les dissuader d’y nouer les bons partenariats.  

Première mauvaise nouvelle, l’économie chinoise « ralentirait ». La croissance devrait se situer en 2019 entre 6 et 6,5%, soit « le niveau le plus faible depuis vingt ans ». Elle a été de  6,6% en 2018. Les mêmes commentateurs ajoutent que ces chiffres sont en outre très largement surestimés. Quand on voit l’enthousiasme avec lequel a été accueillie l’annonce d’une croissance en France de 1,4% en 2019 alors que l’on craignait de stagner autour de 1%, on croit rêver. Ce message négatif ne fait que s’ajouter aux multiples critiques dont le pays fait l’objet. Quelles que soient les circonstances, il est perçu comme une menace. S’il va trop bien, c’est au détriment de nos intérêts, si on pense, et c’est le plus souvent le cas, qu’il va beaucoup moins bien qu’on ne le dit, il peut déclencher une crise mondiale. Comment, dans ces conditions, motiver nos entreprises ? La conséquence, ce sont des marchés perdus, qui ne le sont évidemment pas pour tout le monde.

Sur le plan monétaire, on accuse la Chine de manipuler sa monnaie. Il y a dix ans, le pays a choisi d’en faire une devise internationale. Malgré quelques couacs, notamment durant l’été 2015, cette stratégie a été payante et s’est traduite par l’admission du Yuan parmi les monnaies de réserves du FMI. A terme, cela permettra de réduire la domination du dollar, dont la France et nombre d’autres pays dénoncent le caractère excessif et malsain. Au lieu de s’en féliciter, les observateurs y voient la manifestation d’un nouvel impérialisme. On met aussi en avant l’endettement excessif des entreprises chinoises et les risques sur la stabilité financière internationale. C’est un peu l’hôpital qui se moquerait de la charité, si on se souvient des circonstances qui ont conduit à la crise des subprimes puis à la crise de l’euro. Mais c’est en plus doublement infondé. Les banques chinoises ne dépendent pas des marchés extérieurs pour se financer, tant l’épargne locale est abondante. En cas de difficultés, il n’y aurait pas de répercussions hors du pays. En outre la Banque centrale chinoise a accumulé plus de 3000 milliards de dollars de réserves. Pékin ne dépend pas non plus de créanciers étrangers en cas de crise, au demeurant peu probable.

Le gouvernement cherche aussi à responsabiliser les entreprises, ce qui conduit à des défauts de paiement et se rapproche des pratiques financières des autres pays. Il est paradoxal que ces pays, qui ne cessent de critiquer le poids excessif de l’Etat dans l’économie chinoise, s’inquiètent à propos d’une action visant à corriger ce qu’ils dénoncent. Depuis peu, on invoque une menace technologique : quarante années de croissance ont transformé l’appareil de production. De simples fournisseurs, les entreprises chinoises sont devenues des concurrents, non pas en captant systématiquement de façon insidieuse ou illégale des savoir-faire mais en acquérant les compétences nécessaires et en formant les hommes et les femmes du pays. Elles se sont inscrites dans une logique historique, celle qui a fait que l’Angleterre du XVIIIème siècle n’est pas restée la seule puissance industrielle de la planète. Quant aux risques relatifs à la sécurité, ce n’est pas parce qu’un pays dispose de technologies sensibles qu’il va forcément les utiliser comme une arme contre les autres pays. Ces technologies sont, légalement ou non, facilement accessibles et il n’est pas prouvé que les hackers qui les exploiteraient soient forcément des ressortissants du pays où elles ont été développées.

Dernier phantasme, le projet des Nouvelles Routes de la Soie qui agite les Européens à propos de la visite du président chinois en Italie. La Chine aime son histoire et c’est ce qui la rapproche de la France. La référence aux infrastructures qui permirent d’exporter la soie et les céramiques sous les dynasties Han puis Tang il y a 1 500 ans  montre que l'ancien Empire du Milieu est fidèle à son passé. Il l’illustra lors d’une exposition, au musée national de Pékin, situé sur la place Tien An Men en 2014. Le projet a été rebaptisé « Belt and Road Initiative » car il lui a été adjoint les liaisons maritimes. C’est un programme de construction de routes, de voies de chemin de fer et de ports dans les pays voisins pour favoriser leur croissance et faciliter les échanges. En se développant plus vite, en Asie centrale et du sud et en Afrique notamment, ceux-ci deviendront des partenaires commerciaux. Les entreprises chinoises profiteront de ces marchés que leur pays a contribué à financer et tout le monde sera gagnant. Les critiques européennes sont incompréhensibles. Les anciennes puissances coloniales sont mal placées de reprocher à Pékin de faire ce qu’elles n’ont pas voulu ou pu faire depuis un demi-siècle. Ces liaisons ne sont pas à sens uniques. Elles vont faciliter l’arrivée des produits chinois mais les trains et les bateaux n’ont aucun intérêt à repartir vides et ils chargeront les produits européens vers tous les pays desservis, la Chine compris.

La visite du président Xi Jinping peut être l’occasion de faire reculer ce sentiment négatif  qui dissuade les entreprises françaises d’accroître leur présence en Chine. Mais il revient d’abord aux responsables politiques et aux organisations professionnelles d’ouvrir enfin les yeux et de valoriser les quelques succès que les groupes français y ont  remporté. Au début, ils sont passés par Hong Kong, dans le nucléaire et les services publics. Ces partenariats équilibrés ont été bénéfiques à leurs participants et ont été étendus à toute la Chine. Airbus a su également s’imposer comme les produits de consommation haut-de-gamme avec l’élévation du niveau de vie. L’Oréal ou Hermès y ont trouvé des relais de croissance essentiels. Peugeot, présent sur place mais peu actif pendant trente ans, à la différence de Renault, totalement absent, s’est redressé de façon spectaculaire à partir du moment où un partenariat a été conclu il y a cinq ans avec un constructeur chinois. A l’inverse, le refus d’Alstom dans les années 90 de participer au programme de construction de lignes à grande vitesse, a été une erreur majeure. Deux raisons furent invoquées. Les dirigeants n’y croyaient pas et ils craignaient qu’on leur « vole » leur savoir-faire. Ils sont restés sur le quai. Le programme est un succès et les industriels chinois n’ont pas eu besoin des technologies d’Alstom, au demeurant pas si originales, pour mettre en service leurs trains. Ce sont toutes ces leçons qu'il est grand temps de tirer.

Nos entreprises peuvent réussir en Chine, ou passer à côté de formidables opportunités. Pour cela, il faut mettre un terme au « China bashing ». Cela ne se fera pas du jour au lendemain mais la présence française est si faible comparée à celle de nos grands concurrents que nous ne pouvons que progresser. La visite du président chinois aurait alors contribué à ce qui serait, pour l’avenir industriel de la France, un tournant décisif.     

                 

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