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Le blog d'Alain Boublil

 

L'Année du Cochon a bien commencé

La Chine continue de faire l’objet d’analyses critiques et de prévisions économiques pessimistes. Le pays sert d’excuse, sinon d’alibi, au ralentissement de la croissance mondiale. Mais ses derniers résultats ne confirment pas ces jugements négatifs. Si la croissance en 2018 a été très légèrement plus faible qu’en 2017, elle est restée dans la fourchette prévue par le gouvernement, avec 6,6%, comprise entre 6,5 et 7%. On pourra dire que c’est le chiffre le plus faible depuis longtemps mais cela n’a pas grand sens. La taille de l’économie chinoise est devenue telle qu’une augmentation de 6,6% en valeur absolue est deux à trois fois plus importante qu’il y a dix ans. Or ce sont les niveaux de productions en valeur absolue qui comptent  puisque ce sont eux qui alimentent les échanges mondiaux.

Les marchés financiers ne s’y trompent pas. La bourse de Shanghai a regagné près de 15% depuis le début de l’année et a même connu une nette accélération après le Nouvel An chinois. Le Yuan est stable et devrait le rester car Pékin ne veut pas être accusé de manipuler sa monnaie, surtout au moment où les négociations avec les Etats-Unis entrent dans leur phase finale. La politique monétaire demeure accommodante et l’inflation se situe autour de 2%, chiffre qui est devenue une sorte de référence mondiale. Les réserves de la banque centrale évoluent peu, autour de 3 300 milliards de dollars. L’excédent de la balance des paiements courants a été de 49 milliards, bien en dessous de celui de la balance commerciale. Il n’y a donc aucun besoin d’agir sur le cours du Yuan, qui poursuit son internationalisation. Les transactions sur le marché de Londres ont atteint un volume record en 2018 après avoir doublé en trois ans. La City a détrôné Singapour comme première place hors de Chine. Enfin, Pékin ne veut pas connaître à nouveau les turbulences intervenues durant l’été 2015 quand les propos du Président de la banque centrale avaient été mal interprétés par les marchés.  

Au mois de janvier, les banques ont été incitées par l’Etat à accroître leur offre de financement à long terme en faveur des entreprises privées pour leur permettre d’investir davantage et de poursuivre leurs objectifs de transformation vers des production à plus forte valeur ajoutée dans le cadre du programme Made in China in 2025. Le secteur privé contribue à hauteur de 60% à la croissance de l’économie mais ce n’est pas sans risque pour les établissements prêteurs. Les défauts de paiement ont atteint 18 milliards de dollars en 2018 contre 4,5 en 2017. On peut interpréter ces chiffres de façon négative. L’économie chinoise est trop endettée et donc vulnérable. Mais il y aussi une dimension positive et structurelle. En laissant les entreprises faire face à leurs responsabilités, la Chine s’oriente de plus en plus vers une véritable économie de marché.

 Les efforts en faveur de la transition énergétique nécessitent une poursuite de la croissance des investissements. L’évolution du mix électrique en témoigne : entre 2013 et 2018, la part du charbon dans la production d’électricité est passée de 85% à 65% et cette tendance devrait s’amplifier en 2019, tout comme l’augmentation des capacités de production d’énergies solaire et éolienne. L’effort porte aussi sur l’exploration pétrolière qui s’intensifie. La production a cru de 2,2% au 4ème trimestre 2018 pour la première fois depuis 2016. Ce mouvement devrait lui aussi se poursuivre en 2019.

 Les chiffres du commerce extérieur du mois de janvier et les premières estimations des dépenses des familles chinoises à l’occasion des fêtes du Nouvel An ne montrent aucun signe d’essoufflement, bien au contraire, malgré des conditions climatiques difficiles qui ont rendu les déplacements plus compliqués. Les exportations ont cru de 13,9% et les importations de  2,9% à cause d’une forte chute des achats en provenance des Etats-Unis (- 38%), qui n’est pas étrangère aux tensions commerciales apparues à l’automne dernier. Les fêtes du Spring Festival ont donné lieu à 420 millions de déplacements dans le pays, en hausse de 7,6% sur l’année précédente. Cette semaine de vacances est traditionnellement le moment où les familles qui sont dispersées dans tout le pays se retrouvent. La première estimation des dépenses, qui correspondent aux frais de transport et d’hébergement touristique, atteindrait 76 milliards de dollars, en hausse de 8% par rapport à 2018.

A l’inverse, les immatriculations de véhicules neufs ont fortement chuté en janvier (-18%) et ce signe, avec la baisse des commandes de smart-phones annoncée par Apple ont été interprétés comme des signes tangibles de ralentissement. Pour l’automobile, cette interprétation est excessive. La hausse des ventes de voitures neuves depuis six ans, passées de 18 à 28 millions d’unités, a été tellement forte qu’une consolidation s’imposait, d’autant que dans de nombreuses villes du pays les problèmes d’embouteillages et de pollution ont incité les municipalités à restreindre les immatriculations. La baisse de janvier résulte aussi de l’attentisme de nombreux acquéreurs face à la perspective, qui s’est concrétisée, de mesures de stimulation. Mais elle n’a pas concerné bien au contraire les véhicules électriques ou hybrides rechargeables avec 75 000 et 21 000 unités, en hausse de plus de 50%. Les ventes sur le marché chinois représentent la moitié des immatriculations de ce type de véhicules dans le monde. Ce cas n’est pourtant pas transposable car les conducteurs effectuent peu de longs trajets à la différence de leurs homologues européens et  américains. La question de l’autonomie de leur véhicule et de la disponibilité des bornes ne se pose pas.

Quant à la baisse des commandes annoncée par Apple, elle reflète bien plus le succès croissant des marques chinoises ou coréennes qu’un retournement de la consommation. Les grands groupes français du luxe comme LVMH ou L’Oréal n’ont remarqué bien au contraire aucun ralentissement de leurs ventes et n’ont pas intégré dans leurs prévisions de croissance pour 2019, qui sont étroitement dépendante de l’évolution du marché chinois, de mouvement de cette nature.

Finalement la principale incertitude pour cette année, qui a donc bien mieux commencé que ce que les commentateurs et les économistes avaient prévu, concerne la négociation commerciale avec les Etats-Unis. De vives inquiétudes étaient apparues à la fin de l’année dernière et avaient déclenché la chute des marchés financiers américains et chinois. Le discours apaisant et optimiste du président américain et le report envisagé des nouvelles hausses de droits de douane ont provoqué un retournement spectaculaire des marchés. La négociation se poursuit et Donald Trump a fait  savoir à plusieurs reprises qu’il était confiant sur son aboutissement. On peut donc légitimement escompter que celles-ci aboutiront car la responsabilité d’une rupture avec Pékin serait attribuée à Washington. Elle provoquerait une chute encore plus brutale à Wall Street qu’à la fin de l’année dernière. Il est difficile d’imaginer que le locataire de la Maison Blanche soit prêt à prendre un tel risque, d’autant que les entreprises américaines ont tout à perdre en cas de crise.

Depuis des années on prédit que le « miracle chinois » va s’arrêter et chaque année cette prévision est infirmée. En France, cela a entrainé un grand scepticisme au sein des milieux industriels qui n’ont pas fait le choix stratégique, à la différence de leurs homologues allemands et à quelques exceptions près comme l’énergie et le luxe, de s’intéresser au vaste marché chinois. Espérons que cette fois la leçon des erreurs passées sera tirée et que, pendant l’année du Cochon, les entreprises françaises commenceront vraiment, seules ou dans le cadre de partenariats bien choisis, à profiter des débouchés qu’offre la Chine.        

   

    

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