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Le blog d'Alain Boublil

 

La France et le chômage

La publication des derniers chiffres a donné lieu à des commentaires rassurants. Le taux de chômage et le nombre des demandeurs d’emploi à la fin du mois d’octobre sont revenus au niveau qui était observé à la veille de la crise économique provoquée par l’épidémie de la Covid-19. Ces résultats constituent sans aucun doute une bonne nouvelle car le pire était à craindre et des prévisions faisant état de centaines de milliers de faillites et de chômeurs supplémentaires avaient été avancées. Les politiques mises en œuvre pour faire face à la crise économique ont donc été efficaces. L’octroi de financement garantis par l’Etat a permis aux entreprises qui avaient été fragilisées de survivre. Les dispositions relatives au chômage partiel ont protégé le maintien des liens indispensables entre employeurs et salariés et la conservation des compétences.

Mais le fait que l’on ait retrouvé en France un niveau de chômage et d’emploi proche de celui qui prévalait au début de l’année 2020 ne doit générer qu’une satisfaction toute relative car ce niveau était très élevé et il montre que les politiques conduites depuis quarante ans et surtout depuis la crise financière de 2007-2008 n’ont pas donné les résultats escomptés. Il y avait alors environ 2, 5 millions de demandeurs d’emplois en catégorie A pour la France entière. Ils étaient à la fin de l’année 2019 3,5 millions soit un million de plus. Quant au taux de chômage, il était de 7% avant la crise financière. Il dépasse 8% aujourd’hui. Seuls les pays d’Europe du sud font plus mal. L’Allemagne, les Etats-Unis et le Japon ont des taux de chômage deux à trois fois plus faibles.

Trois facteurs  influent sur le marché du travail. Le premier et de loin le plus important est la démographie. Les très faibles taux de natalité de l’Allemagne et du Japon constituent la principale raison de leur bas niveau de chômage. La France a profité, durant la période que l’on a qualifié à tort des Trente Glorieuses, d’une situation comparable. La faible natalité de l’entre-deux guerres combinée avec les pertes humaines massives provoquées par ces deux conflits avaient réduit la population disponible au moment où, du fait de la reconstruction, l’offre d’emplois était en forte hausse.

Le deuxième facteur est de nature sociétale. Une transformation majeure est intervenue avec la génération née après la Seconde guerre mondiale, les « baby-boomers » et la reprise de la natalité. Alors que par le passé les femmes aspiraient en majorité à se consacrer à leur foyer, la nouvelle génération a choisi de concilier ces tâches avec l’exercice d’une activité professionnelle. La demande de travail a alors explosé à partir du milieu des années 70. Cette transformation du marché de l’emploi est intervenue au moment où l’économie mondiale était frappée par les deux chocs pétroliers et connaissait une période de ralentissement. Il n’est donc pas surprenant que l’économie française ait été confrontée à une forte et durable augmentation du chômage.

Le troisième facteur est donc à caractère économique. On estime pendant toute cette période que c’est la croissance qui va permettre de retrouver le plein emploi, même s’il faudra compter avec l’évolution de la productivité du travail qui agira en sens inverse. Mais les politiques menées depuis n’ont jamais permis d’atteindre cet objectif. La France a certes connu de brefs moments  comme à la fin des années 90 ou avant la crise financière de 2007-2008, où le chômage a reculé significativement mais il est reparti à la hausse comme le montrent les chiffres qui viennent d’être publiés. Il y a encore plus de 3,5 millions de personnes sans activité qui recherchent un emploi. Et si l’on ajoute ceux qui n’ont qu’un emploi précaire ou à temps très partiel et qui veulent retrouver un emploi à temps plein, le chiffre dépasse 5 millions.

Trois types de politique ont pourtant été mises en place. Il y a eu d’abord les politiques d’inspiration keynésienne dans les années 80 avec la relance de la consommation, laquelle contrairement à ce qu’on a prétendu n’a pas accru les importations et les emplois à l’étranger, et de l’investissement avec les grands travaux. Cette politique a freiné l’augmentation du chômage mais n’a pas été suffisamment durable pour que la France se rapproche du plein emploi.

Une politique inverse a été adoptée à partir de 2012. Au lieu de soutenir la demande, l’Etat a choisi de réduire le coût du travail, jugé responsable de la perte de compétitivité des entreprises et des délocalisations. La charge très élevée pour les finances publiques a été en partie répercutée sur les impôts des ménages, ce qui a provoqué un coup d’arrêt de la croissance et donc des créations d’emploi. Cette politique qui a été renforcée ces dernières années a été, vu le niveau très élevé du chômage à la fin de l’année 2019, un double échec. Elle a conduit à un accroissement de l’endettement public sans aucun résultat sur l’emploi. Elle n’a pas non plus profité à l’activité industrielle et aux comptes extérieurs.

La troisième voie, c’est le partage du travail. Face à une offre d’emplois qui croit peu du fait des gains de productivité générés par l’innovation (robotisation dans l’industrie, digitalisation dans les services) et une demande d’emplois qui croit, la seule solution efficace serait de trouver des formes de réduction de la durée du travail qui correspondent à une demande des salariés et qui soit compatible avec le bon fonctionnement des entreprises et des services publics. L’adoption de la semaine des 35 heures en 1998, tant décriée aujourd’hui, a permis une réduction très significative du nombre des demandeurs d’emplois, réduction en partie aussi due au retour temporaire d’une croissance forte de l’économie mondiale. Mais son application aux services publics a provoqué des désorganisations dont on paye encore aujourd’hui le prix dans le secteur de la santé et des recrutements qui ne se justifiaient pas dans de nombreuses administrations de l’Etat et des collectivités locales.

En revanche l’encouragement du travail à temps partiel pour ceux qui le choisissent permettrait de créer rapidement de nombreux emplois. En Europe, ce sont les pays qui y ont le plus recours comme l’Allemagne, qui ont le taux de chômage le plus bas. En France au contraire, on a choisi de donner des avantages fiscaux et sociaux pour ceux qui font des heures supplémentaires, ce qui va à l’encontre des créations d’emplois. Il aurait fallu au contraire favoriser le travail à temps partiel avec des incitations significatives.

L’échec des gouvernements successifs en matière d’emploi qui se traduit par un chômage élevé accompagné d’un double déficit record, budgétaire et extérieur, tient à deux défauts français persistants. Le premier consiste à poursuivre deux objectifs à la fois, sans se demander s’ils ne sont pas contradictoires. L’exemple des aides aux heures supplémentaires est révélateur. On veut en même temps soutenir le pouvoir d’achat de quelques uns et l’emploi de tous. Le second consiste  à adopter des mesures qui s’appliqueront à tout le monde de peur que ceux qui n’en bénéficient pas soient mécontents. La réduction des charges sociales décidées au nom de la compétitivité a ainsi profité davantage à la Poste et à la grande distribution qu’à l’industrie automobile. Il ne saurait y avoir de politique volontariste et efficace qui ne soit ciblée.

Espérons que les débats politiques qui vont s’ouvrir avec la prochaine élection présidentielle donne l’occasion aux candidats de s’exprimer sur la question du chômage et que des propositions crédibles soient enfin présentées aux Français.

            

 

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