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Le blog d'Alain Boublil

 

Economie américaine : mirage ou miracle ?

La campagne électorale américaine vient de commencer avec la primaire républicaine dans l’Iowa et il est certain qu’à côté des enjeux de société comme l’immigration, les questions économiques vont avoir une place centrale dans le débat. L’administration Biden va défendre son bilan alors que les Républicains vont expliquer qu’avec eux les résultats auraient été bien meilleurs et surtout que la plupart des progrès enregistrés découlent des décisions prises sous le mandat de Donald Trump. La seule chose qui est certaine, c’est que l‘économie américaine depuis ces dernières années a obtenu des performances nettement meilleures que celles de l’Union Européenne. Cela s’est répercuté aussi sur les marchés financiers. Wall Street a largement surpassé Paris et Francfort.

En 2023, la croissance Outre -Atlantique a atteint 2,1% selon les premières estimations alors que sur le Vieux Continent elle n’a été que de 0,7%. Les difficultés structurelles de l’Allemagne qui a été proche de la récession et pour qui l’année 2024 ne s’annonce pas meilleure ont contribué à cet écart et les perspectives européennes restent médiocres. Les Etats-Unis, au contraire, sont proches du plein emploi avec un taux de chômage qui fluctue peu autour de 3,5% et la consommation des ménages reste le principal moteur de cette croissance grâce à une évolution dynamique du revenu disponible des ménages. Une fois l’inflation soustraite, il s’est accru de 14% entre 2018 et 2023 contre seulement 5% dans la zone euro.

Alors qu’en Europe on a assisté, notamment en France, à une augmentation de l’épargne, signe d’inquiétude face à l’avenir, et à un ralentissement de l’endettement, les comportements aux Etats-Unis ont été très différents avec une forte baisse du taux d’épargne tombé à 7% du revenu disponible brut et à une augmentation de l’endettement qui témoignent d’un niveau de confiance plus important. Les choix de politique économique n’ont pas été étrangers à ces différences, en particulier sous l’administration Biden.

Au début de son mandat, le nouveau président s’inscrit dans la logique de son prédécesseur avec une politique budgétaire très expansionniste, des programmes massifs d’investissement dans les infrastructures largement financés par l’Etat fédéral. Des aides publiques tout aussi importantes sont accordées à des secteurs industriels ou technologiques jugés stratégiques dans un contexte de tensions accrues avec la Chine. Mais cette politique vise aussi les concurrents européens. Ce seront l’Inflation Reduction Act, dont le libellé ne doit pas induire en erreur car l’inflation n'est qu’une préoccupation mineure dans ce programme et le Chips Act.

Avec la remontée de l’inflation à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le pays va adopter une politique monétaire restrictive. Les taux d’intérêt directeurs de la Reserve Fédérale seront fortement relevés de 0,25% jusqu’à 5,5% en moins de 18 mois. Les dernières données sur la croissance montrent que si cette politique a contribué à ramener l’inflation à un niveau toujours supérieur à 2% mais bien plus bas que le pic atteint en 2023, elle n’a pas, loin de là, provoqué de récession dans le pays, contrairement à ce que l’on avait observé dans le passé.

Les performances économiques américaines sont aussi dues au développement de sa production d’énergies fossiles grâce à la mise en exploitation des considérables gisements de pétrole et de gaz de schiste. Les sanctions décidées contre la Russie ont provoqué une hausse des cours, une relance des investissements et des exportations. On prévoit pour 2024 une production record de 12,8 millions de barils par jour de pétrole. Les Etats-Unis sont aussi devenus grâce au gaz naturel liquéfié un des premiers exportateurs mondiaux avec le Qatar et l’Australie et ont remplacé la Russie en devenant le premier fournisseur de l’Europe en 2023. 

Depuis dix ans, les Etats-Unis ont régulièrement baissé leurs émissions de CO2 mais ce n’est pas le résultat, à la différence de l’Europe, de l’adoption d’une politique volontariste de transition énergétique. La cause principale de cette baisse a été le remplacement du charbon par du gaz dans les centrales électriques grâce précisément aux prix compétitifs des nouvelles ressources provenant des gisements de gaz de schiste. La réduction des émissions provient donc d’un transfert entre énergies fossiles et non d’une diminution du recours aux énergies fossiles. Aucun effort particulier n’a été entrepris pour réduire la consommation d’énergie et dissocier celle-ci de la croissance. Quant aux énergies renouvelables, elles ont fait l’objet d’investissements importants mais elles n’ont pas vocation à être une alternative aux énergies fossiles. Leur part dans la consommation d’énergie primaire (8%) est presque deux fois inférieure à celle observée en Europe (14%)

Autre différence majeure avec l’Union Européenne, le retour de l’Etat, de la politique industrielle et d’un esprit protectionniste pour répondre aux tensions géopolitiques. La concurrence n’est plus la solution. Le Buy American Act existe depuis longtemps mais son application est devenue plus rigoureuse. Des barrières tarifaires ont été instaurées et des programmes massifs de financements publics ont été lancés pour rapatrier sur le territoire américain des productions jugées stratégiques chaque fois que cela était possible. Aucune action d’une telle ampleur n’a même été imaginée en Europe où la concurrence reste un principe incontournable et où les aides d’Etat, dont la définition est très large comme on vient de le voir avec EDF, restent proscrites. Un dernier exemple vient d’être fourni par  l’Agence Spatiale Européenne en affirmant qu’Arianespace n’aurait aucune garantie concernant les lancements futurs.

Enfin, la politique économique américaine, sous les mandats de ses deux derniers présidents ne s’est fixé aucun objectif contraignant en matière de finances publiques. Le déficit en 2023 est estimé à 7% du PIB sans que cela ne suscite d’inquiétude ou de véritable débat politique. De même, la croissance de la consommation des ménages a été à l’origine d’un déficit du commerce extérieur proche de 1000 milliards de dollars, malgré un large excédent pour l’énergie. L’Union Européenne, elle, connait un excédent et la zone euro a limité son déficit public en 2023 à un niveau deux fois plus faible que les Etats-Unis.

Le contraste entre les situations de ces deux zones économiques majeures est spectaculaire. On met en avant les succès américains avec une croissance trois fois plus forte qu’en Europe mais on mentionne rarement que ce pays a fait des choix radicalement différents : le niveau de déficit public ne fait pas l’objet d’une réglementation comme en Europe avec les critères de Maastricht. Le plafond de la dette est régulièrement relevé par le Congrès au terme d’un débat qui porte plus sur la nature des dépenses que sur leur montant. La politique de l’énergie est fondée sur le développement de la production de pétrole et de gaz et non sur la sortie des énergies fossiles. Enfin l’intervention de l’Etat est de plus en plus importante, au détriment des concurrents étrangers et en faveur de la relocalisation sur le sol américain.

On ne peut donc pas à la fois regarder avec envie les performances de l’économie américaine et ne pas se poser de question sur la pertinence des politiques adoptées en Europe. Le modèle américain n’est pas sans failles avec la montée des endettements intérieurs et des déficits extérieurs et le passé nous rappelle que le risque de crise majeure avec des conséquences sur l’économie mondiale existe. La situation actuelle relèverait alors du mirage. Mais à l’inverse, si les succès économiques deviennent durables, qui que soit le prochain président des Etats-Unis, on pourrait alors parler de miracle et il serait bon en Europe qu’on en tire les leçons.    

  

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