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Le blog d'Alain Boublil

 

Merci, l'euro !

La facture de la crise sanitaire ne cesse de s’alourdir. Les chiffres de la croissance au 4ème trimestre 2020 qui seront publiés la semaine prochaine devraient faire état d’un rebond moins important qu’espéré. La perspective de nouvelles mesures contraignantes jusqu’à ce que la vaccination ait mis un terme à l’épidémie, devrait encore peser sur la croissance en 2021. Pour faire face à cette situation, l’Etat a entamé une double action. Il a instauré des dispositifs destinés aux entreprises dont l’activité avait été affectée : prêts garantis et prise en charge du chômage partiel des salariés notamment. Il a aussi lancé un plan de relance pour soutenir la croissance une fois que les entraves causées par l’épidémie se réduiront.

Le déficit pour l’année 2020 prévu initialement à 93 milliards est passé à 178 milliards. Cette hausse résulte à parts à peu près égales de l’accroissement des dépenses et de la diminution des recettes. Parmi celles-ci, seul l’impôt sur le revenu a rapporté presque autant que prévu. Cela tient surtout au mode de recouvrement. Le prélèvement est mensualisé à partir des revenus de l’année précédente. On ne peut donc exclure que des ajustements interviennent en 2021 pour compenser ce qui a été trop perçu en 2020, notamment au bénéfice de ceux qui ont connu du fait de l’épidémie une réduction de leurs rémunérations.

Le gouvernement a affirmé dès le début de la crise sanitaire qu’il ferait tout ce qu’il fallait pour en atténuer les conséquences économiques. C’est la fameuse doctrine du « quoi qu’il en coûte », qui rappelle l’expression employée par Mario Draghi, alors président de la Banque Centrale Européenne, en juillet 2012, quand il a lancé son plan de sauvetage de l’euro. Effectivement, et en rupture totale avec les engagements politiques pris peu avant pour réduire les déficits publics comme avec les règles européennes, le gouvernement n’a pas hésité à adopter des mesures coûteuses pour faire face à la crise sanitaire. Mais avant même que celle-ci soit terminée et que l’on revienne à une « situation normale », un vif débat s’est engagé sur les risques financiers encourus par la hausse brutale de l’endettement de l’Etat et sur son remboursement.  

Ce débat avait d’abord une dimension idéologique. Pour tout une école de pensée, par définition, l’action de l’Etat sur le terrain économique ne peut être que néfaste. Il convient donc d’y mettre un terme et pour convaincre, il n’y a pas de meilleur argument que la peur. On joue alors sur la confusion. Les contraintes de remboursement qui pèsent sur un particulier ou une entreprise sont lourdes et la sanction est bien connue : la faillite. Mais pour les Etats, c’est très différent, surtout pour les pays développés. Ils peuvent supporter des niveaux d’endettement très variables sans que cela n’altèrent la confiance des investisseurs. Le Japon  a aujourd’hui un taux d’endettement public deux fois plus élevé que celui qui est prévu pour la France en 2021 sans que cela gêne sa capacité à se financer. Mais pour cela, il faut dépendre le moins possible de l’étranger, ce qui est garanti quand la balance des paiements est équilibrée et que le niveau d’épargne des ressortissants soit suffisamment élevé. C'est aussi le cas quand la devise du pays occupe une part importante des transactions internationales, comme avec dollar. Depuis des décennies les Etats-Unis ont un double déficit, des finances publiques comme des échanges extérieurs sans que cela gène le pays pour les financer.

Le débat a aussi une dimension technique. Face à la forte hausse des besoins de financement, on se demande comment vont réagir les marchés. Jusqu’à présent, pour la France, la réponse a même dépassé toutes les attentes. Durant l’année 2020, l’Etat n’a rencontré aucune difficulté pour émettre le volume considérable d’emprunts correspondant au remboursement des emprunts passés, au déficit initialement prévu et aux dépenses nouvelles engendrées par la crise. Et ce mois-ci, la confiance n’a pas été ébranlée par une situation sanitaire bien plus inquiétante avec l’apparition de nouvelles variantes du virus. Avec sept adjudications d’obligations ayant des maturités de 2 à 32 ans, l’Etat a levé 25 milliards d’euros auxquels s’ajoutent pour un montant voisin des Bons du Trésor à échéance inférieure ou égale à un an, et 7 milliards provenant de l’émission d’un nouvel emprunt à 50 ans, portant un taux de 0,6%. La demande pour cet emprunt a même battu un record avec plus de 75 milliards.

Le programme d’émission prévu pour 2021 représentera 11% du PIB, comme celui de l’an passé. Les années précédentes, il se situait à 8% du PIB. Techniquement donc, cette politique d’accroissement des déficits publics ne rencontre pas d’obstacles. Alors, entend-on souvent, cela va avoir un coût qui pèsera sur les années suivantes. Mais c’est faux car ces emprunts ont des taux fixes et des maturités de plus en plus longues. Malgré la forte hausse de l’endettement public, la charge annuelle ne cesse de se réduire du fait de la baisse des taux d’intérêt. L’Etat n’a plus à payer les taux très élevés des emprunts émis durant les années 90 puisqu’il les a remboursés.

La charge d’intérêt en 2020 a été de 37 milliards. Elle sera de 33 milliards en 2021, sommes auxquelles il convient d’ajouter le coût de l’indexation de certains emprunts arrivant à échéance. En outre, depuis deux ans, un volume important des nouveaux emprunts est souscrit par la Banque Centrale Européenne, dans le cadre de sa politique accommodante destinée à soutenir l’activité et à permettre à l’inflation de retrouver son objectif «d'être inférieure mais proche de 2% ». Or pour chaque pays, ces emprunts sont transférés aux banques centrales des pays émetteurs qui restituent à l’Etat auquel elles appartiennent les éventuels intérêts perçus.

Il n’y a donc aucune raison de s’inquiéter et encore moins de lancer l’idée d’un moratoire ou même d’une annulation comme le font ceux qui cherchent des arguments pour provoquer un désengagement de l’Etat. Mais tout cela n’est possible que grâce à l’euro. Sans sa création, la BCE n’existerait pas. Sans lui, on jugerait chaque pays sur sa capacité à rembourser alors que c’est le large excédent des paiements de la zone dans son ensemble qui offre une solide garantie et qui explique le maintien de taux aussi bas sur des maturités aussi longues. C’est aussi l’euro qui favorise la convergence des taux entre chaque pays. Depuis trois mois, alors que l’écart d’endettement des Etats-membres s’est creusé, les spreads entre eux se sont réduits. Entre la France et l’Allemagne depuis le début de l’année il se situe pour les emprunts à dix ans  à 30 points de base, soit deux fois moins que durant les années passées. La monnaie unique n’a pas seulement permis à la France de soutenir massivement son économie. Elle lui a permis de le faire à des conditions financières exceptionnellement favorables.

Dans quinze mois interviendra en France l’élection présidentielle. En 2017, de nombreux candidats  avaient fait de la reconquête de la souveraineté nationale et de l’abandon de l’euro, la base de leur programme. Le peu de crédibilité de cette proposition avait joué un rôle déterminant dans le résultat du second tour. Espérons que cette fois la raison l’emportera et que notamment à gauche, on ne se risquera plus dans cette voie et qu’on admettra enfin que dans ce domaine comme dans bien d’autres, l’Europe et l’euro sont des facteurs déterminants de notre solidité financière et de notre capacité à surmonter des crises.  

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