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Le blog d'Alain Boublil

 

La Longue Marche en avant de l'économie chinoise

La publication des chiffres de la croissance chinoise au 2ème trimestre confirme la solidité de la reprise économique du pays, même si les comparaisons dans le temps sont difficiles à interpréter. L’épidémie du Covid-19 l’a atteint dès le 1er trimestre 2020 et la chute de l’activité économique a été extrêmement brutale avant de redémarrer progressivement et de permettre à la Chine d’être la seule parmi les principales économies du monde à pouvoir afficher avec 2,3% une croissance en 2020. Au premier trimestre 2021 le PIB s’est accru de 18,3% et au deuxième trimestre de 7,9%, par rapport aux trimestres correspondants de l’année précédente. Ce ralentissement n’est donc qu’apparent car il résulte d’un effet de base.  La comparaison sur le semestre fournit une meilleure appréciation de la situation : la croissance du PIB a alors atteint 12,7%.

Si l’on se réfère maintenant à la croissance moyenne sur deux ans, on note  une légère accélération d’un trimestre sur l’autre puisque sur le premier trimestre la croissance s’établissait à 5% et sur le deuxième trimestre de 5,5%. La Chine n’est donc plus très loin d’avoir effacé les conséquences économiques de l’épidémie grâce au rattrapage en cours.     Les prévisions pour 2021 faites par les différentes instances internationales donnent pour l’économie chinoise une croissance comprise entre 8 et 8,5%, à comparer avec les Etats-Unis et la zone euro qui croîtraient eux respectivement d’environ 7 et 4%. Sur deux ans, la Chine remplirait donc, malgré l’épidémie, son objectif de croissance annuelle moyenne de 6%.

Cette performance n’a pas provoqué de mouvement inflationniste et la hausse des prix en 2021 ne devrait pas dépasser 3%, malgré l’évolution des cours des matières premières. La devise chinoise, le yuan, n’a pas davantage été affectée par ce décalage entre la croissance chinoise et celle du reste du monde. En réalité son taux de change vis-à-vis du dollar résulte davantage des anticipations des marchés financiers sur le calendrier du durcissement de la politique monétaire américaine que sur des facteurs internes. La devise chinoise s’était apprécié de près de 10% depuis un an mais on note une reprise progressive du dollar après les déclarations du président de la Federal Reserve Bank sur le retour à une politique moins expansionniste. Cet environnement économique et financier a incité les entreprises étrangères à accroître leurs investissements en Chine. Durant le 1er semestre, ceux-ci ont représenté 58 milliards de dollars en hausse de 28% par rapport à l’an passé. Les entreprises françaises sont présentes, notamment dans le secteur des produits pharmaceutiques avec les projets de Sanofi-Pasteur.

Les performances du commerce extérieur sont tout aussi spectaculaires. Sur le premier semestre les exportations se sont accrues de 28% et on note une accélération au mois de juin due aux anticipations relatives alors à une meilleure maîtrise de l’épidémie dans les pays développés et aux consommations de produits pharmaceutiques et de matériel pour le travail à domicile qu’elle avait engendrées, comme les téléphones portables ou les tablettes. Les importations ont cru de 25%. Sur cette période, le commerce avec les Etats-Unis et l’Union Européenne ont progressé respectivement de 34% et de 27%, ce malgré les tensions géopolitiques et les discours dont le France n’a pas le monopole, dénonçant la mondialisation et prônant un raccourcissement des chaines d’approvisionnement et le rapatriement sur les territoires nationaux des productions essentielles.

La poursuite de la croissance des échanges de la Chine avec l’Europe a donné lieu à une véritable révolution logistique avec une ascension sans précédent du transport ferroviaire. Les investissements avaient été réalisés dans le cadre du programme largement critiqué par les pays occidentaux, des « nouvelles Routes de la Soie ». Ils ont permis de réduire les tensions sur les approvisionnements, notamment pour les produits utilisés pour lutter contre la pandémie. Durant le premier semestre, 7 400 convois ont reliés 168 villes dont 23 dans l’Union Européenne, soit une augmentation de 43% par rapport à la même période de l’an passé. 85% des convois sont retournés en Chine chargés de produits européens. La valeur des produits transportés est passée de 8 milliards de dollars en 2016 à 56 milliards en 2020 et devrait être supérieure à 75 milliards en 2021. La durée du transport est deux fois moins longue que par la voie maritime et cela permet d’éviter la congestion des installations portuaires et la pénurie de conteneurs.

Si la production industrielle a connu une croissance moyenne sur deux ans de 7%, il n’en a pas été de même de la consommation des ménages, contrairement aux souhaits des dirigeants chinois visant à rééquilibrer la croissance au profit de la consommation intérieure. Cela permettrait au pays d’être moins dépendant de ses échanges extérieurs pour atteindre ses objectifs de croissance. Concernant le premier semestre, la croissance moyenne de la consommation sur deux ans n’a été que de 4,4%. Deux secteurs ont connu une évolution très supérieure à la moyenne, les dépenses de cosmétiques et le tourisme à l’intérieur du pays. Cela révèle une évolution de la société chinoise amplifiée par les effets de la pandémie sur le comportement des familles. Les femmes ont consacré une part plus élevée de leurs salaires aux soins de beauté et les familles ont pris leurs vacances en Chine parce que bien souvent elles n’avaient pas le choix. Les villes côtières du sud et l’Ile de Hainan ont connu des affluences record. Hainan Airlines prévoit d’opérer 140 000 vols cet été transportant 18 millions de passagers, en hausse de 40% sur l’année passée. La clientèle type est la famille où la mère est née dans les années 80 et les enfants dans les années 2010.

La Chine s’inscrit dans la tendance qu’ont connue tous les pays développés avec l’apparition des services comme moteur de la croissance. Les comportements durant cette crise ont toutes chances de perdurer. Jusqu’à une période récente, les déplacements à l’intérieur du pays s’effectuaient durant la période du Nouvel An et consistaient à rendre visite à des parents ou des grands-parents restés en milieu rural. Même si cette tradition ne disparaîtra pas, sa portée se réduira du fait de l’urbanisation et des tendances démographiques. Le tourisme de loisir prendra le relais et devrait constituer un nouveau moteur de la croissance chinoise. Les compagnies aériennes s’apprêtent à passer des commandes importantes, notamment d’avions gros-porteurs, pour satisfaire cette nouvelle clientèle.

Sur le plan de l’environnement et de la capacité du pays à concilier ses objectifs de croissance et ses engagements de réduction des émissions de CO2, on ne dispose pas encore de chiffres précis pour le premier semestre. Mais les données publiées chaque année dans le BP Statistical Review pour 2020 montrent que la Chine n’a pas réussi à dissocier sa croissance économique de sa consommation d’énergie primaire qui a été de 2,1% l’an passé. Le résultat est meilleur pour les émissions de CO2 qui n’ont progressé que de 0,6% mais cette évolution est bien trop lente. Pour obtenir des résultats à la hauteur de ses ambitions, le pays  doit à la fois réduire sa consommation d’énergie et faire évoluer son mode de production vers des techniques moins polluantes. La Chine émet plus de 30% du CO2 mondial, les Etats-Unis 13,8% et la France 0,8%. Si Pékin peut être satisfait de la manière dont le pays a traversé la crise sanitaire, beaucoup reste encore à faire pour que le pays contribue de façon significative à la résolution de la crise environnementale.    

 

      

               

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