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Le blog d'Alain Boublil

 

Les grandes erreurs économiques

Durant les années 70, on était convaincu que le contrôle des prix était nécessaire pour lutter contre l’inflation. C’est au contraire leur libération progressive qui permit à la France de s’affranchir de cette faiblesse structurelle. De même on a longtemps cru que la relance de la consommation engendrait l’accroissement du déficit commercial comme en 1982. On sait aujourd’hui que c’est faux et que ce sont les conséquences de la forte hausse du dollar sur la facture pétrolière de la France qui furent à l’origine durant cette période de la détérioration de la balance commerciale.

L’histoire récente n’échappe pas à ces erreurs d’analyse. Les déséquilibre économiques génèrent souvent un profond mécontentement et conduisent les responsables politiques à rechercher puis à mettre en application les remèdes supposés les corriger. Un chômage élevé, le recul des parts de marché industrielles et les déficits de toute nature ont ainsi abouti en France à la conclusion suivant laquelle c’était le coût trop élevé du travail qui était la source de tous nos maux. Cette conclusion, contrairement à ce que l’on aurait pu croire, n’émanait pas du patronat mais de la grande majorité des économistes. L’élargissement de l’Europe aux pays de l’Est puis l’essor de la mondialisation ouvraient notre marché à la concurrence de pays ayant des niveaux de salaires moins élevés. La seule solution pour y faire face était donc, pensaient-ils, de réduire nos propres coûts lesquels étaient, en outre, grevés par les prélèvements destinés au financement de la protection sociale.

Depuis vingt ans, les gouvernements successifs ont ainsi mis en œuvre des politiques s’inspirant de cette analyse. Ils ont commencé par réduire les charges sur les bas salaires, ce qui est paradoxal puisque cela concernait surtout des emplois peu qualifiés dans les services et moins soumis à la concurrence internationale. On a créé ensuite les crédit d’impôt en faveur des dépenses de recherche-développement avant d’adopter en 2012 le Crédit d’Impôt pour le Compétitivité et l’Emploi (le CICE), qui a été transformé ensuite en baisse de charge permanente. Ces mesures ont été financées en partie par des hausses de l’impôt sur le revenu des ménages, ce qui a affecté le pouvoir d’achat et donc la croissance et par une augmentation de l’ensemble des déficits publics, ce qui a constamment placé la France dans une position difficile auprès de ses partenaires européens.

En plus des arguments théoriques, il y avait eu aussi l’exemple allemand et les réformes Hartz décidées par les sociaux démocrates sous l’autorité du chancelier Gerhard Schroeder. Mais elles avaient été mal interprétées. Le droit du travail et les règles de fonctionnement des entreprises étaient très protecteurs. Le gouvernement décida de les assouplir pour faciliter la création d’emplois plus précaires et à temps très partiel, ce que l’on a appelé alors les « mini-jobs ». Cela inspira et cela conforte toujours ceux qui soutiennent cette politique de réduction du coût du travail. Seulement tel n’était pas l’objet de ces réformes, qui n’ont pratiquement eu aucun effet sur les grands centres industriels de la République Fédérale.

Dix ans après l’unification, le chômage était encore très élevé à l’Est et les migrations pour trouver des emplois à l’Ouest étaient en train de repartir. Cela inquiétait les sociaux-démocrates car cela risquait de leur faire perdre la majorité dans de nombreux länder, les anciens communistes préférant voter pour des partis d’extrême gauche ou basculer vers les chrétiens-démocrates. Ces réformes avaient donc pour but de faciliter les créations d’emplois dans l’ancienne Allemagne de l’Est et y fixer la population et non de les appliquer à l’Ouest afin d’améliorer la compétitivité de l’industrie allemande qui n’en avait pas besoin.

Ses succès n’ont pas résidé dans la réduction des coûts salariaux, qui n’a pas eu lieu, mais dans une stratégie de montée en gamme de ses produits avec une main d’œuvre hautement qualifiée et donc bien rémunérée et une politique de délocalisation limitée, consistant à garder sur son territoire la maximum de valeur ajoutée et d’emplois. Les entreprises allemandes ont ainsi contribué à transformer les anciens satellites politiques de l’Union soviétique en des satellites économiques de l’Allemagne réunifiée.

L’industrie française, ces vingt dernières années a suivi la trajectoire exactement inverse. Elle est passée d’un excédent extérieur structurel à un lourd déficit qui s’est encore aggravé ces dernières années pour approcher 50 milliards d’euros et sa part dans la valeur ajoutée ne cesse de reculer. La production, malgré le rebond intervenu en 2021, n’a pas dépassé le niveau observé en 2015. La France a toujours un taux de chômage élevé et plus de 3 millions de demandeurs d’emplois, chiffre auquel il convient d’ajouter plusieurs millions de personnes qui ont soit été dissuadées de trouver du travail, soit forcées d’accepter des emplois à temps partiel ou des contrats courts. Malgré ce contexte, il y a des secteurs qui réussissent brillamment, ce qui apporte la preuve, si besoin en était, que le raisonnement sur les charges et le coût du travail est infondé puisque si ce n’était pas le cas, tous les secteurs seraient affectés de la même façon.

Une nouvelle erreur économique, venant cette fois de Bruxelles, a résidé dans l’instauration de la concurrence dans les services publics de l’énergie. Les Français en payent le prix sur leurs factures de gaz et d’électricité. L’ouverture des frontières avait contribué à la réduction, et même à la quasi-disparition de l’inflation et la mise à la disposition des consommateurs d’une très large variété de biens et de services. Mais on a eu tort, au niveau européen, d’appliquer ce principe aux services publics et notamment à l’énergie. Les nouveaux entrants comme les anciens groupes disposant d’un monopole ont dû engager de lourdes dépenses pour conserver leurs parts de marché ou pour s’implanter dans cette nouvelle activité. Ils ont dû recruter des agents commerciaux, lancer des campagnes publicitaires, ce qui a pesé sur leurs coûts et les consommateurs n’en ont tiré aucun avantage.

En outre, dans le secteur du gaz, le fait de disposer de volumes importants et de contrats d’achat à long terme est un facteur qui permet de mieux négocier les prix avec les producteurs et cet avantage peut alors être transmis aux clients. Bruxelles a tout fait pour rendre ces contrats à long terme moins intéressants alors qu’ils offraient en outre une bonne sécurité d’approvisionnement, laquelle, on en prend conscience aujourd’hui, doit constituer avec le niveau des prix une préoccupation stratégique majeure.

Pour l’électricité, Bruxelles a instauré une réglementation qui a eu pour effet de faire perdre à la France l’avantage tarifaire que constituait pour les consommateurs la production nucléaire. Quand un fournisseur est soumis aux aléas de la conjoncture énergétique mondiale comme en ce moment, il est bien obligé de répercuter les fluctuations du marché qui sont d’autant plus fortes qu’elles sont alimentées par la spéculation. Quand des pénuries apparaissent dans un pays parce que son mix électrique est fragile à la suite de décisions d’investissement inadaptées, il est malsain, au nom de la concurrence, d’en faire payer les conséquences à ses voisins. Ainsi le rôle positif de la concurrence peut connaître des exceptions et les cas de l’électricité et du gaz en fournissent deux exemples spectaculaires.

Les mauvais raisonnements économiques aboutissent la plupart du temps ceux qui les suivent au résultat inverse du but recherché. Ces conséquences sont encore plus lourdes quand on s’acharne à ne pas les reconnaître, comme sur la question du coût du travail et quand on persiste dans l’erreur.

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