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Le blog d'Alain Boublil

 

les défis énergétiques de l'Europe

La crise sanitaire avait déjà montré l’inadaptation des règles européennes dans le domaine de l’énergie. La rupture de plusieurs chaines d’approvisionnement avait provoqué des tensions sur les énergies fossiles qui s’étaient répercutées, notamment en France, sur les prix de l’électricité. Les Etats avaient dû intervenir pour protéger le pouvoir d’achat et préserver la situation des entreprises dont les coûts de production allaient être alourdis. A cette situation déjà fragile s’ajoutent maintenant les conséquences de l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui est l’un des principaux fournisseurs d’énergie fossiles de l’Europe. Ses exportations constituent une source de revenu essentielle et permettent de financer cette invasion. Le choix semble alors impossible entre continuer à s’approvisionner et apparaître comme soutien de Moscou ou résilier, au titre des sanctions, les contrats et faire plonger l’Europe, du fait de la pénurie de gaz naturel qui va en résulter, dans une crise encore plus profonde que ce qu’elle vient de connaître avec la pandémie. Cette situation résulte de l’incapacité qu’a eu jusqu’à présent l’Europe à définir une politique énergétique adaptée aux contraintes géopolitiques, économiques et environnementales.

Une politique de l’énergie doit répondre à trois objectifs, garantir la sécurité des approvisionnements, offrir aux utilisateurs les meilleures conditions de prix et assurer la transition énergétique pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les choix dans ce domaine appartiennent aux Etats mais ils doivent respecter les règles figurant dans les traités et satisfaire les objectifs environnementaux fixés par Bruxelles. Les gouvernements, pour répondre à des considérations de politique intérieure, ont eu jusqu’à présent des visions très différentes comme l’a montré le vif débat qui les a opposés à propos du financement communautaire des investissements à réaliser pour s’engager dans la transition énergétique. Ils peuvent aussi être confrontés à des choix difficiles.

Les énergies renouvelables, à l’exception de la production hydraulique, sont intermittentes et il n’existera pas avant longtemps de solutions techniques pour y remédier, en dépit de tous les discours optimistes mais peu réalistes sur le stockage. La production électrique étant indispensable, il convient de disposer de sources de production capable de faire face, comme on l’a vu par exemple cet automne en Allemagne, à des situations climatiques forçant l’arrêt des productions renouvelables. Avant même l’invasion de l’Ukraine, la hausse des cours du gaz naturel et les conditions météorologiques avaient incité les électriciens en 2021 à remettre en service leurs centrales à charbon dont la production, pour la première fois depuis 2011 était repartie à la hausse en Europe (+18%). Cette réalité incontestable fait apparaître les coûts réels de production des énergies éoliennes et solaires et la nécessité de disposer de sources alternatives.

Pour donner une présentation favorable de la compétitivité de ces nouvelles sources de production, on avait omis de prendre en compte la garantie à apporter en toutes circonstances à l’alimentation des réseaux. Il convient donc d’intégrer dans leurs coûts ceux relatifs aux investissements et à la maintenance des centrales électriques appelées à fonctionner en cas d’incapacité des sources renouvelables. Cette compétitivité si souvent mise en avant devra donc être relativisée. Pour les pays ne disposant pas de centrales nucléaires, le choix consiste alors entre deux mauvaises solutions, faire fonctionner des centrales à charbon, avec toutes les conséquences sur les émissions de CO2 et de particules, ou au gaz. L’Europe se rendrait alors, dans ce dernier cas, plus dépendante de certains pays producteurs au premier rang desquels figure la Russie puisqu’aucun investissement n’a été entrepris avec le soutien de Bruxelles pour diversifier les sources et notamment construire des terminaux permettant d’accueillir du Gaz Naturel Liquéfié ce qui permettrait d’élargir le cercle des fournisseurs.

La priorité clairement affichée par les institutions européennes en faveur des énergies renouvelables et le silence à l’égard du nucléaire ont donc eu pour conséquence de placer les Etats membres au premier rang desquels l’Allemagne, devant un choix impossible entre rester dépendant de la Russie ou renoncer à atteindre les objectifs en matière d’environnement. Les énergies renouvelables ne sont pas près de constituer une réponse au double défi de l’indépendance des approvisionnements et de la réduction des émissions. La solution par le stockage de l’électricité produite pour la réinjecter dans le réseau en cas de besoin est, pour très longtemps encore, illusoire. L’imagination des chercheurs est sans limite, depuis la construction de réservoirs en béton au fond des océans pour stocker de l’air comprimé jusqu’à la conversion de l’électricité en hydrogène en passant par l’utilisation des immenses datas centers. Mais elle n’a pour l’instant débouché sur aucune réalisation crédible et cela  nécessiterait d’immenses investissements dont il n’est pas prouvé qu’ils soient acceptés par les populations concernées

La seule alternative non intermittente et localisée à l’intérieur de l’Europe est la production nucléaire. Or le choix de plusieurs pays européens de sortir du nucléaire ou de faire pression sur leur voisin pour qu’ils ferment des centrales, comme ce fut le cas à Fessenheim alors que l’Autorité de Sureté avait maintenu son autorisation pour la poursuite de la production, n’a jamais fait l’objet d’intervention de Bruxelles. A un moment où des moyens considérables sont développés pour accroître l’utilisation de l’électricité dans les transports ou dans l’habitat, renoncer au nucléaire équivaut à encourager le recours aux énergies fossiles qui sont néfastes pour l’environnement et importées pour une large part depuis la Russie ou ce qui est pire, remettre en activité des centrales à charbon comme on l’observe depuis deux ans et ce qui provoquera une reprise de la croissance des émissions de CO2, en totale contradiction avec les objectifs ambitieux annoncés. La conversion vers l’électrique pour décarboner les activités n’a de sens que si la production d’électricité est elle-même décarbonée.

La réglementation européenne ne s’est pas contentée de montrer ses réticences face au nucléaire en hésitant longuement avant d’inclure cette source de production d’électricité dans les programmes d’investissement dédiés à la transition énergétique. Elle a imposé au producteur français de revendre à un prix très faible une part croissante de sa production à ses concurrents, ce qui le prive des bénéfices tirés de l’exploitation du parc qu’il a construit et pèse lourdement sur sa situation financière, au moment où des investissements majeurs pour le renouvellement du parc vont être indispensables. Bruxelles a aussi imposé, toujours au nom de la concurrence un mode de fixation des prix de l’électricité incorporant les conséquences des hausses des cours du gaz naturel ce qui force les Etats à prendre en charge une partie des augmentations de prix.

Au même moment, afin de rechercher des solutions alternatives au gaz russe, la Commission demande aux Etats-membres de s’allier dans les négociations avec de nouveaux fournisseurs, c’est-à-dire de constituer un cartel pour éviter que ces demandes provoquent une nouvelle hausse des cours du gaz. Après avoir érigé le principe de la concurrence libre et non faussée comme base de l’organisation des économies européennes, elle propose de remettre en cause ce principe. Il aurait bien mieux valu depuis le début ne pas l’appliquer à des secteurs aussi essentiels que la production et la distribution de l’électricité et du gaz.

L’Agenda européen, à la suite de ces multiples crises va donc être chargé. Il faudra adapter les règles relatives aux finances publiques qui sont devenues obsolètes et qui ne sont plus respectées par les Etats-membres. Il faudra aussi ne pas manquer l’occasion de construire une véritable politique énergétique commune qui réduira la dépendance extérieure de l’Union et qui permettra d’atteindre les objectifs ambitieux adoptés pour limiter le réchauffement climatique.              

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