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Le blog d'Alain Boublil

 

Chine : les dernières nouvelles

On se souvient de la métaphore à propos du football : c’est un jeu qui se joue à onze entre deux équipes où, à la fin, c’est toujours l’Allemagne qui gagne. Elle a un peu perdu de son actualité mais le principe demeure et pourrait s’appliquer à l’économie. Le monde est confronté en permanence à des crises, mais quelle qu’en soit la cause, à la fin, c’est toujours de la faute de la Chine. Le pays a été au centre des discussions du G7, de l’OTAN et des rencontres entre le président américain et ses homologues européens cette semaine. L’absence de transparence  du régime lors de l’apparition de la covid-19 à Wuhan ou très récemment des problèmes de fonctionnement d’un des réacteurs nucléaires à Taishan a été dénoncée au même titre que les manœuvres de la marine chinoise en mer de Chine. L’émergence de l’Empire du Milieu au sein des grandes puissances économiques mondiales est devenue un facteur  de tensions géopolitiques.

L’épidémie de la Covid-19 a provoqué une récession mondiale sans précédent depuis la crise de 1929. Mais la Chine semble l’avoir surmontée mieux que les autres pays. Malgré la chute sévère du PIB au 1er trimestre 2020 (- 6,8%), le pays est l’un des seuls à avoir évité la récession l’an dernier. Sa croissance (+2,3%) a eu beau être l’une des plus faibles de son histoire récente, elle n’en demeure pas moins réelle et tranche avec les autres principales économies. La reprise en 2021 est tout aussi spectaculaire : +18% au premier trimestre sur un an. Le chiffre profite  d’un effet de base favorable puisque la récession due à l’épidémie s’était produite juste un an plus tôt. Mais sur deux ans, il semble bien que Pékin ait rattrapé la production perdue et retrouvé son rythme annuel de croissance tendanciel de 6%, lequel constitue l’objectif officiel pour l’année en cours. Mais le FMI est plus optimiste et a une prévision de 8%. La très forte hausse de la consommation depuis le début de l’année comme celle des exportations (+30%) semble conforter ce scénario.

La crise sanitaire aurait ainsi profité à Pékin. Les mesures sévères de restriction auraient permis au pays de juguler plus vite qu’ailleurs dans le monde  l’épidémie. Les contraintes imposées aux touristes chinois auraient forcé ceux-ci à dépenser à l’intérieur du pays. C’est particulièrement spectaculaire pour les produits de luxe qui étaient souvent, jusqu’à présent, acquis à l’étranger ou dans les boutiques duty-free des aéroports. Ainsi les ventes de l’Oréal dans le pays en 2020 ont battu tous leurs records. La Chine a aussi profité de la demande de produits sanitaires ou pharmaceutiques émanant de pays qui étaient incapables de les produire chez eux. De là à prétendre que finalement le pays qui était à l’origine de cette crise sanitaire en a été, sur le plan économique le principal bénéficiaire, il y a un pas qui commence à être franchi par de nombreux commentateurs.

Les comparaisons internationales accentuent ces tensions. Tout se passe comme si l’économie mondiale fonctionnait comme la première Ligue de football avec une obsession du classement. La Chine, avec une croissance plus forte que les autres pays développés et notamment que les Etats-Unis, devrait donc tôt ou tard, avoir le PIB le plus élevé de la planète et devenir « la première économique mondiale ». On en tire alors des conséquences géopolitiques et les Etats-Unis, relégués au deuxième rang devrait considérer cela comme un menace, qualifiant Pékin de « rival systémique ». Or cette comparaison est absurde puisque la Chine est quatre fois plus peuplée que les Etats-Unis et que, donc, le niveau de vie moyen de sa population est le quart de celui de la population américaine. Considérer que c’est un danger pour l’équilibre géopolitique du monde que la population chinoise accroisse son niveau de vie pour rejoindre celui de l’Occident est là encore absurde.

Cela l’est d’autant plus que le décollage de la Chine a été largement la conséquence des stratégies des firmes américaines et asiatiques suivies ensuite par de nombreuses firmes européennes qui y ont délocalisé leur production et transformé le pays en « usine du monde ». Personne et certainement pas les dirigeants américains, n’a intérêt à ce que ce décollage qui n’a pas seulement profité au peuple chinois, s’interrompe, même s’il a changé de nature avec l’émergence de grands groupes dans les secteurs à haut contenu technologique. Au lieu d’entrer dans un scénario de confrontation, il vaudrait mieux que s’instaure une logique de partenariat qui profiterait à tout le monde. C’est probablement dans cette perspective que s’inscrit le président américain, en rupture avec son prédécesseur. Pour aborder les discussions futures avec Pékin dans la meilleure position possible, il a renoué avec la logique du multilatéralisme, regagné la confiance de ses alliés européens et tendu la main au président russe lors de son entrevue à Genève.

Autre critique à l’égard de la Chine, les « Nouvelles routes de la Soie », nouvelle métaphore qui renvoie au Moyen Age et aux premiers échanges entre l’Europe et l’Empire du Milieu. En finançant des infrastructures de transport destinées à acheminer ses productions vers les pays voisins, Pékin gagne sur trois tableaux. Ses entreprises de construction gagnent des marchés. Les pays concernés se développeront plus vite et deviendront des fournisseurs et des clients. Enfin, les exportations du pays seront facilitées grâce à ces nouveaux moyens d’acheminement. Le projet a ensuite dépassé l’Asie centrale pour atteindre l’Europe du sud avec l’acquisition et la modernisation du port du Pirée, tout un symbole, et l’Afrique où la Chine pourra avoir ainsi accès plus facilement à des matières premières stratégiques.

En réalité, tout le monde pourrait être gagnant et les critiques européennes, auxquelles s’étaient jointes l’administration Trump sont là aussi absurdes. En contribuant au développement de tous ces pays, ce que l’Europe, et notamment la France, aurait dû faire depuis longtemps, tout le monde y gagne. On ne peut pas se faire l’apôtre de la lutte contre le sous-développement, ne pas y consacrer les moyens nécessaires et ensuite critiquer ceux qui remplissent cette tâche à votre place. En outre ces nouvelles infrastructures ne fonctionnent pas à sens unique. Elles faciliteront les exportations européennes vers la Chine. L’Allemagne l’a tout de suite compris.  

Enfin l’engagement de Pékin sur le climat ne relève pas, lui, de tactiques électorales. Mais la  croissance élevée dont le pays a besoin pour relever le niveau de vie de sa population nécessite une poursuite de la hausse des consommations d’énergie. Pour réconcilier ces objectifs contradictoires, la Chine a donc entamé une politique de transformation de son mix énergétique avec la modernisation de ses centrales à charbon et leur substitution progressive au profit du gaz naturel en même temps que des investissements massifs en faveur des énergies renouvelables et du nucléaire. Sur ce dernier point la campagne de presse, heureusement interrompue puisqu’injustifiée, sur l’incident intervenu sur un des deux réacteurs EPR en fonctionnement à Taishan, n’affectera pas la volonté de Pékin de poursuivre son programme nucléaire. En revanche, les échos malveillants diffusés en France risquent d’affecter les chances de nos entreprises de continuer à y participer.  

La Chine semble avoir mieux surmonté l’épidémie que nombre de pays développés et retrouvé une croissance solide. Mais ce n’est pas pour autant que l’on doit s’en inquiéter et considérer que cela constitue une menace. Bien au contraire. Cela va offrir de nouvelles et importantes  opportunités aux entreprises qui sauront les saisir.  

 

       

 

    

      

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