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Le blog d'Alain Boublil

 

Le modèle italien

Le football sert souvent de métaphore pour illustrer les faits dominants de l'économie mondiale. On se souvient des commentaires qui avaient accompagnées les défaites de la France face à l'Allemagne lors des Coupes du monde des années 80. La défaite de l'Angleterre sur son terrain, à Wembley, face à l'Italie lors de la dernière finale de l'euro n'a pas manqué d'être accompagnée de commentaires qui n'avaient pas grand chose à voir avec le sport. La victoire de la Squadra Azura apportait la preuve de la supériorité de l'Union Européenne sur le Royaume-Uni qui venait de la quitter après le vote en faveur du Brexit.

Ce retour en grâce de la Péninsule est d'autant plus remarquable que depuis longtemps le pays était considéré comme le mauvais élève de la zone euro, avec un déficit budgétaire souvent supérieur aux 3% imposés par le Traité de Maastricht, une faible croissance et surtout un endettement public supérieur à 120% du PIB, avant même le déclenchement de l'épidémie de la Covid-19. La nomination de Mario Draghi à la tête du gouvernement a certainement contribué à ce retournement de l'opinion. Son mandat à la présidence de la Banque Centrale Européenne avait été unanimement considéré comme un succès. C'est bien lui qui durant l'été 2012 a mis un terme à la crise de l'euro en décidant le "quoi qu'il en coûte" qui a sauvé la devise européenne, concept qui a fait des émules puisqu'il a été repris en France par Emmanuel Macron pour faire face à la crise sanitaire.

L'économie italienne avait connu une croissance très faible depuis dix ans explicable en partie par des considérations démographiques avec le vieillissemenrt accéléré de sa population et un faible taux de natalité, ce qui ne l'a pas empêché d'avoir un taux de chômage élevé, 10,5% de la population (il est de 7,3% en France). Elle connait en 2021 une nette reprise après la profonde récession de 2020. La croissance devrait atteindre cette année 5%, soit mieux que l'Allemagne (3,7%) mais inférieure à la France dont le PIB devrait croître de 6% suivant les dernières prévisions de l'INSEE. Mais l'essentiel n'est pas là. Le pays affiche des performances exceptionnelles en matière de commerce extérieur. L'excédent au mois de mai a atteint 5,64 milliards et il a représenté 63,5 milliards d'euros en 2020, en hausse de 12% par raoort à 2019. Or le pays ne dispose ni de ressources pétrolières ni d'un vaste parc nucléaire capable de produire son électricité sans avoir recours aux énergies fossiles à la différence de la France.

 L'excédent des paiements courants de l'Italie a atteint 3,6% de son PIB alors que la France a un déficit de 1,3% malgré ses recettes tourisitiques et les revenus des investissements à l'étranger de ses entreprises. Cet excédent est inférieur à celui de l'Allemagne qui a atteint l'an passé 7,5% mais il contribue significativement au solde positif de la zone euro que notre voisin d'Outre-Rhin ne peut assurer à lui seul et ainsi à la stabilité de la monnaie unique. Les conséquences financières des mesures prises pour faire face à la crise sanitaire ont été considérables et ont porté le taux d'endettement public de l'Italie au dessus de 150% du PIB en 2020 sous l'effet conjugué de l'aumentation des déficits piblics financés par l'emprunt et de la chute du PIB. Les efffets de la reprise en cours devrait mécaniquement faire baisser ce ratio mais cela n'a pas affecté la confiance dans la zone euro et le taux des emprunts italiens à dix ans est resté largement inférieur à 1%.

Comment expliqur les performances des entreprises italiennes et la France peut-elle s'en inspirer alors que jusqu'à présent la référence était l' Allemagne? Les mesures adoptées depuis dix ans n'ont eu aucun effet sur la compétitivité des entreprises comme le prouvent les piètres résultats de notre commerce extérieur qui a connu un déficit supérieur à 60 milliards d'euros en 2020 et qui s'alourdit encore depuis le début de l'année. Les baisses de charges sociales et fiscales ont été financées par une hausse de la fiscalité sur les ménages, ce qui a pesé sur la croissance et par une augmentation des déficits publics, mais sans que cela contribue à une amélioration des échanges extérieurs et encore moins à une relocalisation des activités productives.

La structure des entreprises italiennes fournit un premier élément de réponse. Elles sont de taille moyenne et largement familiales. Leur culture est tournée en priorité vers la satisfaction des clients et non vers le rendement à offrir aux actionnaires ou vers le prestige ou la volonté de puissance de leurs dirigeants qui ne sont que très rarement issus de la haute administration. Cete satisfaction est d'abord obtenue par la proximmité. On compte en France des centaines de boutiques de produits alimentaires italiens (charcuterie, fromages, légumes...). Combien y a-t-il, pour prendre le même exemple, en France et dans le monde de boutiques de produits basques offrant des spécialités analogues ? Quelques dizaines. 

La France est fière de ses grands groupes et se situe au premier rang en Europe par leur nombre. Mais comment sont-ils devenus si grands? Si l'on excepte le secteur du luxe, rarement parce qu'ils ont su attirer des clients par la qualité de leurs produits ou parce qu'ils répondaient à une attente du m,arché mais par des acquisitions, le plus souvent à l'étranger et financées par endettement.  Cela ne leur a pas toujours réussi et cela a pu provoquer leur passage sous contrôle étranger ou même causé leur disparition, comme en témoignent Lafarge, Alcatel ou Péchiney. Mais cela a très rarement conduit à une augmentation de leur activité en France et encore moins de leurs exportations. Les dirigeants politiques, sous l'influence des dirigeants de ces grands groupes, ont fait l"analyse suivant laquelle c'était le coût du travail qui était à l'origine de cette compétitvité insuffisante sans toutefois parvenir à inverser la tendance, et en s'inspirant à tort de l'exemple allemand puisque les salariés de l'industrie automobile par exemple, secteur qui connait l'un des plus importants déficits de la France face à l'Allemagne, sont mieux payés que leurs homologues français. 

Ils auraient pu alors s'interroger sur les causes du succès des entreprises italiennes à l'étranger qui ne sont pas très différentes de celles des entreprises allemandes. Ils auraient alors dû tirer la conclusion que l'origine de cette faiblesse de l'économie française qui est d'ailleurs récente puisque jusqu'en 2004, hors énergie, le solde de nos échanges était largement excédentaire, ne se situaient pas sur le terrain économique mais sur des causes structurelles coomme le mode de recrutement des dirigeants, l'attitude des banques encourageant les opérations de fusion ou d'acquisition ou l'attention insuffisante portée aux demandes des clients. Quand on produit des voitures laides, il ne faut pas s'étonner si elles se vendent mal. Quand la rémunération des dirigeants est fonction de la taille de l'entreprise, il ne faut pas non plus s'étonner si ceux-ci sont obsédés par la croissance externe, même si celle-ci met en péril la solidité financère de l'entreprise à long terme. 

La France s'était habituée au complexe allemand. Même si la croissance de notre voisin n'était pas significativement supérieure à la nôtre, la réussite de ses entreprises, quelles que soient leurs tailles sur les marchés internationaux, était considérée comme inéluctable. On cherchait à s'en inspirer sans parvenir à inverser la tendance. Le rapprochement politique en cours ave l'Italie qui devrait se traduire par la signature du Traité du Quirinal, devrait maintenant nous inciter à mieux comprendre les raisons du succès des entreprises italiennes et en tirer les leçons qui s'imposent.
 

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