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Le blog d'Alain Boublil

 

La dette, toujours la dette...

Les nouvelles restrictions décidées par le gouvernement ne constituent pas un vrai confinement mais vont peser à nouveau sur l’économie. Les ménages vont moins consommer et les entreprises n’y verront certainement pas un signal les encourageant à investir. La croissance, pense-t-on à Bercy, ne devrait pas être très impactée. Les commerces obligés de fermer dans plus du tiers du pays recevront des aides pour traverser cette nouvelle épreuve mais leur montant n’est pas jugé suffisamment important pour revoir les prévisions budgétaires. Tout cela ne fera qu’accroître la dette publique sans que le retour de la croissance génère suffisamment de recettes pour garantir son remboursement, déclarent sur un ton alarmiste les différentes oppositions. La question de la dette reste donc au centre du débat politique et ne devait pas le quitter jusqu’aux élections présidentielles.

Ce débat s’est encore tendu avec les mouvements intervenus sur les marchés financiers à la suite du vote par le Congrès américain du plan de relance (1 900 milliards de dollars) décidé par Joe Biden. Même si la banque centrale américaine a essayé de calmer le jeu en annonçant le maintien de taux d’intérêt bas au moins jusqu’en 2023, les marchés financiers ont considéré que ce plan entrainerait une hausse de la demande intérieure avec des tensions sur les capacités de production et sur le marché du travail. Une reprise, même momentanée, de l’inflation est possible ce qui forcerait la Fed à intervenir. Jusqu’à présent la hausse des taux américains a été modeste, 0,15 à 0,30% sur les maturités à dix ans mais elle pourrait être annonciatrice d’un monde différent avec la fin de la déflation que l’on connait depuis plusieurs années.

L’impact sur les taux français a été tout aussi symbolique. L’Etat au début de l’année émettait des emprunts à dix ans au taux de -0.30%. Les émissions du mois de mars ont été effectuées, pour cette maturité autour de -0.10%. Mais même symbolique, cette hausse a été perçue comme le signe annonciateur d’une remontée susceptible d’alourdir la charge de l’endettement national et donc comme une menace. Mais ce discours, qui trouve toujours un large écho dans les médias et dans l’opinion, est sans fondement. En 2021, la charge de l’endettement de l’Etat sera de 34 milliards d’euros, soit près de huit milliards de moins qu’il y a cinq ans. Comme le taux auquel se finance l’Etat est  voisin de zéro, la hausse de l’endettement liée au déficit consécutif à l’épidémie, n’a rien coûté et ne coûtera donc rien jusqu’à son échéance. En outre, en 2021, l’Etat va rembourser au mois d’avril un emprunt de 28 milliards avec un taux de 3,75% et au mois d’octobre 37 milliards avec un taux de 3,25%. A partir de l’an prochain, comme il aura financé ces remboursements à un taux négatif ou nul, l’Etat bénéficiera d’un nouvel allègement de la charge de sa dette de 2,2 milliards d’euros.

La vraie question, c’est pourquoi l’Etat était-il déjà aussi endetté (100% du PIB) à la veille de l’épidémie ? La réponse que l’on entend toujours, c’est « on n’a fait que des erreurs depuis trente ou quarante ans… ». Mais cette explication est fausse. La vérité, c’est qu’en 1993, le taux d’endettement public de la France n’était que de 45,8% du PIB, le plus bas, à l’exception du Luxembourg, de l’Union Européenne où la moyenne était de 66,4%. L’Allemagne était plus endettée que nous (50,2%), tout comme le Japon (68,3%) et les Etats-Unis (64,3%). Durant toutes les années 80, le déficit budgétaire ne dépassa jamais 3% et le taux d’endettement atteint en 1993, en forte hausse sur les deux années précédentes, résultait essentiellement de la brutale récession intervenue cette année-là. La situation se dégrada durant la décennie suivante et s’amplifia pendant et après la crise financière qui frappa le monde en 2007-2008.

La véritable cause de l’endettement actuel est à trouver non dans l’insuffisance des réformes mises en place depuis quinze ans mais au contraire dans le caractère inapproprié de celles-ci. Le principe consistait à alléger la fiscalité et les charges pesant sur les entreprises et à compenser les pertes de recettes en alourdissant la fiscalité sur les ménages. Mais la compensation ne put jamais être totale pour des raisons politiques évidentes. Surtout, le raisonnement suivant lequel les allègements dont bénéficiaient les entreprises serviraient à investir et à créer des emplois a été contredit par les faits tout comme l’analyse suivant laquelle les coûts élevés du travail étaient la cause de la perte de compétitivité des entreprises.

 Le « crédit d’impôt-recherche » institué sous sa forme actuelle en 2004 et déplafonné en 2008 coûte plusieurs milliards d’euros chaque année. L’incapacité de Sanofi à produire aussi vite que ses concurrents un vaccin contre le corona virus a immédiatement été interprété comme la preuve du déclin de la recherche française. A quoi ont donc servi ces milliards, serait-on tenté de se demander. On peut en dire autant des allègements de charges décidés à partir de 2017 et de la baisse des taux de l’impôt sur les sociétés qui, eux, ont coûté des dizaines de milliards. Leur compensation partielle par l’augmentation des impôts sur les ménages a été la cause principale de la quasi-stagnation de l’économie française depuis près de dix ans. Cette stagnation s’est accompagnée en outre d’une dégradation sans précédent de notre balance commerciale. Les exportations de produits manufacturés ont augmenté de 29% entre 2000 et 2020 quand les importations progressaient de 53%. Les entreprises ont  utilisé les marges offertes par les baisses de charge pour investir à l’étranger et parfois même pour délocaliser.

Enfin l’Etat a préféré mettre la pression sur les services publics pour qu’ils fassent des économies, on en constate les conséquences sur la situation des hôpitaux, et dépenser l’argent économisé en multipliant les institutions bureaucratiques. La décentralisation devait alléger ses tâches. Il s’est passé le contraire. Chaque fois qu’un pouvoir ou qu’une mission était confiée aux autorités locales, l’Etat a créé des organismes pour les surveiller tout en se dotant au niveau national d’une multitude de structures bureaucratiques pour le conseiller ou servir d’interlocuteur aux acteurs économiques et sociaux. Là aussi, la crise sanitaire a été un puissant révélateur avec les erreurs de jugement et les cafouillages comme ceux qui viennent de se produire à propos des attestations de déplacements des habitants dans les régions les plus touchées par l’épidémie.

L’Etat est donc le responsable de la hausse de l’endettement public à un double titre : la politique économique suivie depuis le début des années 2000 a pénalisé la croissance et n’a pas permis de générer les ressources suffisantes pour couvrir les dépenses publiques, d’où la hausse de la dette publique. Depuis cette époque, les gouvernements se sont trompés de cible. Plutôt que de s’attaquer aux régimes sociaux et aux services publics, les réformes auraient dû en priorité, sinon en urgence, s’attaquer au mode de fonctionnement de l’Etat lui-même. Il aurait déjà fait des économies en supprimant les multiples organismes inutiles. Il aurait aussi permis aux agents économiques d’en faire en leur évitant de devoir affronter les complexités bureaucratiques qui se sont amplifiées ces deux dernières décennies.        

 La dette est un sujet majeur, non pas du fait des risques financiers qu’elle ferait courir au pays et qui sont largement surestimés, mais parce qu’elle est un révélateur des erreurs de politique économique et de la dérive bureaucratique qui s’est emparée du pays. C’est cela qu’il faut réformer en priorité et cela devrait être un thème central de la prochaine élection présidentielle.        

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