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Le blog d'Alain Boublil

 

Economie française : un zéro pointé

La publication de la première estimation de la croissance au 4ème trimestre (0%) a été accompagnée de commentaires trop complaisants car ce chiffre n’est pas seulement une donnée statistique conjoncturelle. Il révèle un affaiblissement structurel de l’économie française et il aurait dû faire l’objet d’une analyse plus profonde. Il intervient après le même 0% évalué pour le 3ème trimestre. La France a donc connu une croissance nulle pendant six mois. Cette performance va peser sur les comptes de 2024. Si la croissance a été en 2023 de 0,9%, c’est grâce à un effet de moyenne et au fait que l’activité avait été plus forte au 2ème semestre 2022. Là, la situation est inverse. L’acquis de croissance pour 2024 est nul et il faudrait un rebond spectaculaire de l’activité cette année pour que l’objectif de 1,4% fixé dans la loi de finances soit atteint.

Les mauvaises performances en 2023 proviennent d’abord de la réduction de l’investissement des ménages (-5%). La baisse des mises en chantiers de logement (-22%) et des permis de construire délivrés (-24%) laissent présager une diminution de l’investissement encore plus forte en 2024. La très faible augmentation de la consommation (+0,7%) traduit les inquiétudes devant l’avenir et portera à un niveau record leur épargne financière. Les entreprises ont continué à investir davantage (+2,8% après +3,8% en 2022) mais cela n’a pas débouché sur une amélioration de la compétitivité et un redressement des échanges extérieurs de produits industriels dont le déficit ces 12 derniers mois est encore proche de 50 milliards. La contribution du commerce extérieur à la croissance est néanmoins légèrement positive grâce au déstockage de pétrole raffiné et à un effet de calendrier des livraisons dans l’aéronautique et la construction navale.

Les conséquences se font déjà sentir au niveau de l’emploi. Le taux de chômage est remonté à 7,4% et la hausse devrait se poursuivre en raison des médiocres perspectives de l’activité pour 2024. Le nombre de demandeurs d’emploi restera supérieur à trois millions malgré un contexte démographique qui aurait dû mécaniquement inverser cette tendance. En raison du vieillissement de la population le nombre de départs en retraite chaque année augmente alors que les arrivées sur le marché du travail ralentissent. Il est donc fort peu probable que l’objectif de retour au plein emploi en 2027 soit atteint.

La situation du commerce extérieur reste très préoccupante, malgré la réduction du déficit revenu à 100 milliards sur les douze derniers mois connus alors qu’il avait dépassé 160 milliards en 2022 en raison de la hausse des prix de l’énergie, du dollar et des importations d’électricité. Mais le déficit hors énergie reste très lourd, ce qui montre bien qu’aucun progrès n’a été accompli sur la compétitivité des entreprises et que le discours sur la réindustrialisation ne s’est pas traduit dans les faits.

Enfin, la situation des finances publiques a continué de s’aggraver et l’endettement de la France de s’alourdir. Le déficit de l’Etat en 2023 aura été de 173,3 milliards, soit presqu’autant qu’au cœur de la crise du Covid. Pour 2024, le déficit figurant dans la loi de finances est estimé à 147 milliards et le ratio déficit par rapport au PIB reviendrait de 4,9% à 4,4%. Mais cette présentation est fondée sur deux hypothèses contestables. Le gouvernement estime la croissance en 2024 à 1,4% mais la stagnation observée depuis six mois rend ce chiffre bien trop optimiste. Les recettes basées sur ce chiffre sont donc tout aussi surévaluées.

En résumé l’économie française au début de l’année 2024 est en stagnation avec un chômage en hausse et des déficits publics et extérieurs considérables. Pendant ce temps, le pays est confronté à des vagues de mécontentements provoquées par la dégradation des services publics et l’intrusion croissante de l’Etat dans la vie quotidienne des ménages et des entreprises. Comment en est-on arrivé là ? Par une succession d’erreurs majeures de politique économique.

La première est constituée par des transferts excessifs en faveur des entreprises, au nom de la recherche de la compétitivité. Il y a d’abord eu le CICE instauré en 2013 qui s’est ensuite transformé en allègement permanent de charges sociales. Pour compenser cette perte de recettes, l’Etat a augmenté les impôts sur les ménages ce qui a freiné la croissance sans effet notable sur l’investissement et encore moins sur la compétitivité puisque le déficit extérieur en biens hors énergie n’a cessé de s’aggraver comme viennent de le montrer les derniers chiffres publiés.

En même temps, l’Etat concentrait les allègements de charges sur les bas salaires. Les entreprises ont commencé par freiner les hausses pour ne pas perdre ces avantages et elles sont devenues de plus en plus réticentes à recruter des emplois qualifiés. La « smicardisation » dénoncée par le gouvernement aujourd’hui n’est que la conséquence de l’action de ses prédécesseurs. Pendant qu’on demandait aux entreprises de « monter en gamme », ce qui nécessitait une main d’œuvre de haut niveau, on concentrait les aides publiques sur les métiers peu ou pas qualifiés, ce qui a abouti à un résultat exactement inverse de l’objectif

L’analyse suivant laquelle le coût du travail était la principale cause des délocalisations et de la désindustrialisation était fausse et il suffit pour s’en convaincre d’observer l’évolution de la production industrielle. A la fin de l’année 2023, elle a réussi difficilement à retrouver le niveau atteint en 2015. Mais les différences entre les secteurs sont frappantes. L’électronique a cru de 8% mais l’automobile a baissé de 7%. L’industrie pharmaceutique est en hausse de 36% et le textile habillement de 7% quand la filière bois-papier a baissé de 14% et le raffinage de 20%. Le succès industriel résulte donc avant tout des bons choix stratégiques des dirigeants et de la qualité des salariés et non de la baisse du coût du travail.

La dernière erreur majeure commise par l’Etat concerne l’énergie et la place du nucléaire. Pendant trente ans les ménages comme les entreprises ont bénéficié d’une source d’énergie décarbonée, compétitive offrant au pays un élément majeur de souveraineté. Le refus de construire de nouvelles centrales, la perspective affichée d’une réduction de la part du nucléaire dans un contexte où la demande d’électricité était appelée à croître fortement au nom de la transition énergétique ont affaibli cette industrie à un moment où la France allait   en avoir de plus en plus besoin. Les conséquences financières sont lourdes. L’Etat a dû créer un « bouclier tarifaire » pour protéger les ménages et les entreprises des perturbations observées après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Rattraper le temps perdu aura un coût élevé pour la collectivité.

En économie, il n’y a pas de fatalité. La stagnation, la remontée du chômage, le lourd endettement public comme la désindustrialisation ne sont pas le fait du hasard quand ces phénomènes sont durables. La France, comme les autres pays, a dû affronter des chocs extérieurs mais l’affaiblissement du tissu économique causé par les erreurs passées a rendu ces chocs bien plus douloureux. Pour remettre le pays sur la bonne voie, il est indispensable d’identifier les erreurs commises et y remédier. C’est déjà le cas pour le nucléaire mais il reste beaucoup à faire. L’efficacité de l’action de l’Etat dépendra de sa capacité à débureaucratiser. La réduction des dépenses qui en découlera permettra d’améliorer la qualité des services publics, ce qui sera perçu par la population comme un premier pas dans la compréhension de ses aspirations. L’autosatisfaction est un remède pire que le mal.  

 

                

 

 

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