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Le blog d'Alain Boublil

 

Le grand défi énergétique

Aucun Etat ne peut ignorer l’importance de l’énergie dans le bon fonctionnement de l’économie comme dans la qualité de la vie de ses habitants et au regard des exigences environnementales. Or le monde traverse aujourd’hui une crise énergétique majeure, sans rapport avec les deux chocs pétroliers des années 70, quand le pétrole est la source d’énergie la plus stratégique. La population de la planète est deux fois moins importante et la Chine, comme l’Inde, ne sont pas encore entrés dans leur phase de développement. La création d’un cartel de pays producteurs qui décident d’appliquer un embargo vis-à-vis des pays occidentaux à la suite d’une crise au Moyen-Orient et ensuite la révolution iranienne vont provoquer une forte hausse des prix du pétrole. On pense aussi, comme au Club de Rome, que l’on va vers un épuisement des ressources, c’est la fameuse théorie du « Peak Oil ». Cette prévision sera largement démentie mais le caractère stratégique du pétrole et plus généralement des énergies fossiles deviendra de plus en plus évident.

La crise que le monde traverse aujourd’hui est bien plus grave et exigera des Etats des choix beaucoup plus difficiles. Leur première priorité est la sécurité des approvisionnements lesquels doivent être assurés au prix le plus bas possible pour protéger le pouvoir d’achat et ne pas affecter la compétitivité des entreprises. La recherche de l’indépendance doit aussi tenir compte des considérations politiques : l’invasion de l’Ukraine vient de le rappeler. Les sources doivent en plus être les moins nocives possibles pour l’environnement, tant au niveau de la production que de son utilisation.

La meilleure manière de concilier toutes ces exigences est d’améliorer l’efficacité énergétique et de faire évoluer les comportements. Les Etats doivent à la fois être en mesure de réagir très vite pour disposer des sources approvisionnements et des outils de production adaptés et élaborer des politiques à long terme car l’évolution des modes de consommation est lente et  largement liée au renouvellement du stock des équipements qui fonctionnent avec de l’énergie et aux travaux à accomplir sur le parc de logements et de bâtiments à usage professionnels par exemple. La fixation d’objectifs avec des échéances très éloignées répond à cette contrainte mais elle ne donne aucune garantie quant à leur réalisation puisque les gouvernements qui les élaborent et qui s’en prévalent ne seront plus là depuis longtemps pour rendre compte de leurs résultats.  

L’électrification répond au double objectif d’autonomie et de réduction des émissions de gaz à effet de serre à condition que les modes de production ne soient pas fortement émetteurs. Le parc automobile est en Europe la cible prioritaire. Il n’est pourtant pas évident qu’elle soit la meilleure. Après dix ans de fortes subventions, 90% des acquéreurs en France choisissent encore des moteurs thermiques ou hybrides. L’insuffisance de l’autonomie et les contraintes liées à la recharge dissuadent d’acquérir des véhicules qui ne permettront pas aux familles de partir en vacances. La priorité devrait être donnée aux flottes professionnelles et aux véhicules de livraison ou de transport légers le plus souvent anciens, utilisant le diesel et fortement polluants. Une révolution logistique doit aussi être entreprise pour redonner au transport ferroviaire la place qu’il a perdu et réduire le nombre de poids lourds qui traversent les territoires.

Le choix de l’électrification doit s’accompagner d’une augmentation des capacités de production capables de garantir les approvisionnements. La solution défendue jusqu’à présent, des énergies renouvelables, solaires et éoliennes, a montré avec les conséquences de la crise ukrainienne en Allemagne, ses limites. Elles sont intermittentes et aucune technique de stockage existante ou prévisible, n’est en mesure d’y remédier. Des modes de production permanents doivent toujours être prêts à entrer en service lorsqu’elles sont à l’arrêt. L’affirmation suivant lesquelles ces énergies sont devenues compétitives est fausse puisque si les coûts de fonctionnement et d’investissement ont baissé, il faut leur ajouter les dépenses d’investissement et de maintenances des centrales qui devront être mises en service lorsque les renouvelables ne pourront pas produire. Elles seront donc toujours plus coûteuses que les centrales classiques.

L’augmentation des capacités permanentes est donc indispensable mais la part du charbon, très compétitif, doit rapidement être réduite car ces centrales émettent beaucoup plus de CO2 que les autres et constituent un grave dommage à l’environnement local avec leurs rejets de particules. L’expression « smog » qui caractérisait l’air autour de Londres au siècle dernier provenait de la contraction entre le brouillard (fog) et les fumées (smoke) générées par les centrales à charbon qui entouraient la ville. Les Etats-Unis ont réussi à réduire leurs émissions depuis dix ans de façon significative grâce à la substitution du gaz de schiste qui est moins coûteux que le charbon pour produire de l’électricité.

Le gaz naturel et le nucléaire sont donc les sources de production permanente d’électricité nécessaires pour satisfaire les besoins générés par l’électrification. Le nucléaire n’est  envisageable que s’il est accepté par la population et si sa technologie et sa maintenance sont maitrisées par le pays. La France a longtemps satisfait à ces deux conditions, ce qui a permis une production à des prix compétitif et au pays d’être l’un de ceux, parmi les économies  développées émettant par habitant le moins de gaz à effet de serre. Depuis dix ans, ses dirigeants politiques tergiversent à propos de la prolongation de la durée de vie des centrales et de le lancement de nouvelles, sans parler de la fermeture de Fessenheim, qui avait pourtant son autorisation d’exploitation, sous la pression de l’Allemagne où était exportée une partie de sa production, ce qui concurrençait ses centrales à charbon. Ce temps perdu fragilise la production affectée par de lourds travaux de maintenance ou de réparation à la suite de la découverte de corrosion sur certaines pièces. Pourtant, par rapport aux douze mois précédents, grâce à la hausse des prix du marché, le solde exportateur a doublé pour atteindre 2 milliards d’euros. La production (330 GWh) est restée stable sur la même période malgré la chute de 20% observée au mois d’avril mais elle va reculer en raison de l’arrêt de plusieurs centrales qui intervient au plus mauvais moment.

L’autre choix, c’est le gaz naturel qui est devenu une matière première aussi stratégique que le pétrole et l’enjeu des crises géopolitiques actuelles. C’était une source d’énergie marginale car elle posait des problèmes majeurs de transport, à la différence du charbon et du pétrole. La construction des gazoducs exigeait, pour que les investissements soient rentables, des contrats à long terme entre producteurs et clients. Cela s’ajoutait aux contraintes géographiques puisque les deux parties devaient appartenir à un même continent. La liquéfaction du gaz naturel et son transport par voie maritime a révolutionné le secteur ce qui offre un choix plus grand de fournisseurs pour s’affranchir des contraintes géopolitiques comme actuellement. Cela a aussi permis aux Etats-Unis de devenir un pays exportateur et d’atténuer les menaces de pénurie en temps de crise. Ainsi, les stocks de gaz naturel de la France, à la fin du mois d’avril étaient de 68,6 TWh, soit un niveau supérieur à celui observé il y a un an (61 TWh), ce qui relativise le risque de pénurie cet hiver.

La réponse aux défis énergétiques et environnementaux de demain est possible, les ressources et les technologies sont disponibles, mais à une condition essentielle, que les Etats concernés adoptent les stratégies appropriées et qu’ils n’en changent pas en raison des considérations politiques du moment en préférant la communication à l’action.       

   

    

 

 

           

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